‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 89 sur 155 · Db Persigny, 20 juillet · texte numérisé non relu

Db Persigny, 20 juillet

cœur ; nous allions à une humiliation comme celle de 1840 en Egypte; nous n'unirions pas les Mot daves et les Valaques, nous gâterions notre position à Gonstantinople, nous donnerions à rire à Pétersbourget à Vienne. « Cette politique était navrante; sa seule issue serait un accord avec les Russes, dont Dieu nous préserve, car ce serait démentir toutes nos traditions et efifacer le traité de 1856 K »

Les hommes d'Etajt des anciens régimes se déchaînaient non moins contre Timpéritie de TEmpereur. Je me rappelle l'indignation de Thiers : « Le partage de la Turquie, me disait-il, serait pire que le partage de la Pologne au siècle dernier. La guerre de Crimée nous avait acquis son amitié, il fallait la conserver. Au lieu de cela que fait-on? on Tirrite chaque jour; on soutient le Monténégro contre elle; on veut lui enlever les Principautés; mais elle n'est forte que sur le Danube, elle n'a jamais eu de succès que là; c'est sa protection naturelle. Ah! si je pouvais discuter à la tribune pendant dix minutes ! »

Assurément, si l'Empereur avait voulu par la guerre de Crimée consolider l'Empire turc vacillant, c'eût été une bien singulière aberration que d'ébranler soi-même, après la paix, l'Empire au secours duquel on avait envoyé ses armées ; mais l'intégrité de la Turquie ne fut que l'enseigne de la guerre de Crimée, le but réel avait été de préparer l'affranchissement des nationalités par

1. Loois Thouvenel, Trois ans de la question d* Orient, passim.

la dissolution de la Sainte-Alliance; loin donc de se contredire et de démontrer peu de tenue dans l'esprit, TEmpereur n'était que sérieux et suivi dans ses desseins, en poursuivant dans les Principautés une première application de sa politique générale.

Une lueur de justice traversa l'esprit pessimiste de Thouvenel. Au milieu de ses incessantes critiques, il s'arrête tout à coup et s'écrie : « Je raisonne, bien entendu, dans l'hypothèse que notre politique est sans arrière-pensée, et que nous n'avons pas l'envie de régler sur le Pô les questions soulevées sur le Danube. S'il y a un dessous de cartes, je ne dis plus rien*, » — Ne dites plus rien, monsieur l'ambassadeur, car vous avez enfin pénétré la pensée de votre souverain. — Il continua néanmoins à dire et de cruels propos.

Toutefois une différence essentielle esta noter entre la conduite de Thouvenel et celle de Persîgny. Persigny ne se contente pas, ce qui était de son devoir, d'exprimer son opinion à l'Empe reur età Walewski, il la communique aux ministres anglais et au corps diplomatique ; à l'étonnement de l'Europe, il s'institue le censeur public de son gouvernements Les critiques de

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