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Pour ritalie il réclamait un adoucissement au régime de fer qui pèse sur la Lombardie et la Vénétie, la levée des séquestres, une contrainte exercée sur le roi de Naples afin qu'il cessât de scandaliser l'Europe civilisée par une conduite contraire à tous les principes de la justice et de Téquité. Et si, décidément, on ne trafiquait pas des Légations au profit du Piémont, il demandait leur sécularisation absofue sous un vicaire laïque ; un grand centre administratif serait constitué à Bologne, à Râvenne ou en quelque autre ville du littoral adriatique; ces provinces seraient organisées comme les Principautés danubiennes ; elles continueraient à faire partie des États romains, sous la haute suzeraineté du Saint-Siège; elles concourraient financièrement au maintien de la Cour de Rome, mais elles seraient administrativenoent indépendantes.
La translation soit du duc de Toscane, soit du duc de Modène dans les Légations au profit de Victor-Emmanuel eût été tout à fait du goût des Anglais, toujours en appétit de manger un morceau du Pape. Elle ne pouvait être agréée par TEmpereur sollicitant du Saint-Père, sur les instances de l'Impératrice , de devenir le parrain de l'enfant qu'il attendait. Il était assez difficile de célébrer le parrainage en dépouillant le parrain el de livrer le souverain tandis qu'on implorait les bonnes grâces du pontife. Du reste ici le duc de Modène ni le duc de Toscane ne se seraient prêtés à ce qu'ils considéraient comme une spoliation sacrilège. On songea alors à exproçrier
la duchesse de Parme. L'Autriche déclara qu'elle ne le permettrait pas, et qu'elle défendrait l'intégrité des possessions des princes italiens autant que des siennes.
Cavour ne se résignait cependant pas à rentrer au logis les mains vides, sans rapporter le moindre lambeau de territoire à BrofiFerîo et à La Margherita. Inépuisable en combinaisons, il proposa à Palmerston de lui donner la Sicile. Le morceau parut trop bon à l'Anglais; il offrit la Grèce. 11 y avait, il est vrai, un roi, Othon : on le chasserait, et après le conjungo obligatoire du Carignan et de la duchesse de Parme, on les y enverrait, et Victor-Emmanuel prendrait Parme! Cette fois, au veto de l'Autriche se joignit celui de la Russie, qui n'admettait pas le sacrifice de ses protégés de Naples et d'Athènes.
L'étrange en tout ceci est la désinvolture avec laquelle ces libéraux, ces ennemis des traités de 1815, ces apôtres des nationalités, trafiquent m partibus des territoires comme on le fit au Congrès de Vienne, sans se soucier de la volonté des populations.
A défaut du morceau impossible à happer, l'Empereur eût voulu au moins obtenir au Piémont la levée des séquestres lombards. L'Autriche eut la maladresse de la lui refuser. Elle décréta, à la vérité, un acte d'amnistie, mais en persistant à considérer comme ses sujets les émigrés naturalisés sardes. Ce qu'elle retenait ainsi froissa plus que ne satisfit ce qu'elle accordait. Walewski ayant essayé de justifier la pré-
tention autrichienne devant l'Empereur, Cavour s'emporta : « J'assure bien Votre Majesté que si j'avais 150 000 hommes à ma disposition, je ferais immédiatement la guerre à TAutriche. » Il sollicita qu'au moins il lui fût permis d'exposer les doléances de l'Italie et d'appeler sur ses souffrances l'intérêt de l'Europe. Cela même ne fut pas facile à obtenir. Les plénipotentiaires^ sans excepter Clarendon, objectaient que la seule lâche du Congrès est de négocier un traité de paix : une discussion telle que la voudrait Cavour excéderait sa compétence.
Néanmoins l'Empereur ordonna à Walewskî d'introduire lui-même la question italienne dans les délibérations. Afin de déguiser un peu ce procédé insolite, Walewski l'encadra dans une vue d'ensemble sur divers États et sur des questions multiples (8 avril). Au début de son allocution, il parla de la Grèce, et à la fin il se plaignit des excès de la presse en Belgique, et proposa des modifications au droit maritime en temps de guerre; au milieu, il introduisit la question italienne. Il s'expliqua avec embarras sur la mauvaise administration des Légations et des Rpmagnes, exprimant le désir que le Gouvernement pontifical se consolidât assez pour permettre aux troupes étrangères d'abandonner ses États^ sans que de nouvelles commotions fussent à craindre. Il se montra plus explicite à l'égard du roi de Naples : son système politique était faux; il favorisait les ennemis de l'ordre au lieu de les frapper; il fallait l'avertir de changer.
Cavour, à qui la parole venait ainsi d'être donnée, exposa ses doléances avec une mesure qui lui obtint tous les suffrages, sauf celui du prince Napoléon auquel il parut trop modéré. Clarendon, dégagé de tout lien confessionnel ou personnel, convertit en un véritable réquisitoire la plainte de Cavour; on eût cru entendre un député de la gauche piémontaise : le gouvernement pontifical était le plus détestable des gou* vernements, une honte pour l'Europe; les procédés du roi de Naples un outrage permanent à rhumanité; les puissances européennes devaient lui adresser des conseils sous une forme assez péremptoire pour qu'il fût obligé de les suivre.
Les plénipotentiaires russes, refroidis par le blâme sévère qu'on proposait d'infliger au roi de Naples, éludèrent la discussion, alléugant qu'ils n'avaient de mandat que pour conclure la paix. Les Prussiens se renfermèrent dans des banalités inofifensives. Les Autrichiens refusèrent la discussion avec hauteur et répondirent aux attaques avec colère; ils n'accordèrent ni explication pour le passé, ni promesses pour l'avenir: leur conduite en Italie ne regardait qu'eux, et ils n'avaient aucun compte à en rendre à qui que ce fût.
Que le comte Buol sache, dit au sortir de la séance Clarendon à l'ambassadeur d'Autriche, que lorsque les paroles qu'il a prononcées seront connues, elles exciteront en Angleterre rindignation générale. — Il n'y a de solution possible à la question italienne que le canon,
s'écria Cavour. Et il écrivit à son ambassadeur à Londres : « Clarendon est furieux contre Buol ; Walewski, plus indécis que jamais, Benedetti* ne sait comment se tirer d'affaire; et nous, en acceptant avec résignation le présent, nous nous posons en enfants terribles pour l'avenir. »
Benedetti s'en tira en supprimant du protocole les vivacités et résuma avec placidité l'orageuse discussion : <* 1*" Personne n'a contesté la nécessité de se préoccuper mûrement d'améliorer la situation de la Grèce, et les trois cours prolectrices ont reconnu l'importance de s'entendre à cet égard ; 2"^ les plénipotentiaires de l'Autriche se sont associés au vœu exprimé par les plénipotentiaires de la France de voir les Etats pontificaux évacués par les troupes françaises et autrichiennes, aussitôt que faire se pourra sans inconvénient pour la tranquillité du pays et pour la consolidation de l'autorité du Saint-Siège; 3"* la plupart des plénipotentiaires a'ont pas contesté l'efficacité qu'auraient des mesures de clémence prises d'une manière opportune par les gouvernements de la péninsule italienne et surtout par celui des Deux-Siciles ; 4® tous les plénipotentiaires, ,et même ceux qui ont cru devoir réserver le principe de la liberté de la presse, n'ont pas hésité à flétrir hautement les excès auxquels les journaux belges se livrent impunément, en reconnaissant la nécessité de remédier aux inconvénients réels qui résultent
1. Chef de la direction politique chargé de la rédaction des protocoles.
de la licence effrénée dont il est fait un si grand abus en Belgique. » — Les journaux suisses, au désir de TEmpereur, ne furent pas associés à la censure prononcée contre les journaux belges, quoiqu'ils l'eussent aussi méritée.
L'Empereur témoigna son déplaisir à Buol par des froideurs, le prince Napoléon par des impertinences; il Texclut de ses invitations au corps diplomatique : « Je ne les aime pas, je n'ai aucune raison de cacher mon antipathie. »
Cavour eut beau se dire et entendre dire que si, pratiquement, il n'avait rien gagné, sa victoire, aux yeux de l'opinion publique, était considérable et qu'avoir fait admettre le Piémont au nombre des grandes puissances n'était pas un mince résultat, il restait mécontent de n'avoir pu rien arracher de plus solide. Dans le trouble d'esprit où le jeta celte déception, il ne songea à rien moins qu'à provoquer l'Autriche et à donner le signal de la troisième revanche, délia terza riscossa : « Il faut faire quelque chose, écrivait-il à Rattazzi^ Ce qui s'est passé au Congrès prouve que l'Autriche est décidée à persister dans son système d'oppression et de violence envers l'Italie et que les effets de la diplomatie sont împuis* sants à modifier son système. 11 en résulte pour