L'EMPEREUR A CONSTITUER LA NATIONALITÉ
L'affaire de Neuchâtel réglée, Forganisation •des Principautés redevint Tobjet des délibérations des cabinets.
L'Empereur avait résolu de préparer l'afifranchissement de la nationalité italienne, en constituant la nationalité roumaine par l'union politique et administrative de la Moldavie et de la Valachie sous un prince étranger. Le Congrès, sans adopter cette solution, avait décidé qu'avant de statuer on consulterait les populations. Or €omme le vœu des populations en faveur de l'union était quasi unanime, par le fait, la question avait été résolue selon le désir de l'Empereur.
Cette solution devenait inévitable si l'on n'empêchait les populations d'exprimer leur volonté. La Porte s'y employa de son mieux. — Il lui était impossible, disait-elle, d'accepter qu'on la privât des deux Principautés qui constituaient la protection la plus sûre de Constantinople; le
prince étranger qu'on nommerait serait assez fort au bout de quelque temps pour secouer la souveraineté du Sultan et se rendre indépendant ; le même système s'établirait en Servie aussi bien qu'en Moldavie et en Valachie, et il en résulterait les mêmes conséquences ; la Turquie perdrait ainsi successivement six millions de sujets ; ce serait la fin de sa puissance en Europe.
L'Autriche, décidée par son intérêt propre plus que par celui de la Turquie, appuya ces arguments : elle espérait que, les Principautés laissées désunies, elle acquerrait sur elles le protectorat que la Russie venait de perdre et que sa domination établie sur la vallée du Danube compléterait et fortifierait son empire dans la vallée du Mincio ; la création d'une nouvelle Sardaigne sur sa frontière orientale lui était intolérable. Elle couvrait ses convoitises de belles raisons d'intérêt général : les Russes ne pourraient s'établir en sûreté à Constantinople si, maîtresse des Principautés par elle-même ou par des princes subordonnés, elle faisait de Silistrie une place solide et formait un camp retranché permanent sur le versanj des Karpathes du côté de la Buckovine, en face du Pruth.
Le Piémont n'avait pas à délibérer: il devait se prononcer en faveur de la nationalité dont l'afiTranchissement allait être le prélude du sien, et consacrer un principe dont il recueillerait ensuite le bénéfice. Cavour n'hésita point.
La Russie aurait eu bien des objections à l'établissement d'un État appelé à gêner ses projets
sur rOrient, peut-être à les combattre ; mais dès qu'il s'agissait de se venger de TAutriche et de complaire à FEmpereur, elle n'hésita pas non plus', elle se prononça en faveur de l'union des Principautés et entraîna la Prusse.
Le dernier mot appartenait au cabinet anglais. Malgré son désir de complaire à l'Autriche, il parut quelque temps perplexe, embarrassé ; peu à peu il se découvrit. Palmerston commença par dire à Persigny ^ : — Sans l'empressement de la Russie d'accueillir l'idée de la réunion, sans la répugnance de l'Autriche et surtout de la Turquie, il n'aurait aucun motif raisonnable d'abandonner l'opinion que lord Clarendon a manifestée au Congrès de Paris, mais l'attitude du Gouvernement ottoman dans cette question lui paraît un incident grave ; il se demande comment il sera possible aux puissances alliées, après avoir pris les armes pour l'intégrité de l'Empire ottoman, de violenter la Turquie dans une question qu'elle considère comme menaçant son intégrité même. — Bientôt ce langage s'accentue : — Se prononcer contre la Turquie dans une affaire qui la touche si vivement, c'est se placer en dehors du principedela dernière guerre, c'est faire ce qu'ont voulu les Russes, menacer et non protéger l'intégrité de l'Empire ottoman, renoncer soi-même au principal gain de la victoire \ — De transitions en transitions, lecabinet anglaisen vint à se déclarer sans rélicence contre l'union des Principautés,.