‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 88 sur 155 · De Persigny, 18 février · texte numérisé non relu

De Persigny, 18 février

Nos diplomates parlaient ou du moins pensaient comme les Anglais, les Autrichiens et les Turcs. Que Bourqueney à Vienne n'approuvât pas Tunion, cela importait assez peu, pourvu que tel ne fût pas aussi le sentiment des ambassadeurs de Constantinople et de Londres chargés de la faire prévaloir.

L'ambassadeur de Londres était Persigny, Thouvenel celui de Constantinople. Thouvend avait gagné l'admiration du public diplomatique par ses remarquables dépêches lors de la guerre de Crimée. On lui avait confié l'intérim du ministère pendant la mission Drouyn de Lhuys à Vienne. De Vienne Drouyn de Lhuys envoya directement ses dépêches à l'Empereur par son chef de cabinet sans que le ministre par intérim en eût connaissance. Thouvenel, blessé, laissa, au retour de Drouyn de Lhuys, sur le bureau ministériel, sa démission de directeur politique. L'Empereur trouva cette susceptibilité justifiée et, Drouyn de Lhuys congédié , il envoya le démissionnaire à Constantinople.

Ni Persigny, ni Thouvenel n'approuvaient l'union des Principautés; Persigny parce qu'elle déplaisait aux Anglais. La nationalité roumaine de plus ou de moins dans le monde ne lui paraissait pas un gros intérêt; le maintien de la bonne entente entre la France et l'Angleterre importait bien plus*. L'Empereur ne devait pas se mêler aux luttes des puissances ; placé au-dessus d'elles,

i. De Persigny, 11 avril 1837.

il devait rester leur arbitre. « Quelque grand que soit ce rôle, je comprendrais pourtant qu'il ne pût pas suffire à une âme ardenle et passionnée. Un esprit absolu ou impatient jetant les yeux sur les provinces du Rhin, sur l'Italie, la Pologne ou la Hongrie, pourrait avoir la pensée de changer la face de l'Europe. Assurément je déplomberais pour la dynastie impériale qu'une pareille idée germât dans la tête de V Empereur^ car la dynastie actuelle na plus besoin de gloi?*e, mais de temps, et le temps ne peut être remplacé par rien. Si donc ja croyais la France lancée dans un système de grandes actions et de grandes choses , je le regretterais, je le répète, comme autant de choses inutiles, la plus belle action du monde ne pouvant rien ajouter à la gloire napoléonienne et encore moins donner vingt ans à Théritier de l'Empire. Mais enfin je comprendrais que, même sans nécessité, la France tirât l'épée pour de grandes choses. Ce que je ne puis concevoir, c'est que, sans but, sans intérêt réel, elle s'engage dans des questions aussi peu importantes ^ »

Thouvenel s'opposait à l'union parce qu'elle déplaisait aux Turcs et aux Autrichiens. Il ne tarissait pas en lamentations et présages lugubres ; il ne comprenait pas qu'on se séparât de l'Autriche, qu'on l'empêchât de se porter vers le Danube, d'y contre-balancer les Russes et d'y dégager l'Italie; nous avions le premier rang à Constantinople , nous le perdions de gaieté de

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