Dépêche du 10 avril
se laisser aller au découragement. Le Roi , sans aucun doute, préfère la guerre à toute autre solution; il espère encore qu'elle n'est qu'ajournée, mais il est évident pour moi qu'en fin de compte, il acceptera, comme une solution aussi satisfaisante que possible pour l'Italie, les quatre points qui doivent former l'objet des délibérations du congrès. Il m'a paru que le langage du Roi à l'égard de M. de Cavour était peut-être un peu moins bienveillant que de coutume. Il lui reproche de se laisser aller trop facilement aux illusions et aux découragements. »
Ni les illusions, ni les découragements ne ralentissaient l'activité de Cavour. Il discutait, insistait verbalement et par écrit, sans relâche. Il venait d'envoyer un de ses jeunes disciples, doué des aptitudes diplomatiques les plus remarquables, Nigra, au secours de Villamarina; il dépêcha Massimo d'Azeglio à Londres pour appuyer son neveu Emmanuel.
A son passage à Paris, Massimo vit l'Empereur et lui demanda carrément : « Si nous étions attaqués, pourrions-nous compter sur un prompt secours? — Oui, et j'ai déjà envoyé un officier à Turin. C'est malheureux que je n'aie pas pu faire des préparatifs publics ; mais en dix ou douze jours, cela se ferait; j'ai à présent trentesix mille hommes à Lyon. »
i A Londres, Massimo jugea combien l'Empereur disait vrai en priant Cavour de tenir compte des ombrages qu'il excitait et de la nécessité de les ménager: « Le prince Albert et tout le monde
m'a fait comprendre que TEurope nous est contraire, non par hostilité à notre cause, mais parce qu'on suppose de grands projets à Napoléon et que l'on nous croit ses instruments. L'Allemagne s'est rangée du côté de l'Autriche pour le même motif. Je crois que, pour le moment, le premier intérêt de Napoléon est de reconquérir la confiance s'il le peut. » Napoléon essayait précisément d'assoupir les défiances en se prêtant à ces négociations, à ce congrès que Cavour, et après lui quelques historiens italiens* lui ont si injustement reproché.
Les envoyés de Cavour furent chargés de déclarer à qui devait ou voulait l'entendre qu'il refusait absolument un désarmement préalable et ne reconnaîtrait aucune autorité aux décisions d'un congrès auquel il ne participerait pas; il ne déshonorerait pas son nom, son pays, son roi; après tout, il restait toujours la ressource du combat désespéré qui sauvegarde l'avenir : on se relève des chutes sur le champ de bataille, celles dans la honte sont irréparables.
L'Angleterre recula devant cette inflexible résistance; elle modifia son programme : au désarmement préalable du Piémont, elle substitua
1. Parmi ces historiens se trouve un certain Nisco, qui a écrit à sa première page : Scritta per mandata di S. M, Or, voici ce qu'écrit, de cette politique qui a fait Tllalie, l'historien de S. M. :« Quella politica d'altalena, disorprese e d'artiliziose menzogne che fini col rovinare il secondo Impero » (t. III, p. 332). — On comprend difficilement que l'histoire du règne de Napoléon III s'écrive ainsi sous l'égide du fils de Victor-Emmanuel.
un désarmement général simultané, et elle admit la présence du Piémont et des autres princes italiens au congrès à titre consultatif.
Cavour, d'accord cette fois avec les princes italiens, déclara insuffisante cette admission consultative. Le roi de Naples reproduisit les refus qu'il avait opposés à l'intervention diplomatique franco-anglaise. Pie IX se montra encore plus négatif : — Un Pape ne va dans un congrès que pour y occuper la première place, non pour être mis au bout de la table. On lui demandait une abdication de sa souveraineté, on ne l'obtiendrait pas ; il ne s'abaisserait pas à comparaître devant un tribunal de cinq puissances, dont trois sont intéressées à sa perte et les deux autres divisées entre elles ; il ne se mêlait des affaires d'autrui que pour implorer de Dieu la paix entre les chrétiens ; il ne voulait pas qu'on s'occupât des siennes. — Les ducs de Modène, Parme et Toscane répondirent de même.