A PROPOS DE L'EXÉCUTION DU TRAITE DE PARIS
puisque les affaires paraissent s'arranger sans nous. Voilà la bonne raison. Toutes les autres sont indignes d'hommes d'État. Comment! nous laisserions Tanarchie et Tinsurrection s'organiser à nos portes, parce que le blé ne baisse pas, parce que la Bourse baisserait et que lord Cowley fait une grimace? Nous ne sommes pas encore tombés si bas, Dieu merci ! /> (26 juillet i856.)
O'Donnell victorieux ne jouit pas longtemps de sa victoire. Narvaez le renversa comme celuici avait renversé Espartero (12 octobre), rétablit la constitution de 1845, et la paix, une paix espagnole s'entend, régna chez nos voisins.
La difficulté de mener de front l'alliance étroite avec l'Angleterre et de bons rapports avec la Russie se manifesta dès qu'il s'agit d'exécuter le traité de Paris.
Les Turcs et les Russes se disputèrent la possession d'un rocher désert, appelé l'île des Serpents, silué à l'embouchure du Danube, dont le traité avait omis de parler; les uns et les autres y débarquèrent.
L'article 20 du traité fît naître un autre conflit plus compliqué. Cetarticle stipulait que la nouvelle frontière de Bessarabie passerait au sud de Bolgrad. Or il y avait deux Bolgrad, l'un situé un peu au nord du lac Yalpoulk, l'autre sur le lac
même, et au sud de la rivière du même nom. Les Turcs prétendaient que le Bolgrad de l'article 20 était le premier, celui au nord; les Russes soutenaient que c'était le second, cheflieu des colonies bulgares, dont on leur avait assuré la possession.
La controverse sur l'île des Serpents n'était pas sérieuse, car il était évident qu'ayant enlevé à la Russie le delta et l'embouchure du Danube, on n'avait pas voulu lui laisser au beau milieu une position militaire quelconque. L'Empereur le représenta à Gortschacow, et en obtint la renonciation à l'île.
Le dissentiment sur Bolgrad ne fut pas aussi aisé à pacifier. L'Empereur se crut engagé à soutenir la prétention russe. « Par Bolgrad, dit-il, j'ai compris Bolgrad centre des colonies bulgares ; c'est donc celle-là que je juge devoir rester à la Russie. » Les Anglais, pour toute réponse, firent, sans nous prévenir, rentrer leurs navires dans la mer Noire, et engagèrent l'Autriche à prolonger l'occupation des Principautés . Ces gages pris, ils se plaignirent. « Quand il s'est agi de la paix, disaient-ils, nous avons trouvé d'abord le gouvernement français tellement disposé à la conclure, à en rendre les conditions faciles, que cette condescendance, de nature à augmenter lés prétentions russes, nous aurait révélé un changement complet de la politique à notre égard, si l'intervention personnelle de l'Empereur avec sa loyauté habituelle ne nous eût bientôt rassurés. Pendant les négociations,