DE L'EXÉCUTION DU TRAITÉ DE PARIS
Un premier nuage entre TEmpereur et ses alliés de Londres menaça de se former dans cette Espagne d'où nos ennemis nous ont toujours porté leurs coups. Depuis 1854, ce malheureux pays était en révolution. Espartero et O'Donnell, devenus les maîtres du pouvoir par un mouvement militaire, avaient chassé la reine Marie-Christine, réduit la reine Isabelle en une espèce de captivité officielle, et convoqué des Certes constituantes. Ils n'avaient pas tardé à se diviser, et O'Donnell, appuyé par les fidèles d'Isabelle, avait renversé Espartero (juillet 1856). Ce renversement mécontenta fort les Anglais, dont Espartero était Thommelige, et au contraire plut beaucoup à l'Empereur, parce que O'Donnell nous était attaché. Madrid, Saragosse, Barcelone, Jaen, Murcie, Grenade, Alicante, s'étant soulevées en faveur d'Espartero, l'Empereur ras-
sembla des troupes vers la frontière, et il allait mettre un maréchal à leur tête, lorsque arriva la nouvelle des succès d'O'Donnell à Madrid, après une journée de combat et à Barcelone après quatre jours; il demanda alors de Plombières à Vaillant de savoir de ses collègues s'ils estimaient encore opportun de placer un maréchal à la tête du corps d'observation des Pyrénées.
Vaillant répondit : « Conformément à l'autorisation que V. M. m'a donnée le 2i juillet, j'ai consulté aujourd'hui mes collègues. Tous les ministres présents à Paris pensent qu'il peut y avoir avantage à différer pendant une dizaine de jours au moins. Les choses paraissent s'arranger en Espagne, et une intervention armée précipiterait peut-être la crise qu'il faut chercher à éviter. La nomination du maréchal, sa présence à l'armée équivaudrait à une entrée en Catalogne et Navarre. Lord Cowley, à qui M. Baroche a dit quelques mots des projets encore vagues de l'Empereur, a fait une grimace assez significative. Le ministre de l'Intérieur objecte l'état des esprits dans beaucoup de parties de la France : l'incertitude sur les récoltes, le blé baisse, mais bien peu, etc. Le ministre des Finances veut que je dise à l'Empereur que la nomination du maréchal, c'est une baisse de 2 à 3 francs dans la Bourse qui suivra (23 juillet 1856). »
L'Empereur renvoie de Pombières la note avec l'observation suivante : « 11 est peut-être bon de différer la nomination d'un général en chef.