‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 72 sur 155 · IL PREFERE L'ALLIANCE ANGLAISE · texte numérisé non relu

IL PREFERE L'ALLIANCE ANGLAISE

Au lendemain de la paix de Paris, l'Empereur se trouvait à l'extérieur et à Tintérieur dans une situation de force et d'éclat égale à celle de son oncle après la paix d'Amiens. Honoré d'un respect général, salué de toutes parts, parce qu'il avait été heureux comme un homme de génie, supposé maître de lui-même comme il avait paru l'être des événements, il planait au-dessus des peuples et des rois. Son gouvernement avait supporté à la fois une guerre, la disette intérieure, le choléra, les inondations, sans que personne, si ce n'est les opposants systématiques en nombre imperceptible, murmurât et le rendît responsable de tant de maux réunis. Les affaires n'avaient pas même subi un ralentissement ; le seul péril qui vînt de ce côté était un débordement de spéculation inévitable dans les périodes d'intense activité financière contre lequel les^

gouvernements sont impuissants^ et qui se punit lui-même par les crises de liquidation auxquelles ses excès aboutissent.

Les adversaires mêmes se croyaient obligés de célébrer le victorieux. A l'Académie des Sciences morales, Parieu lisait, sur je ne sais plus quel sujet, un Mémoire dans lequel il dit : TEmpereur des Français... Cousin interrompt et s'écrie : Dites TEmpereur de l'Europe. — Thîers termine ainsi la préface de son douzième volume : « Napoléon P*", en nous laissant la gloire, nous a laissé la semence des héros, semence précieuse qui vient de lever encore dans notre pays et de nous donner les vainqueurs de Sébastopol. Oui, même sans lui, nos soldats, ses élèves, ont été aussi grands, aussi heureux qu'ils le furent jadis avec lui. Puissent nos armées être toujours triomphantes! Le plus grand dédommagement de n'être rien dans son pays, c'est de voir ce pays être dans le monde tout ce qu'il doit être. »

L'Empereur ne fut pas insensible à cet "hommage, et du haut du trône, il y répondit royalement : « La France, sans froisser les droits de personne, a repris dans le monde le rang qui lui convenait, et peut se livrer avec sécurité à tout ce que produit de grand le génie de la paix. Que Dieu ne se lasse pas de la protéger, et bientôt l'on pourra dire de notre époque ce qu'un homme d'État, historien illustre et national, a écrit du Consulat : « La satisfaction était partout, et quiconque n'avait pas dans le cœur les mauvaises pas-

sions des partis, était heureux du bonheur public. » Il envoya à Thiers l'exemplaire sur lequel il avait lu son discours. Le soir il y eut foule à Thôtel de la place Saint-Georges ; quelques-uns félicitèrent, le plus grand nombre raillait : Quelle perfidie! il a voulu vous compromettre. — Thiers répondait invariablement : — Je suis flatté, très flatté. — A la fin de la soirée, il se rendit chezM"^® d'Haussonville-ATentréedes salons, il rencontre une noble dame fort dévote qui reprend le compliment narquois; Thiers, piqué, riposte : « Je suis moins près de Dieu que vous, Madame, mais je suis assez chrétien pour ne pas mettre de mauvaises intentions sous de bonnes paroles ». — « Vous finirez par aller aux Tuileries ! lui dit sa belle-mère M^'^Dosne, ultra-orléaniste. — Eh bien! répondit-il, vous ferez désinfecter mes vêtements. »

Alors, pour la première fois, surgitTidée de la constitution de TEmpire libéral, et du côté où Ton ne devait pas l'attendre. Maupas, ulcéré de son renvoi, était devenu parlementaire sinon libéral. Par l'intermédiaire d'une noble anglaise, ladyHolland, également liée avec l'Empereur et avec Thiers, il avait fait sonder celui-ci sur un rapprochement avec l'Empire. Thiers n'avait pas décliné l'ouverture et l'Empereur, instruit par Maupas de ses démarches, avait chargé Walewski de les poursuivre. Thiers consentait à devenir ministre de l'Empereur, à condition d'être ministre des Affaires étrangères et président du Conseil; c'est-à-dire qu'il consentait à recevoir

rabdication de TEinpereur. On était loin de compte, car TEmpereur ne voulait que recevoir la soumission de Thiers, et croyait faire beaucoup en lui concédant la vice-présidence du Conseil avec le ministère des Affaires étrangères et trois ministères pour ses amis. On s'en tint là.

Plus tard, TEmpereur m'a dit : « J'aurais dû donner la liberté après le Congrès de Paris. » En réalité, le pays, satisfait d'être bien gouverné et glorieux, ne lui demandait alors aucune liberté, et lui-même ne se considérant qu'au début de son dessein international, ne voulait pas se lier les mains.

Maître de choisir ses alliances, sûr de celle de l'Angleterre, il en voyait une autre que la France n'avait jamais pu obtenir depuis i830, celle de la Russie, s'oflfrir à lui.

Tout était nouveau dans l'Empire des Tsars, le souverain et le premier ministre. Alexandre II, fils aîné de Nicolas et de la grande-duchesse Alexandra Théodorowna, sœur du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, né à Moscou le 17 avril 1818, avait été proclamé héritier au trône le 12 décembre 1825, et avait reçu le titre de Tsarevich dans le manifeste d'avènement au trône de Nicolas, 30 août 183r.

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