MiCHELET
fallait être résolu à se boucher les oreilles pour ne pas l'entendre : « La France n'a aucune idée d'agrandissement; j'aime à le proclamer hautement, le temps des conquêtes est passé sans retour, car ce n'est pas en reculant les limites de son territoire qu'une nation peul désormais être honorée et puissante, c'est en se mettant à la tête des idées généreuses, en faisant prévaloir partout l'empire du droit et de la justice*. — Les alliés de la France ont toujours été ceux qui veulent l'amélioration de l'humanité, et quand elle tire l'épée ce n'est pas pour dominer, c'est pour affranchir ^ S'il y a des hommes qui ne comprennent pas leur époque, je ne suis pas du nombre. Dans l'état éclairé de l'opinion publique on est plus grand par l'influence morale qu'on exerce que par des conquêtes stériles ^ »
Le souverain qui a tenté de réaliser cette conception humaine, malgré ses mécomptes et ses revers, dont le principe des nationalités est tout à fait innocent, obtiendra tôt ou tard une place exceptionnelle dans la mémoire des hommes, car ils finiront par se convaincre que c'est pitié de voir des peuples civilisés hérisser leurs frontières de canons, se ruiner en armements colossaux, se préparer à d'effroyables boucheries... pourquoi? Pour empêcher quelques millions de leurs semblables de vivre heureux, comme il