A Vimercati, 15 mai
En Angleterre et en Prusse, aucune dépêche diplomatique importante n'arrive, ou le plus souvent ne part, sans que le souverain n'en prenne connaissance. Lors des négociations des mariages espagnols, Palmerston fit attendre trois semaines à Guizot la réponse à une dépêche urgente, à cause de la nécessité où il avait été d'envoyer ses minutes à la Reine alors en mer, sur la côte occidentale d'Angleterre. L'Empereur ne lisait guère, si ce n'est exceptionnellement, que des extraits des dépêches reçues ; il demandait rarement à connaître celles expédiées.
Enfin, il prit l'habitude, dans les occasions solennelles, de traiter directement avec les ambassadeurs, en dehors de ses ministres auxquels il ne pouvait se fier. Aucune pratique n'est plus contraire aux saines maximes d'État. « Les princes ne doivent traiter que par des intermédiaires ; et en efiet. Ton peut prouver que les princes, même excellents, réussiront moins bien par eux-mêmes que par l'organe de ministres, même médiocres ^ » « C'est toujours une marque de faiblesse aux princes, dit Wiquefort% de donner leur confidence à des ambassadeurs étrangers, surtout s'ils ont des intérêts considérables à démêler avec leurs maîtres. Jean d'Albion, ambassadeur de Ferdinand et d'Isabelle, à là cour de France, était fort bien avec le roi Charles VIII ; de sorte qu'il avait ses audiences secrètes toutes les fois qu'il voulait, et il quittait
i. Napoléon.