MoRLEY, Vie de Cobden, traduction RafTalovich, p. 319 et
. Pas plus que n'importe quel autre politique, il n'a pu se garder de certaines dissimulations sans lesquelles les affaires ne sauraient être conduites : il lui est arrivé de ne pas avouer qu'il avait signé un traité secret, même de le nier, de couvrir par des paroles de paix des désirs de guerre, mais il n'a jamais manqué à un engagement formel. Loin d'être toujours impénétrable, il ne s'est souvent que trop expliqué. L'homme d'État dit ce qu'il fait, mais il n'annonce pas ce qu'il fera, car il ne sait pas s'il pourra le faire. D'un silence mystérieux, l'Empereur passait à un excès de confidence et il s'engageait imprudemment par des programmes, sans penser que nul ne dispose du lendemain. Il était d'aussi bonne foi quand il s'avançait que quand il reculait. Nous le verrons dans une des circonstancfes les plus décisives, en 1866, sacrifier son intérêt et celui de son pays aune délicatesse déloyauté.
Par quelle raison cette politique de l'Empereur fut-elle, malgré son désintéressement, suspecte de cupidité et, malgré sa loyauté, accusée de fourberie ?
L'incrédulité à l'égard des intentions désintéressées de Napoléon III a été une des consé-
323. Un ambassadeur anglais, peu favorable à TEmpereur, dit dans ses mémoires : « L'Empereur était trop loyal pour, etc. » LoFTus, Diplomatie réminiscences, p. 222.
quences fatales du rétablissement de ^Empire.
« Les traditions du premier Empire et sa gloire ayant été entre les mains de Louis-Napoléon un des moyens les plus efficaces de saisir le pouvoir et de restaurer la dynastie, ce doit être autant son ambition, qu'une nécessité de son existence, de suivre plus ou moins exactement ces traditions et de faire revivre cette gloire. » Cette réflexion d'un ministre piémontais, Dabormida*, résume Topinion générale des cabinets européens. Malgré ses protestations réitérées, quoique la moindre réflexion eût rendu évident qu'il était un homme de paix et non un homme de guerre', en Allemagne et plus encore en Angleterre, on resta convaincu que le rétablissement de l'Empire impliquait le recommencement obligé de la politique du premier Empereur, de son esprit d'ambition, de conquête, de prépotence, que la reprise de la Belgique et du Rhin serait l'objectif le plus prochain de l'oiseau de proie récemment couronné^ et la revanche de Waterloo, la pensée dominante de son règne.
Comment] au surplus les étrangers ne se seraient-ils pas alarmés? Les Français ennemis de l'Empire ne cessaient de les exciter à la terreur. Victor Hugo, à Anvers, mettait si peu en