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CHAPITRE II

Lorsqu'on est attaqué sur deux frontières à la fois, au lieu de diviser ses forces pour résister également aux deux attaques, il faut n'opposer à Tune, la moins importante, qu'une défensive circonspecte, dût-elle en tirer d'abord quelque avantage, et concentrer toutes ses forces contre l'autre, la plus sérieuse. Si l'on réussit, il est facile ensuite de châtier l'ennemi qu'on a d'abord négligé.

Après sa retraite des Principautés, l'état-major russe ne pouvait ignorer que la Crimée et Sébastopol allaient devenir l'objectif des prochaines opérations : les journaux anglais l'annonçaient tout haut. Il eût dû, ne laissant qu'un rideau pour masquer le mouvement, transporter en Crimée toute l'armée du Danube, forte de 180 000 hommes ; puis celle qui restait inutilement dans le royaume de Pologne. Menschicow aurait pu opposer plus de 200000 hommes aux 63000 alliés. La manœuvre n'était pas même audacieuse, car elle n'offrait pas de péril. L'Au-

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triche ne songeait pas alors à attaquer, et elle ne l'aurait pu sans soulever contre elle la Prusse et TAUemagne; Teût-on laissé faire, ce qu'elle aurait usurpé sur le territoire russe ne serait pas demeuré longtemps entre ses mains après une défaite des alliés devant Sébastopol.

On ne se décida que tardivement à détacher de Tarmée du Danube le FV® corps, au lieu de Ty envoyer d'un coup tout entière, et Menschicow n'eut au début des opérations que 39 000 hommes à opposer aux forces doubles des alliés. Il y suppléa par Fexcellente position qu'il choisit sur les hauteurs de l'Aima. *

A peine Saint- Arnaud avait-il touché le sol de Crimée qu'il « retrouva l'extraordinaire énergie de son ressort ». Il put passer une revue des troupes en bataille sur le rivage, faire une étape de quatre heures, et, étendu sur un lit de repos, régler les dispositions de l'attaque des hauteurs de l'Aima. Hors d'état de porter lui-même son plan au quartier général anglais, il chargea de cette mission Trochu. Celui-ci partit en compagnie de l'officier d'état-major français Lagondie, détaché auprès de Raglan. « Des cavaliers battent la campagne, dit Trochu à son compagnon, prenons des précautions, glissons-nous dans le ruisseau de Boulgavak qui coule avec quelques centimètres d'eau. — A quoi bon ? répond Lagondie, cela nous retarderait trop, je prends la route directe, je vous annoncerai à lord Raglan. » Il fut capturé. Si Trochu l'avait suivi, on aurait saisi le plan qu'il apportait, et les Russes au-

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