‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 14 sur 45 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Monténmia lî.

Montézuma II, ayant été grand prêtre de Huitzilopochtli , considérait ies sacrifices humains comme l'acte religieux le plus agréable à la Divinité et le plus propre à attirer sesfaveurs. Or la ville d'Allixco était en état d'hostilité avec Mexico; il s'y porta a la tète de la noblesse et de l'armée,, afin d'avoir des victimes & offrir le jour de son intronisation. L'expédition réussit; cependant les Mexicains y perdirent quelques-uns de leurs plus braves guerriers.

De retour dans sa capitale, le roi fut couronné; ses collègues le revêtirent du manteau royal , placèrent sur sa léte la tiare d'or, et lui firent les onctions accoutumées. Montézuma passa alors quatre jours dans la retraite, ne mangeant qu'une fois dans les vingt-quatre heures, se baignant chaque jour et chaque nuit, se tirant du sang des différenles parties du corps avec des épines de maguy et offrant del'encens aux dieux. Le cinquième jour, la noblesse vint prendre le monarque au temple, le reconduisit è la demeure royale, lui prêta publiquement le serment de fidélité et cm reçut la confirmation des fiefs héréditaires. Puis commencèrent les fêtes de l'inauguration ; la foule fut aussi considérable a Mexico que lors de la dédicace du temple d'Huitzilopochlli. Les ballots, les théâtres, les festins d'apparat, les. jeux publics, se succédèrent saus interruption; les nuits mêmes n'interrompirent pas les réjouissances, des milliers de torches résineuses restèrent constamment allumées dans les rues et sur les places. Montézuma combla de présents ses hùlcs les plus distingués et remit des dons du plus haut

' Le mognj (agate américaine) est une variété de Tlloè».

prix aux ambassadeurs qui étalent venus représenter des

l'm n s iiiuiniiticenccs, Montézums préhidaîl au système nouveau qu'il voulait introduire dans son empire. A peine monté sur le troue, il se dépouilla des humbles dehors qu'il avait affectés jusqu'alors, et se montra tel qu'il était réellement, c'est-à-dire orgueilleux el enclin au despotisme. Il s'empressa de remplacer par ses créatures les membres des diflérents conseils nommés par ses prédécesseurs, et de renvoyer de son service tous les plébéiens employés au palais; il décréta que désormais les offices de la maison royale seraient confiés uniquement aux membres de l'aristocratie, et qu'aucun Aztèque non noble ne remplirait une fonction auprès de sa personne.

Celte préférence impoli tique lui aliéna les cœurs d'une foule de ses sujets, et en particulier de la classe nombreuse des officiers parvenus et des marchands, qu'il avait Irôsgrand intérêt à ménager.

Mais il alla plus loin encore; les richesses et le luxe des commerçants, qui étaient les fondateurs et les soutiens de la prospérité publique, L'offusquaient et excitaient la jalousie des nobles. Monlézuma les humilia en toute occasion, publia contre eux des lois somptuaires el les accabla de taxes et d'impôts qui grossirent démesurément son trésor, mais qui lui liront perdre de plus en plus l'affection de ses peuples. Au lieu de la haute et constante protection dont les marchands avaient joui sous les régnes précédents, ils se virent en butte à d'innombrables ira casse rie s, à de constantes avanies; quelques-uns des plus considérables d'entre eux furent même nus à mort sur le rapport de faux témoins. Les représentations qu'un vieillard, chargé autrefois de l'éducation de Monlézuma, lui adressa à ce sujet, furent reçues avec une arrogance inouïe.

La noblesse, satisfaite de l'humiliation de ceux auxquels elle portait envie, fière des places et des honneurs de cour

qui étaient devenus son apanage exclusif, tomba dans un servilisme complet. Les historiens nationaux entrent à ce sujet dans de curieux détails. Un regard ou nu sourire du roi, k faveur de lui rendre les plus humbles services domestiques, devinrent des causes de jalousie et de l'envie la plus haineuse.

L'orgueil de Monlézuma crut en proportion de l'adoration dont il se vit l'objet, et son faste suivit la même progression. Il changea le cérémonial de la conr, en multiplia les détails, créa une garde noble chargée de veiller sans cesse sur sa personne, s'entoura d'une pompe précédemment inconnue, et ne se montra plus que fort rarement en public, estimant que l'isolement ajoutait à la majesté royale.

Les princes et les grands seigneurs de l'empire ne parurent plus en sa présence que les yeux baissés, pieds nus, et en ayant soin de couvrir, par humilité, leurs riches vêtements de manteaux faits de l'étoffe la plus grossière. Nul ne regardait le roi en face ni ne lui parlait sans être interrogé, et alors même on lui répondait à voix basse, ou par l'intermédiaire de l'un des secrétaires qui ne le quittaient jamais.

Le monarque mangeait toujours seul, assis sur un coussin; une pile de carreaux un peu plus élevée lui servait dé table. Un paravent très-richement sculpté le dérobait û la vue des personnes réunies dans la salie où il prenait ses repas. Quatre cents pages, portant autant de plats sur de fines serviettes, les plaçaient sur des réchauds en vue de Hontézuma : il désignait ceux dont il voulait manger au sénéchal, lequel les faisait apporter par les gentilshommes de service et les plus belles des concubines royales. La nappe élail de coton fin brodé de diverses couleurs, la vaisselle d'or, d'argent ou de la plus belle poterie de Cholulian. Le linge et la poterie ne paraissaient pas deux fois sur la table du roi, jamais aussi il ne mettait deux fois le même vêlement; tout cola se distribuait aux officiers de son palais.

Lorsqu'il voulait donner une marque de bienveillance à quelqu'un des conseillers de la couronne qui se tenaient debout à l'extrémité de la salle, il lui envoyait un plat de sa table. Celte faveur élait fort enviée, le mortel privilégié qui la recevait mangeait en silence le mets royal.

Après le dîner, on apportait au roi sa pipe, et tandis qu'il la fumait, ses boudons l'amusaient par leurs saillies, les femmes et les seigneurs de sa cour dansaient un ballet en sa présence, puis il faisait une courte sieste, après laquelle il s'occupait des affaires de l'État et recevait les princes et les ambassadeurs étrangers.

Toutefois Monlézuma réunissait de grandes qualités à cet amour extraordinaire du faste et à ces allures despotiques. Brave à ia guerre, où cependant il ne parut que rarement en personne, il élait très-aclif en temps de paix, car l'oisiveté lui inspirait une horreur extrême, et il rendit contre ce vice de remarquables ordonnances. Il s'occupait avec zèle du gouvernement de ses Etats, protégeait palegnellement l'agriculture, et donnait des soins particuliers à l'administration de la justice, qu'en général il faisait rendre prompte et bonne à chacun sans acception de personne. Voulant que tout le monde eût une occupation dans son empire, le roi faisait exercer tous les jours ses soldais et les employait à des travaux d'utilité publique quand ilsn'élaieht pas en campagne. Semblable au célèbre calife Haroun-al- Raschid, il parcourait fréquemment les rues de sa capitale sous quelque déguisement et suivi d'un seul confident, pour voir ce qui s'y passait, el si ceux qui gouvernaient sous ses" ordres méritaient sa confiance.

La générosité était une des vertus qui brillaient avec le plus d'éclat dans ce monarque. Deux fois la famine sévit dans son royaume durant les premières années de son règne. Il s'empressa de prendre de sages mesures pour combattre le fléau, ouvrit libéralement ses propres greniers el les greniers publics alin de venir en aide aux nécessiteux,

et s'oublia lui-même pour satisfaire aux besoins de ses peuples. Mais il lit plus encore : il établit dans la ville de Culhuacan un immense hospice des invalides, où les soldais infirmes, les pauvres el les vieillards, étaient logés, nourris et entretenus à ses frais.

La ville de Mexico-Teuochiillan, déjà fort somptueuse, s'embellit encore prodigieusement sous ce prince, ami de la magnificence, el qui voulait avoir une capilale digne de sa propre grandeur. Il y fit faire d'immenses travaux à la suite desquels elle prit im aspect véritablement enchanteur. Ou en peut juger par les descriptions que nous en ont laissées Cortés et ses premiers compagnons.

Tenoehtillau , ou ne l'a pus oublié, avait été bâtie dans les marécages du grand lac de l'Amérique centrale; c'était la Venise du nouveau monde. Mais Venise s'élève au milieu des eaux sauinàtres des lagunes ; des ondes pures et belles arrosaient Mexico.

Assise sur de charmantes Iles de verdure et divisée en carrés réguliers, la ville ressemblait, à ce que dit Bernai Diaz, l'un des conquérants de l'Anahuac, à un immense échiquier; il ajoute que chaque carré avait son temple consacré à l'un des dieux du pays. De larges quais bordaient les innombrables canaux de la capitale , et on communiquait d'un quiii à l'autre par une quantité de ponts en bois, tantôt fixes, tantôt mobiles, tous larges et très-bien construits.

Le sanctuaire d'Huilzilopochlli tenait le milieu de la ville. Le temple ou léocalli proprement dit reposait sur une base composée de cinq assises superposées, construits eu pierres de taille, en forme de pyramides tronquées. On y montait au couchant, par un escalier de cent quatorze marches, hautes d'un pied chacune. Le sommet du socle présentait une plaie-forme de soixanlc pieds de long sur cinquante de large, munie sur trois faces de balustrades en pierre richement sculptées; ces balustrades s'arrêtaient du

coté de l'escalier. Là s'élevaient sur des socles de pierre, couverts do hideuses peintures, deux grands pavillons en bois sculpté, renfermant les gigantesques images des dieux Huilzilopochtli et Tluloc. Auprès des pavillons se trouvaient les pierres destinées aux sacrifices humains, et une haute our a deux étages terminée en coupole, dans laquelle on conservait les ustensiles destinés au culte. Une immense enceinte carrée entourait le téocalli que nous venons de décrire; elle filait fermée pur un mur très-épais décoré de sculptures fantastiques, parmi lesquelles ou remarquait fréquemment la figure du serpent. Qualre portes surmontées de (ours et de statues colossales perçaient l'enceinte ; à côté de chacune des portes s'Élevait un bâtiment servant de dépût d'armes. L'intérieur de la cour quadrangiilairc renfermait, établis le long des murs, des jardins, dès galeries, des bains et un grand nombre de bâtiments déclines aux écoliers, aux prêtres et aux au 1res desservants du temple. On y voyait en outre les sanctuaires des soixante-dix-huit divinités qui composaient la cour de Huilzilopoclitli. Ils avaient chacun ses dépendances, son téocalli et sa tour, dont les ornements avaient rapport a l'histoire du dieu qu'on y adorait. Le seul téocalli de Quelzalcohuatl, bâti en rotonde, affectait une forme différai le des soiN;mt.e-di\-sept autres; son entrée basse, obscure et pcinle, tvprésrnlait lu pueuk béante d'un

La disposition des édifices dont nous venons de parler laissait libre au pied de l'escalier de Huit/ilopochtli un trèsgrand espace destiné à l'exécution des danses sacrées. Au milieu de .cette place s'élevait l'autel des holocaustes ou brûlait un feu perpétuel, dans lequel on jetait en certaines occasions des victimes humaines.

Quatre artères fort larges partaient des portes du grand temple, divisaient la capitale en autant de quartiers principaux et aboutissaient k diverses routes royales, à la campagne et au débarcadère de Tezcnco. Les quatre voies

Mtics sur pilotis, eu pierres énormes, traversaient les canaux sur des ponls-levis. On les avait chargées de terre végétale; de belles allées les garnissaient et servaient de lieu de promenade au publie.

La population, ainsi que nous le disions précédemment, se réunissait également dans la soirée sur la digue qui embrassait la lagune de Tenochtillan , el qui avait été construite au temps de Monlézuma I" par Nelzahualcojoll, à la suite de la terrible inondation de 1446.

L'édilité mexicaine veillait avec les soins les plus minutieux à la propreté des quais et des voies publiques; Monlézuma II se montrait inflexible à cel égard : la dégradation et la malpropreté lui inspiraient une insurmontable horreur; une foule d'hommes affectés à l'arrosage et au balayage des différents quartiers s'acquittaient de leurs fonctions avec un zélé proportionné aux sévères injonctions du roi. Des lieux d'aisance se trouvaient établis de dislance en distance, afin qu'on ne vit d'ordures nulle part. La beauté des maisons ajoutait au charme de la ville. Celles de l'aristocratie et de la noblesse miLnrliïLiuli' , généralement à un étage, étaient ornées de riants portiques, de cours, de bassins et de jets d'eau; des fleurs et des arbustes odorants plantés dans de beaux vases couvraient leurs larges terrasses. Celles des personnes de la basse classe se distinguaient par leur aspect riant et par leur éclatante blancheur.

De nombreux gardiens étaient préposés à la sûreté des rues, et de grands falots toujours allumés pendant la nuit rendaient impossibles les délits contre la propriété.

liexïco, nous le répétons, renfermait une grande quantité d'édifices religieux. Outre le sanetuaire de Huitzilopocluli avec ses soixante-dix-huit léocallis, on comptait quatre cents temples dans la ville. Monlézuma II embellit les palais bâtis par ses prédécesseurs pour les députés des provinces et poulies princes étrangers, el en augmenta le nombre-

Aux jours des grandes fêtes, la capitale prenait un aspect

féerique : on décorait tous les temples, tous les palais, lotis les monuments de grands mâts, dans le genre de ceux qu'on voit sur la place Saint-Marc à Venise, et on y attachait des banderoles Éclatantes cl des bouquets de fleurs.

Le roi déploya surtout sa magnificence dans la décoration de ses propres demeures. Le palais qu'il habitait d'ordinaire se trouvait dans le voisinage du lemple principal. C'était un assemblage d'ûdilices construits en pierres de couleur rose, renfermant trois cours très-grandes cl dont les vingt portes s'ouvraient sur autant de places ou de mes. Tous les portiques, tontes les galeries, tontes les pièces de cette somptueuse demeure, resplendissaient de revêtements et de décorations en marbre, en albâtre et en porphyre. Des sculptures et des incrustations enrichissaient les plafonds construits en bois précieux. Des lapis, des fourrures et des nattes fines couvraient les parquets; l'or, l'argent et les pierreries brillaient dans la décoration intérieure; de merplumes de la plus rare beauté, étaient appentlus aux murs des cent appartements du palais, et chacun d'eux avait son bain et son salon'. Des milliers de vases dans lesquels on brûlait les plus suaves parfums répandaient leurs odeurs dans la résidence royale. Trois mille personnes, parmi lesquc-lle-s se trouvaient les mille femmes les plus belles de l'Anahuac , y composaient le service habituel du monarque.

Montézuma avait érigé aussi un palais entouré de portiques d'albâtre, destiné uniquement à la conservation et a la reproduction des oiseaux dont les plumes servaient à la confection des mosaïques '. Trois cehls personnes veillaient au bien-être de celte république ailée. Non loin de là s'élevaient deux ménageries fort bien tenues, et destinées

< Au rapport <U-s l^ja^jiuls ctmleniporains , trois mille personnes tenaient 1) i 5 â l'aise flans le salon principal de la résidence royale.

1 Sous parlerons de ta confection de ces mosaïques dans le chapitre que nous consacrerons aux arts et à l'industrie de l'empire de l'Anahuac.

l'une aux oiseaux de proie, Vautre à la collection complète des quadrupèdes, amphibies, reptiles et poissons de l'Amérique. Par un bizarre caprice, le roi y avait réuni un assemblage de bossus, d'estropiés, en un mot de toutes les difformités que peut présenter la nature humaine.

Autour des volières et des ménageries s'étendaient de superbes jardins dans lesquels on cultivait tous tes arbres, toutes les fleurs, tous les végétaux que produit le sol américain. Des bocages toujours verts, des labyrinthes, des bassins de marbre et de porphyre aux eaux limpides el peuplés d'oiseaux aquatiques, donnaient un charme extrême à ces jardins.

te roi avait arrangé avec une splendeur égale à celle du palais de Mexico sa résidence d'été de Chapullepec, qu'entouraient d'immenses bosquets de cyprès. Ces arbres, plantés par les souverains de ïenochtillan , servent de nos jours

Au moment où Montézuina monta sur le trône, l'empire s'étendait jusqu'aux, frontières du Yucatati et du Guatemala ; mais le Miclioaean et les républiques de Tepeaca et de Tlaxcalla, situés tous Irois à petite distance de Tenocbtitlan, avaient su conserver leur indépendance. Montézuma résolut d'attaquer d'abord les Tlaxcaltèques et de les forcer à devenir ses tributaires. L'année mexicaine commandée par les meilleurs généraux et par Tlacahuepan, fils aîné du roi, croyait marcher à une conquête facile. Elle fut battue en deux rencontres. Tlacahuepan périt dans la mêlée, elles Tlaxcaltèques, aidés des Chichimtques et des Otomies, conservèrent leur liberté, leur territoire, et leurs relations commerciales avec les contrées maritimes, relations dont le roi avait voulu les dépouiller. Us restèrent, jusqu'à l'époque de la conquête, ennemis mortels des Mexicains. Cette courageuse résistance enhardit le Micboacan et les républicains de Tepeaca : ils tinrent tète à leur tour à Monlézuma, et leurs limites ne furent pas entamées.

Plusieurs expéditions successives, dans lesquelles les Azlèques durent leurs succès au prince Quaubtemoliiin qui devint quelques années plus tard le dernier champion tic l'indépendance américaine, consolèrent le roi de ces revers. Les Mizlèques cl les Zapotèques, qui s'étaient révoltés contre la suprématie exercée par l'empire de l'Anahuac, furent complètement défaits. Les armées azlèqucs allaquèrenl même des frontières du Guatemala , prirent plusieurs places fortes du pays et firent un Irés-grand nombre de prisonniers. Elles se portèrent également dans le Yucalan, et guerrou'ient avec les petits Éfals entre lesquels s'était fractionnée l'ancienne monarchie des Mayas'. Le royaume de Mexico-Tenoclitillan, alors déjà si près de sa mine, jetait son dernier éclat, et prit sa plus grande extension au moment ou il allait disparaître à jamais. Le roi inaugura de nouveaux temples à l'occasion de chacune des victoires de ses années, y déposa de riches offrandes et fit immoler plusieurs milliers de captifs.

En l'année lTiOli, quatrième du régne de Montézuma II, on célébra pour (a dernière fois à Mexico la fête du renouvellement du feu sacré, désignée sous le nom de Tojïuhmolpilia.

Les peuples dé l'Amérique centrale croyaient la durée du monde lixée par périodes de cinquante-deux ans, à la suite de chacune desquelles il était exposé à périr, à moins que les dieux ne lui accordassent un nouveau cycle, et celte faveur était manifestée à la terre par l'envoi du feu nouveau.

Des cérémonies et des pratiques fort extraordinaires accompagnaient cette fêle. La veille du grand jour, on brisait , dans l'ai lente de la fin du monde , tous les ustensiles et vases de terre en usage. Les femmes enceintes et les enfants

1 Plus connu sous le nom de Giiatimoiin , que nous lui donnerons détonnais.

1 Voy. ci-dessus, ch. a.

se couvraient le visage de masques, on les enfermait dans les greniers et on les empêchait de s'endormir, de crainte qu'ils ne fussent métamorphosés, s'ils se livraient au sommeil, les premières en hètes féroces, les seconds en souris. Ou éteignait les feux en tons lieux ; il n'eu devait pas 'rester «ne étincelle. A l'entrée de ia nuit, les chefs des collées de prêtres sr. revotaient des ornements de la divinité au culte de laquelle ils étaient attachés, de manière à représenter le dieu lui-même. Le roi, le corps sacerdotal, les ministres, les grands du royaume, se rendaient ensuite proccssionnellement au temple, suivis d'une foule recueillie, silencieuse, terrifiée, et persuadée que si le feu nouveau ne jailiis^iii pas à minuit, le soleil, la lune et les étoiles s'éteindraient et annonceraient ainsi l'anéantissement de la race humaine et la destruction de toutes choses.

En l'occasion dont nous parlons, Montèzuma se mit en marche de façon à arriver au lieu du sacrifice un peu avant l'heure voulue. La population, anxieuse et serrée, couvrait les terrasses des maisons et les collines du voisinage. Tous les regards se tournaient vers le lieu d'où le feu nouveau devait jaillir. Le prêtre du quartier dildeCopoleo, chargé de produire la première étincelle, marchait en tête du cortège et commençait à frotter l'un contre l'autre les deux petits hâtons qui devaient s'enflammer. Arrivés au sommet de la pyramide du dieu Tlaloc où s'accomplissait la cérémonie, les sacrificateurs couchèrent sur la pierre fatale la plus noble des victimes ennemies destinées à être immolées; le pontife de Tlaloc lui ouvrit la poitrine et lui arracha le cœur. Au même moment le prêtre de Copolco étendit les deux morceaux de bois sur la plaie béante et le feu en jaillit. Dès qu'on vit s'élever la flamme, une ivresse délirante succéda à, la terreur générale, un immense cri de joie retentit dans la ville entière, fut répété dans les environs et fit parvenir l'heureuse nouvelle aux cités du voisinage. On mil aussitôt le feu à un immense bûcher préparé à l'avance;

d'agiles courriers porteurs tic torclics allumées partirent dans toutes 1rs directions; on transporta également la flamme sacrée an sanctuaire de Hniizilopochlli et aux autres temples de la capitale, enfin on alluma des feux de joie dans les rues, sur les places, dans les maisons des grands et des gens du peuple.

Les réjouissances durèrent plusieurs jours et fuient accompagnées d'une nombreuse immolation de captifs.

Monlézuma dut reprendre les armes aussitôt après les fêles; car a cette époque, un sourd mécontentement agitait les peuples tributaires, beaucoup de petits États cherchaient à échapper à l'oppression du vainqueur, et La terreur était le seul lien qui attachât encore â l'empire les différentes nationalités qui s'y trouvaient réunies. Arrivé à l'apogée de sa puissance, il commençait à déchoir; l'ambition du roi de Mexico précipita sa décadence en détruisant les conventions sur lesquelles reposaient la grandeur et la force de la monarchie, et il est il présumer que, même sans l'arrivée des Espagnols, elle aurait eu bientôt un destin semblable à celui de l'ancien empire toltèque, et serait tombée en dissolution.

Slais avant de rendre compte des événements qui précédèrent immédiatement l'invasion étrangère, nous devons interrompre notre récit pour nous occuper de la religion, des mœurs, du gouvernement et de l'industrie des peuples de l'Anahnac, en un mot, de tout ce qui a rapport au genre et au degré de leur civilisation.

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