Tome VII, L. xxvii
à rétablissement de sa prépondérance au delà du Rhin.
Le choix de ces alliances n'impliquait-il point la renonciation à toute idée de conquête n'importe où, surtout en Belgique et sur le Rhin? Dès le temps d'Elisabeth* et à plus forte raison depuis 1815 et 1830, l'Angleterre ne nous avait pas laissé ignorer qu'elle ne consentirait pas à la mainmise de notre part sur tout ou partie des Pays-Bas. C'est le rôle de sentinelle de l'Allélemagne sur le Rhin, Gervinus l'a noté, qui avait commencé la popularité allemande de la Prusse, comment pourrions-nous espérer qu'elle y renonçât?
L'alliance de la conquête, partout et particulièrement en Belgique et sur le Rhin, était celle de la Russie. L'Empereur la tenta un instant, après le Congrès de Paris, mais sans pensée hostile contre l'Angleterre, avec la ferme volonté de l'y associer, en vue de favoriser ses projets d'affranchissement sur le Danube et sur le Mincio, non de s'agrandir. Bien que la Russie se soit montrée de la plus utile, de la plus loyale assistance, et nous ait préservés deux fois par ses avis de la coalition imminente, il ne sut pas résister au cri d'imploration insensé venu de la
1. Sully, GCXIV, Section 4®. « Cette sage reine (Elisabeth), dit librement à celui que le Roi (Henri IV) lui avait envoyé que si le Roy son maître, encore qu'il fût son bien-aimé frère, voulait joindre ces provinces (des Pays-Bas) à la France, qu'elle s'y opposerait formellement et ne trouvant nullement étrange qu'il fît le semblable en son endroit. »
Pologne, et, au grand détriment de notre sécurité nationale et du véritable intérêt de la Pologne elle-même, il rompit l'union qui lui avait permis d'opérer, malgré le mauvais vouloir de l'Angleterre, une partie de l'œuvre d'émancipation à Bucharest et à Milan.
Dans la conduite de cette politique des nationalités <( il fut le plus fidèle des alliés et aucune influence ni aucun intérêt n'ont jamais fait fléchir sa délicate probité* ». Les diplomates étrangers l'ont reconnu. « On pouvait compter sur sa parole, quand il s'agissait de traités internationaux », disait Beust^ Le Prince Albert parle de sa franchise habituelle et la reine dit qu'il est naturellement franco On a prêté à Cowley ce mot : a II parle peu, mais il ment toujours. » Or, Cobden nous a transmis l'opinion réelle de Cowley : Dans une longue conversation, celui-ci « loua la franchise de l'Empereur, qui avait montré une stricte adhésion à sa parole dans tous ses rapports avec lui ». — « Lord Cowley, écrit Cobden ailleurs, sourit à l'idée généralement répandue qu'il (l'Empereur) est toujours animé par un dessein machiavélique, quand au contraire il commet une indiscrétion par simplicité et manque de sagacité diplomatique*. »