Bismarck, de Francfort, 17 juillet 1852 : « A Wiesba
moment de maladie et d'affolement en 1867, où il laissa faire bien plus qu'il ne fit, il n'en vint pas même à la velléité vague. Il se rendait compte de la consistance que la sagesse du peuple belge et de son roi avait donnée au nouvel établissement et de la répugnance des populations à perdre l'individualité qu'elles avaient constituée. — Il ne songea à aucun moment au Maroc, à Gênes ou à la Ligurie. — Le Bey de Tunis lui demanda d'établir chez lui un protectorat, il s'y refusa. — Malgré de nombreuses insistances il ne voulut pas de la Cochinchine aller au Tonkin. Napoléon III n'a réellement cherché à obtenir d'une volonté ferme que ce qu'avait désiré le pacifique Lamartine avant lui, les versants français des Alpes, Nice et la Savoie. Cette garantie indiquée par la nature elle-même contre une extension de la puissance du Piémont en Italie n'était pas à ses yeux une conquête, pas plus que ne le sera pour aucun de nous la reprise de l'Alsace et de la Lorraine, c'était une restitution à l'unité nationale de membres qui lui avaient été arrachés, qui n'avaient cessé de souffrir de la séparation et de protester contre eUe. Tous les Italiens sérieux et de bonne foi ont reconnu que ces provinces n'étaient italiennes ni par leur situation, ni par leurs tendances, et qu'elles n'étaient pas indispensables à la défense de l'Italie*.
den, Sa Majesté Léopold s'est longuement entretenue avec moi. EUe m'a fait entendre qu'elle regardait la Belgique comme Vavant-garde de la Prusse. »
i. Italiane ne per situazione, ne per tendenze, neppure in-
L'Empereur, sous la pression de Topinion publique et quoique cela lui fût personnellement indifférent*, eût peut-être souhaité parfois, sans toucher aux provinces rhénanes, une rectification de frontières vers le Palatinat; mais comme toute combinaison de ce genre dépendait du libre assentiment des populations et qu'il savait cet assentiment impossible, il n'a jamais rien sacrifié à cette convoitise mesquine, que le prince Napoléon caressa à son insu.
Les projets de TEmpereur, bien modestes ou plutôt nuls en ce qui nous concerne, étaient, au contraire, très amples au profit des autres. Là ses rêves étaient illimités : il songeait au partage de l'Afrique et de TAsie; en Europe, il voulait au midi l'union ibérique, au nord l'union Scandinave, à l'est Tunion des principautés danubiennes. L'union ibérique eût arraché le Portugal à l'Angleterre; l'union des principautés, le Danube à la Russie; l'union Scandinave, la mer du Nord à l'Allemagne. Aucune ne nous intéres-
dispensabili alla difesa dltalia. Générale Giacomo Durando, Délia nazionalità italiana, J849, p. 88 et 89. — Cavour à Emmanuel d'Azeglio, le 8 mai 1860 : « Nous sommes conyaiocus que ces doux pays (Nice et la Savoie) ne font point partie de la nationalité italienne. » — Garibaldi avoue qu'en 1849, beaaeoup, à Nice, ne soupçonnaient pas qu'ils étaient Italiens, non molti sapevano di ease Italiani. MemoriCy p. 9. 1. Sybel, t. V, p. 214.
sait directement. Par quelle raison TEmpereur s'y est-il acharné ? Ici nous touchons à la passion qui en lui a dominé toutes les autres.
Il s'efforçait de déranger le plus de choses possible dans le monde, de modifier un peu ou beaucoup, aux latitudes les plus éloignées, l'assiette actuelle des htats, afin d'amener les souverains à un Congrès dans lequel eussent été examinés ou plutôt confirmés . les changements opérés ou imminents et qui eût établi une charte territoriale nouvelle de l'Europe. La réunion d'un Congrès solennel, en quelque sorte œcuménique, de ce congrès ajourné par Bastide à un avenir indéfini, effaçant par l'importance et surtout par la nouveauté de ses décisions le Congrès de Vienne, tel a été le but auquel a tendu sans cesse l'Empereur. C'était le sens de cette révision des traités de 1815, dont il entretenait le Prince Albert, c'est l'explication de ses remuements perpétuels, de ses projets sans cesse renaissants, de son impossibilité de se tenir Iranquille. Véritable représentant des idées de son temps, patriote humanitaire à la moderne, poursuivant la délivrance des nationalités et non des extensions territoriales, il eût voulu conquérir le droit de dire : Les traités faits contre Napoléon P"" ont été déchirés par Napoléon III ; et la France, les mains nettes, se contentant d'avoir aboli cette charte de sa défaite, n'a demandé pour sa peine que l'affranchissement des peuples opprimés; c'est ainsi qu'elle a vengé Waterloo et Sainte-Hélène !
La sincérité de ses intentions est confirmée par le choix de ses alliances. Il s'attacha à celles déjà ébauchées pendant la Présidence avec l'Angleterre et la Prusse.
Pendant tout son règne, Talliance avec l'Angleterre lui fut comme une espèce de dogme politique. Il la croyait indispensable au progrès de la civilisation et il avait le sentiment superstitieux que la durée de sa dynastie en dépendait. L'Angleterre avait triomphé du génie de son oncle; la Restauration avait été emportée au moment où elle s'en séparait; la chute de Louis- Philippe avait suivi la rupture de l'entente cordiale; il se croyait menacé d'une pareille catastrophe, s'il s'exposait à une pareille hostilité. Malgré les froissements, les mauvais procédés, les lassitudes, il ne put jamais se résoudre à une rupture définitive. Drouyn de Lhuys lui ayant dit que la France avait vu avec plaisir la chute de Louis-Philippe, à cause de son alliance avec l'Angleterre, il lui répondit : « Louis-Philippe n'est pas tombé à cause de son alliance avec l'Angleterre, mais parce qu'il n'était pas sincère avec elle. »
Bignon, celui auquel Napoléon I®*" avait confié par son testament la mission d'écrire son histoire ^diplomatique, a dit : « On se demandera un jour pourquoi, dans les six dernières années de son règne. Napoléon s'est montré sans pitié pour la Prusse : c'est que la Prusse aura été la puissance qui lui aura fait le plus de mal, en le forçant à la combattre, à la détruire, elle qu'il
eût voulu étendre, fortifier, agrandir pour assurer par son concours Timmobilité de la Russie et de r Au triche. » Le roi Louis avait dit : « La Prusse est Talliée et Tamie inséparable de la France *. » Son fils, dans ses Idées Napoléoniennes^ le répète*. Thiers soutient dans le Consulat et t Empire que l'alliance de la Prusse était TaUiance forte : au lieu de la détruire à moitié, Napoléon aurait dû la reconstituer en entier, V agrandir pour qu'elle soit à jamais son alliée '. Devenu Empereur, Louis-Napoléon voulut ce que Thiers reprochait à son oncle de n'avoir pas fait : agrandir la Prusse afin qu'elle devînt à jamais son alliée. Il comptait sur son secours pour opérer le grand remaniement européen qui était son idée constante. L'éventualité d'une lutte avec elle n'entra jamais dans ses prévisions, comme y fut dès son avènement la volonté d'une guerre avec l'Autriche. Il s'abandonnait d'autant plus volontiers à ses dispositions bienveillantes qu'elles n'étaient pas de nature à lui créer des embarras avec l'Angleterre. Il ne craignait pas d'avoir à opter un jour entre Tune et l'autre amitié, puisque, dans la pensée constante de brider nos prétendus projets de revanche, — leur crainte bien plus que notre préoccupation, — les hommes d'Etat anglais avaient admis comme une règle de leur politique nationale de travailler de leur mieux à la grandeur de la Prusse et
^ . Réponse à Walter Scott, p. 90.