LE PRINCE NAPOLÉON EN CRIMÉE
Après la chute de l'Empire, certains journalistes ayant mis dans la bouche du général Canrobert des paroles cruelles contre la conduite du Prince en Crimée, le baron Brunet, resté l'ami dévoué du Prince, interpella le maréchal sur la vérité du propos qu'on lui attribuait. Il en reçut la réponse suivante :
— « Paris, 21 mars 1884. — Monsieur et cher baron. En votre qualité d'ami fidèle et dévoué du prince Napoléon vous croyez devoir m'informer que certains journaux m'ont attribué un propos très hostile à l'égard de Son Altesse Impériale. Cette insinuation, je la repousse d'une façon absolue, et
en cela je ne fais que rendre hommage à la vérité. C'est encore par respect pour la vérité et pour faire justice d'odieuses calomnies que je m'estime heureux de profiter de cette circonstance pour rappeler un épisode déjà vieux de bientôt trente ans et qui fait grand honneur au Prince. Dans un banquet solennel donné aux principaux généraux de l'armée de Grimée et présidé par le prince Jérôme, ancien roi de Westphalie, le Prince porta un toast aux trois généraux en chef : Saint-Arnaud, Canrobert, Pélissier. Je me levai alors pour répondre au frère de Napoléon l^^. Rappelant les éloges donnés au prince Napoléon son fils sur le champ de bataille de l'Aima par mon prédécesseur le maréchal de Saint- Arnaud, je remémorai qu'en prévision d'un assaut qu'on avait cru pouvoir précipiter contre Sébastopol, le prince Napoléon était venu me demander la faveur de marcher à la tête d'une des colonnes d'attaque. J'obtempérai à ce généreux désir dont la réalisation ne dépendit pas de lui. Je crois, mon cher baron, avoir satisfait à votre légitime demande et vous renouvelle l'expression des sentiments particuliers d'estime et d'affection que votre caractère m'inspire. — Maréchal Canrobert. »