Proclamation de Milan
leur convient, sous la nationalité qu'ils préfèrent. On a essayé de ternir cette belle politique, en l'accusant d'arrière-pensées rapaces. On a soupçonné Napoléon III, tantôt de vouloir ravir les provinces rhénanes, tantôt de méditer l'annexion des cantons français de la Suisse, tantôt de convoiter la Belgique, tantôt de vouloir le Maroc, Gênes, la Ligurie, la Sardaigne, la Tunisie, le Tonkin. Ces soupçons étaient imaginaires. S'il avait convoité le Rhin, pourquoi le nierionsnous? Il ne l'aurait pas pris pour le faire couler dans son parc de Saint-Cloud, c'est la France qui s'en serait accrue. Mais il n'y pensa jamais, il savait qu'un. désir de nous, très vif jusqu'en 1830, s'était éteint et que, quoi qu'on fît, aucune majorité ne se prononcerait pour la séparation d'avec la patrie allemande. « Non, répondit-il à Morny qui lui faisait luire cette tentation, non, s'ils ne me jetaient pas dans le fleuve, ce serait ma Vénétie. » Il eût volontiers répété avec Proudhon : « Le Rhin est allemand comme la Seine est parisienne; une invasion sur le Rhin serait aujourd'hui d'un orgueil insupportable et d'un vrai brigandage*. » — Enlever un palme de terrain à la Suisse, cet asile de son exil, lui eût paru un sacrilège. — A l'égard de la Belgique il aurait pu être plus accessible à l'ambition. Il la considérait comme une création artificielle dirigée contre notre grandeur et qui n'avait droit à aucune inviolabilité ^ Cependant, sauf en un