‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 34 sur 155 · Bismarck, DiscourSy III · texte numérisé non relu

Bismarck, DiscourSy III

mordre aux talons, que notre action diplomatique ou militaire aurait dû se dévouer?

Les diplomates du second Empire étaient souvent injustes envers leur Souverain. Ainsi, dé Constantinople, après la guerre de Crimée, Thouvenel, ne comprenant pas une des plus habiles et des plus heureuses manœuvres diplomatiques, écrivait à son ami Gramont, ministre à Turin : « Je suis profondément navré de la façon dont nos affaires extérieures sont conduites et un chapitre sévère suivra, dans notre histoire, le récit de la dernière guerre. La direction imprimée depuis deux ans à notre politique extérieure, si tant est qu'on puisse appeler ainsi Tabsence de toute idée mûrie, de tout esprit de suite, de toute , fermeté opportune, menace de devenir la calamité du régnée » Ceci du moins restait confidentiel et ne se traduisait pas extérieurement dans le langage des deux hommes d'honneur qui échangeaient leurs craintes intimes.

D'autres étaient moins circonspects. Pendant la guerre de Crimée, notre ministre à Francfort, Tallenay, voyait tout en noir, annonçait une triste fin, exprimait la crainte que l'Empereur fût entraîné trop loin par une partie de l'opinion française, si l'Europe se montrait trop condescendante à ses vues. — Pendant leur ambassade à Londres, Malakoff el Persigny n'ont cessé de

1. Mars et novembre 1857. Cité par M. Louis Thouvenel dans son intéressante publication : Trois années de la question d'Orient,

désavouer, de décrier, et quelquefois de caricaturer la politique impériale. On annonce la nomination d'un ministre inconnu des hommes d'État anglais au ministère de Flntérieur. Qu'estce que ce personnage? demande-t-on à Malakoff : « Je n'aime pas les gens qui ont le front fuyant et la tête pointue derrière ; cela tient plus du lièvre et de l'écureuil que de l'homme; eh bien ! c'est un peu le nouveau ministre » , répond-il. Il fait chorus aux malédictions des ministres anglais contre la guerre d'Italie et ne se contraint pas de la traiter comme une aventure. — Persigny se déclarait tout haut très malheureux de ce qu'il appelait les fautes de son maître. Au lieu d'expliquer ses actes, il les raillait; au lieu de les défendre, il les déconsidérait. A Clarendon, le ministre des Affaires étrangères, il dit : « A propos, j'ai reçu une dépêche de Walewski; voulez-vous que je vous la lise? — Certainement. — Ah! je l'ai laissée à la maison, mais n'importe, cela n'en vaut pas la peine. y>

Quelle longue liste il faudrait dresser si l'on devait citer tous ceux qui se posèrent en censeurs souvent amers de leurs instructions!

Ces propos revenaient à l'Empereur et le choquaient. Lui, si secret, était non moins froissé delà violation constante du secret diplomatique. Si ce n'est en Turquie, il n'était dans aucun pays plus mal gardé qu'au ministère des affaires étrangères de ce temps-là. La plupart des fonctionnaires étant tout au plus des amis tièdes,

ayant liaison ailleurs, dès que les affaires arrivaient entre leurs mains, allaient — bien entendu sans aucune pensée de trahison — les raconter en confidence, qui à Thiers, qui à Guizot, qui à tout autre, et de confidence en confidence, la nouvelle courait les chancelleries • Aussi, lors des négociations épineuses du Luxembourg, le ministre Moustier, très au courant des habitudes consacrées, chiffrait-il et déchiffrait-il lui-même ses télégrammes ; il n'avait pas même mis son directeur politique dans la confidence. — « Il faudrait qu'à Paris , au lieu de nous accuser d'indiscrétion, on gardât les secrets un peu mieux qu'on ne le fait », écrivait Cavour*.

L'indiscipline, le bavardage étaient-ils trop intolérables, l'Empereur donnait un avertissement, parfois se fâchait et notifiait par un petit billet courtois un renvoi. Cela ne servait de rien et comme il n'avait pas de personnel de rechange, il s'était résigné et il avait constitué une diplomatie personnelle et occulte qui agissait sans se soucier de la diplomatie officielle. Son ami Arese, Pepoli, Vimercati, Conneau, le général Tùrr ont été bien plus que Walewski, Thouvenel ou Drouyn de Lhuys, ses intermédiaires auprès du roi et des hommes d'État italiens; le prince Napoléon, peu mêlé à la politique intérieure, se retrouve actif, influent à presque tous les moments décisifs de la politique extérieure : il en vint à avoir un chiffre particulier avec le roi d'Italie.

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