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CHAPITRE III

A Paris et à Londres, on était convaincu que Texpédition de Crimée serait un coup de main, une simple diversion militaire destinée à faciliter les négociations de Vienne. Quand on vit que c'était une entreprise difficile, et peut-être destinée à échouer, il y eut de la surprise, de rémolion, une colère qui se traduisit d'une manière différente suivant les mœurs et la situation de chaque pays.

En France, où il n'y avait pas de ministres à renverser, on s'en prit à TEmpereur. La presse étant bridée et la tribune assourdie, ce fut surtout de l'extérieur que les révolutionnaires l'atlaquèrenL Ils l'avaient déjà honni d'avoir entrepris la guerre qu'ils avaient appelée. Les difficultés venues, ils l'accablèrent : « Devant le continent qui frissonne, les deux armées agonisent. Point d'issue : prendre Sébastopol, c'est la guerre sans fin ; ne pas prendre Sébastopol, c'est l'humiliation sans remède. Nous entendons

T. III. \k.

en ce moment la France qui tombe avec le bruit que ferait la chute d'un cercueil. C'est TEmpire qui recommence par 1812. L'armée française agonise, Tarmée anglaise est morte*. » — Ces revers qu'on exagère, on les souhaite, car ils amèneront la chute de l'Empire. « Il y a même chez les étrangers, écrit Quinet triomphant, le sentiment que ce bel échafaudage de Franconi ne peut durer, et vous ne vous figurez pas sur: quel ton insultant se montent peu à peu les journaux d'ici qui ont été le plus circonspects jusqu'à présent. Si vous avez lu les lettres de Thiers et de Changarnier, il faut avouer qu'elles sont déjà pleines de menaces. Pour peu que cela continue sur ce ton, il y aura bientôt un cri : A la rescousse ! pour aller à la curée de la bête *. La dynastie s'en va... Les d'Orléans guettent cette armée décimée qui méprise ses chefs... M. Guizot lui-même sort de son silence. Il expose clairement ses espérances dans le manifeste de l'Union. Il croit aussi la campagne perdue et même l'armée. Tenez donc pour certain que quelque chose commence à poindre sous la terre. Ce n'est qu'un germe, mais il pousse, et rien ne l'arrêtera \ » — On sonne l'hallali de l'agonie sur le cerf qu'on croit forcé. Il fallut du courage à quelques républicains fidèles à la tradition de Carnot, pour protester contre ces vœux impies de défaite; parmi eux était Barbes, détenu à Belle-

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