A PROPOS DE L'EXÉCUTION DU TRAITÉ DE PARIS
nous ne sentions plus entre les deux gouvernements cet accord sympathique qui avait présidé naguère à toutes nos résolutions; nous n'avions cependant pas le droit d'en être blessés. Le gouvernement français voulait la paix plus vivement que nous, et le montrait peut-être trop ouvertement, mais enfin le but qu'il se proposait n'avait rien qui nous fût désagréable et expliquait suffisamment nos dissidences. Mais aujourd'hui que la paix est obtenue, il ne s'agit plus que de régler quelques points de détail ; comment expliquer des divergences sur des faits, qu'à moins d'être Russe on ne peut envisager de deux manières? Où le gouvernement de l'Empereur veut-il en venir * ? »
Gortschacow proposa de soumettre le différend à la Conférence, ce qui était la solution naturelle. — Nous y. consentons, répondirent les Anglais, pourvu que vous nous assuriez la majO' rite par l'exclusion de la Prusse neutre et de la Russie ennemie. — L'Empereur répondit qu'il était impossible d'exclure aucun des signataires de la paix. — Éh bien, dans ce cas, pas de conférence, et si vous insistez, la rupture. — L'Empereur ne voulait pas la rupture. Il engagea les Russes à. renoncer au nouveau Bolgrad, moyennant l'attribution d'un territoire compris entre les deux branches supérieures du Haut- Yalpoulk. Il promit aux Anglais, si cette transaction ne prévalait pas et si la question se posait unique-
i. Persigny, de Londres, 23 septembre 18o9,
ment sur Tinterprétation stricte du traité, d'obtenir du Piémont qu'il votât pour eux contre lui. Clarendon eût voulu que ce que l'Empereur lui concédait lui vînt du Piémont lui-même. Il se pencha à l'oreille de Cavour : « Prenez l'engagement de voter pour nous ; la France le désire ; nous vous le garantissons d'une manière positive*. »
Cavour en doutait et n'bsait s'engager. L'Empereur le mit à l'aise. Il convoqua mystérieusement à Compiègne Villamarina, à l'insu de Walewski, et le chargea de réclamer de Cavour, comme un service personnel, d'appuyer la transaction et, dans le cas où elle ne prévaudrait pas, de voter contre la thèse russe que lui-même soutenait. Aucune ouverture ne pouvait êlre plus agréable à Cavour. Pour grossir l'importance de son pays et la sienne, il sollicita et obtint la faveur de proposer, comme.de sa propre initiative, l'arrangement imaginé par l'Empereur*.
Les Anglais, dont Tliabitude est de crier, de