CHAPITRE QUATORZIÈME
Mythologie et rilf s rHi^inu n'es peujitai de l'Anahuae.
Les croyances religieuses étaient la hase et le pivot de l'organisation sociale dans l'empire de l'Anahuae, c'est d'elles par conséquent que nous devons nous occuper d'abord.
Les populations de l'Amérique centrale, tout en ayant conservé la vague notion d'un dieu supérieur, créateur et éteriii 1 !, désigné sous le, nom de Teotl, avaient un Olympe aussi nombreux que celui des Grecs et des Romains.
Il parait, au rapport des légendes les plus anciennes et malheureusement aussi les plus obscures, que durant la période civilisée qui précéda lus invasions successives des hordes barbares du nord, les habitants de l'Anal mac joignaient à l'idée d'un Élre suprême 1 le eulle du soleil et de la lune, auxquels ils offraient des Ileurs, des frais et les prémices de leurs champs. Les plus antiques monuments du pays , tels que les pyramides de Teotihuacan , étaient inconteslablement consacrés à ces astres; l'illustre Quelzalcohuall rétablit ce culle primitif pendant ses régnes glorieux. Cetle religion plus douce et plus pure fut abolie de nouveau lorsque Huémac renversa successivement les deux trônes de ce roi. Elle s'effaça plus complètement encore après l'invasion des différentes hordes chichi mèques et aztèques. C'est probablement à l'influence de ce dernier peuple que se rattachent l'adoration du dieu hideux et insatiable qui se repaissait de cœurs humains, et louies les pratiques épouvantables et superstitieuses dont nous aurons à rendre compte.
Arrèlons-nous d'abord à la fiction cosmogonique des destructions et des régénérations successives de l'univers adoptées par les peuples de l'Ànahuac. Don Fernand d'AIva hllilxocbifl, Sahagun, Torqueinada, Gomara et Clavigero entrent à ce sujet dans de curieux délails sur lesquels les savants travaux de M. de Humboldl ont jeté une grande lumière.
D'après la croyance mexicaine, quatre soleils, successive-
1 Cet Être suprême et invisible , qui vit par lui-niûme , et par lequel vit aussi tout ca qui existe, p'avait ni culle, ni temple, ni autel. Les hommages el les prières s'adressaient aux autres divinités , plus matérielles, émanées du Uieu créateur, et qui lui faisaient curtége.
ment éteints, avaient constitué quatre âges et précédé l'astre* qui éclaire actuellement le monde. A la fin de chacun de ces Ages, qui formaient un total de dix-huit a vingt mille ans, l'espèce humaine avait été anéantie, sauf un seul couple, d'abord par les tremblements de lèvre, ensuite par un embrasement général, en troisième lieu par des ouragans, enfin par une inondation; c'est-à-dire par les quatre éléments, la terre, le feu, l'air et l'eau. Lors du premier cataclysme les hommes moururent de faim, ils furent changés en oiseaux au temps du deuxième, en singes au troisième, en poissons an quatrième. Coxcox ou Tezpi, le Noe du nouveau inonde, sa femme Xocluquelzal et leurs enfants, réfugiés dans une barque fort grande avec les animaux et les graines dont la conservation élait précieuse au genre humain, échappèrent seuls au dernier désastre et abordèrent au pic de Culhuacan, l'Ara rat mexicain. La colombe suivant les uns, le colibri d'après les aulres, mis en liberté par Cokcox, revint à l'arche avec le rameau verdoyant, pour annoncer au patriarche la lin du déluge. D'autres réminiscences de la Genèse, telles que la conslruclion de la tour de Babel et la confusion des langues, se trouvent également parmi les croyances des nations de l'Amérique centrale, mais altérées et mêlées à des fables.
Retraçons maintenant quelques-uns des traits les plus saillanfs de la mythologie de ces peuples 1 . Au nombre de leurs dieux , il s'en frouvait un représenté sous l'image d'un homme éternellement jeune, et que l'on considérait comme le symbole du Dieu suprême et mystérieux. Il en élait deux autres, veillant sur les mortels du haut d'une cité céleste el chargés d'exécuter leurs vœux. L'air, la terre, le feu et l'eau
1 Nous nons bornons nécessai renient à donner ici quelques indication» propres à faire apprécier le degré de civilisation et de développement intellectuel el moral de» peuples dont nous noua occupons. L'exposition complète de leur système mythologique exigerait une étude à part, et noue entraînerait fort loin su delà des limites que nous devons nous imposer.
avaient leurs divinités particulières. La femme serpent, femme féconde, et qui ne mettait au monde que des jumeaux, était adorée comme la mère du genre humain. Le soleil et la lune avaient leurs autels. Diverses divinités présidaient aux phénomènes de la nature, au jour, à la nuit, au hrouillard, au tonnerre, aux moissons, aux montagnes, etc. Les «mes, le séjour des morts, les guerriers, les chasseurs, les marchands, la peclie, l'amour, l'ivresse, la médecine, les fleurs, etc., etc., avaient leurs dieux spéciaux. Une foule de héros et de rois illustres, dont l'apothéose avait été décrétée, prenaient place dans ce vaste panthéon, où siégeaient en outre deux cent soixante divinités de rang inférieur, à chacune desquelles cependant l'un des jours de l'année était consacré. Enfin, chaque ville, chaque famille, chaque individu, avait son protecteur céleste auquel H rendait un culte.
Le nombre des temples répondait à celui des dieux; on en trouvait partout , dans les villes, dans les champs, dans les bois, le long des chemins, et tous ils avaient des prêtres chargés de les desservir '.
Celte mythologie compliquée élait commune à loutes les nations de l'Anulniac, même à celles que l'empire n'avait pas pu soumettre et avec lesquelles il était en lutte; seulement chaque pays avait son dieu de prédilection qui était pour lui ce que Huitzilopochtli , le dieu de la guerre, était pour les Aztèques.
L'un des grands dieux présidai! spécialement à chacun des mois de l'année; on célébrait en son honneur des fétes, de grands ballets, des processions, des sacrifices, réglés de la façon la plus minutieuse par un rituel dont on ne s'écartait jamais. Eu plusieurs occasions, les prêtres Taisaient nntf image du dieu en pâte de farine mêlée au sang des victimes,
' /umarrafia , premier l'ivijui' i]<: iir\i™. ;a'iini-.u ijue lf- -mils t'rannarains détruisirent 22,000 temples en huit ans, Torquernada dit qu'il y en avait plus île 4o,ooo dans l'empire.
la révélaient de superbes ornements, l'adoraient, l'encensaient, lui rendaient les plus grands hommages et finissaient par la manger.
Tlaloc, dieu des eaux, principe de la fécondité dans des pays exposés à de fréquentes sécheresses , était particulièrement vénéré au commencement de l'année ; on noyait ou on sacriliait en son honneur de pauvres enfante ternis en cage comme de petits oiseaux. A l'occasion de l'une des fêtes pfiiiL'i|nil«s de cette divinité, ses prêtres parcouraient les campagnes, 6 certains jours fixes, dévalisaient les passants, les magasins royaux, les percepteurs des impôts qui leur tombaient sous la main, et tuaient ceux qni osaient leur résister, sans que la loi permit de les punir, a quelque excès qu'ils se fussent livrés.
A la fête de Xipe, dieu des richesses et des orfèvres, les prêlres écorchaient vifs quelques prisonniers de guerre; puis, couverts des peaux de leurs victimes, ils parcouraient les rues en jetant d'épouvantables cris et en violentant les passants pour en recevoir des aumônes.
On se préparait à célébrer la fêle de la déesse qui féconde la (erre, par des jeunes, des abstinences .et des flagellations. Le sang de jeunes gens des deux sexes, massacrés de la façon la plus barbare, après avoir été promenés d'abord au milieu des fleurs et des guirlandes, devait attirer sur les moissons les bénédictions de celle qui y présidait.
Des petits garçons de trois, six et sept ans, étaient condamnés à mourir de faim dans de profondes cavernes, en l'honneur de la divinité des montagnes.
La fête de Tetzcatlipoca, ou de la pénitence, se célébrait le cinquième mois. Un prêtre sortait du temple et parcourait les rues en jouant de la llrtte. Au son de cet instrument, les pécbeurs se jetaient à terre, pleuraient, se frappaient la poitrine et avalaient des poignées de poussière. Le plus beau des prisonniers de guerre servait de victime expiatoire pour tout le monde , car le sang humain devait couler à l'occasion
de toutes les solennités religieuses. Pendant l'année qui précédait le jour de son sacrifice, tontes les joie , toutes îcs •voluptés, tous les plaisirs étaient prodigués à ce même prisonnier. On lui laissait une apparence de liberté; quatre des pins belles femmes de l'Anahuac étaient attachées a son service; on s'empressait de satisfaire ses moindres désirs, de le fournir de vêtements magnifiques; les mets les plus recherchés paraissaient sur sa table, et lorsque l'heure fatale arrivait, le grand sacrificateur s'approchait de lui avec tous les égards possibles, et le tuait respectueusement. Les grands seigneurs de Mexico réservaient pour leurs tables les doigts et les bras de la victime.
Les fêles de Htiirziiopochlli étaient toutes accompagnées d'hécatombes humaines. Ce dieu se trouvait au nombre de ceux en l'honneur desquels les prêtres fabriquaient les statues de paie dont nous Tenons de parler. La statue de Huitrilopochtli devait être de grandeur humaine, composée de farine de maïs, de fruits et de légumes pétris avec le sang d'enfants immolés, et revêtue de tous les insignes du dieu de la guerre. On la faisait sécher soigneusement, puis on l-i consacrait. Alors on célébrait ions les jours, pendant un mois, des ballets autour de l'image; tous les jouis aussi on sacrifiait un nombre plus ou moins considérable de prisonniers et de cailles en son honneur. Le dernier jour du mois, on allait processionnel! cm eut dans les villages voisins de Tenochtitlan; on revenait à la nuit; les prêtres passaient cette nuit en veille, puis au point du jour ils portaient, en présence du roi, la statue dans la grande salle du temple et l'un des membres du sacerdoce lui lirait une floche à la place du cœur en criant : Le dieu ut mort. L'image était ensuite divisée en deux parties égales, destinées l'une à Tenochtitlan, l'autre à Tlatilolco, puis subdivisée en un nombre infini de parcelles distribuées dans les différents quartiers de la capitale, de façon que chacun participât à cette grande communion.
A la fête de Tctcoïnan, la mère des dieux, on immolait une jeune vierge. De vieilles matrones passaient la journée entière à danser autour d'elle et à l'exciter au courage; le soir venu, elles lui tranchaient la tête.
Lorsque l'on célébrait la l'Ole du dieu du feu, chacune des victimes avait son parrain, choisi parmi les personnes de distinction. Ce parrain passait la journée à manger, à boire et à danser avec le patient autour d'un grand bûcher, dans lequel il finissait par le jeter; mais il l'en retirait promptement, afin qu'il pût être sacrifié vivant.
L'anniversaire de l'arrivée des dieux, qui tombait sur le douzième mois, était une des plus grandes solennités de l'aimée. On jonchait les rues^de (leurs et de verdure, on garnissait de branches d'arbre le devant des maisons, et on brillait plusieurs jours de suite un certain nombre de prisonniers.
Le calendrier ou le rituel de l'Anahuac indique un grand nombre de fêles, outre celles dont nous venons de parler. Nous ne nous y arrêterons pas, pour éviter de fastidieuses redites; il nous suffit de répéter que de hideux sacrifices humains constituaient en toute occasion l'acte principal du culte, mais qu'on observait à chaque solennité quelques usages particuliers dont la signification allégorique nous est inconnue; au fond de toutes ces abominations, on trouve ta croyance à la nécessité de l'expiation.
Nous avons donné déjà, à propos de l'inauguration du temple de Huilzilopochlli à Mexico, quelques indications sur la manière dont se pratiquaient la plupart des sacrifices humains; l'importance attachée à ces sacrifices dans l'empire de l'Anahuac nous oblige à surmonter notre répugnance, et à entrer encore dans quelques détails à ce sujet.
Habituellement la victime était pompeusement parée, revêtue des attributs du dieu auquel elle devait être immolée, et pendant la journée qui précédait l'heure du sacrifice,
elle assistait aux divertissements, aux fêtes, aux jeux et aux danses de ses bourreaux. Lorsque le moment fatal arrivait, on la dépouillait de ses vêtements, on lui liait les mains et la faisait monter à la plate-forme du temple; puis les prêtres retendaient sur la pierre du sacrifice, gros bloc de jaspe vert, long de cinq pieds et convexe à sa partie supérieure, de façon à faire bien ressortir la poitrine. Quatre d'entre eux lui retenaient les jambes et les bras, le cinquième lui fixait le cou au moyen d'un instrument de bois fait en forme de faucille ou de serpent. Enfin le grand sacrificateur s'approchait: il portait une sorte de chasuble, ou de grand scapulaire de couleur rouge; ses oreilles Étaient ornées d'anneaux d'or enrichis d'emeraudes; il avait une turquoise à la lèvre inférieure, des plumes jaunes et vertes sur la tète, un long couteau d'obsidienne à la main. Après avoir montré aux assistants l'idole à laquelle il allait sacrifier, et les avoir engagés à lui adresser leurs vœux et leurs prières, il ouvrait la poitrine de la victime, lui arrachai! le cœur, le présentait aux quatre points cardinaux, j'introihii^iit dans la bouche du dieu, lui en frottait les lèvres et le réduisait ensuite en cendres. Quand la victime était un prisonnier de guerre ou un esclave, on lui coupait la tète et on jetait le corps au bas du grand escalier du temple. Ceux qui avaient fourni le prisonnier ou l'esclave emportaient le cadavre chez eux pour en faire un festin avec leurs amis.
Quelquefois, lorsqu'il s'agissait d'un captif de rang flevé et célèbre par sa valeur, une sorte de combat singulier avait Heu. Le prisonnier, armé d'une épée et d'un bouclier, était attaciié au moyen d'une corde lâche à une espèce de roue en pierre. Celui qui l'avait amené, muni des mêmes armes, entrait en lutte avec lui. Le captif, s'il demeurait vainqueur, recevait le titre cl les honneurs de son adversaire, loque) était sacrifié à sa place.
Toutes ces horreurs se retrouvaient, à quelques différences
près, chez la plupart des nations de l'Amérique centrale. Les Othomis vendaient la chair des victimes au marché, comme un mets sanctifié. Les Zapotèqucs immolaient des hommes aux dieux, des femmes aux déesses, des enfants à certaines divinités naines. Les Tlaxcaltèques tuaient à coups de ilèchcs des hommes suspendus à des arbres fort élevés, ou bien encore les attachaient a des poteaux pour les ; assommer avec des massues. Les Qualiillèqucs célébraient tous les quatre ans une grande fête en l'honneur du dieu du feu. La veille de la solennité, ils plantaient six arbres dans le parvis intérieur du temple et immolaient deux esclaves; ils dépouillaient les cadavres de leurs peaux et en détachaient les côtes. Le jour même de la fête, deux des principaux prêtres se revêtaient des peaux sanglantes, prenaient les côtes à la main et montaient l'escalier du temple en jetant d'affreux hurlements. Le peuple assemblé aux pieds du sanctuaire applaudissait et s'écriait : Voici nos dieux qui arrivent. Ensuite les prêtres dansaient jusque vers la lin du jour sous les parvis sacrés, et les assistants leur apportaient un grand nombre de cailles pour le sacrifice. Les membres du sacerdoce montaient alors sur les six arbres fraîchement plantés et y liaient autant de prisonniers de guerre, que le peuple tuait à coups de flèches. Les prêtres faisaient une seconde ascension sur les 'arbres et en précipitaient les six cadavres; on leur arrachait le cœur; leur chair et celle des cailles étaient distribuées aux assistants, et de hideux festins terminaient la solennité.
Détournons les yeux de toutes ces abominations. Par une contradiction aussi bizarre qu'inexplicable, on trouvait dans l'Analiuae, à côté des superstitions les plus effroyables, certains principes moraux, certains usages, qu'on eut dits empruntés à nos livres saints.
Ces mêmes prêtres qui m assac l'aient des victimes humaines à l'occasion de toutes les fêtes religieuses vivaient dans la pratique continuelle des plus grandes austérités;
leurs jeûnes étaient longs et sévères, ils faisaient un fréquent usage d'instruments de pénitence terribles, et étaient tenus à la plus rigoureuse chasteté; les grands prêtres, attachés à certains temples très-vénérés, n'en sortaient jamais. Outre le sacerdoce séculier, on trouvait dans l'Anahuac des religieux et des religieuses, vivant dans des sortes de monastères, et soumis aux règles les plus rigides. Le plus célèbre et le plus sévère de ces ordres était celui de Quetza)cohuatl, dans lequel on entrait dès l'enfance.
Tous les temples, tous les couvents du pays étaient riches en propriétés foncières, et en serfs chargés de cultiver ces propriétés. Aussi l'état sacerdotal était-il recherché, malgré ses austérités, et les grands y consacraient souvent leurs enfants dès le has flge ; toutefois la prêtrise et la réclusion dans les monastères ne liaient pas toujours pour la vie, on pouvait s'y engager pour un temps déterminé et embrasser ensuite un autre état.
La hiérarchie ecclésiastique était minutieusement réglée. Nous n'entrerons pas dans le détail de la composition de h milice sacerdotale, détail dénué d'intérêt pour la plupart des lecteurs, et que l'on trouve d'ailleurs dans les écrits de Torqucmada ' et de Ciavigero quelques indications générales suffisent ici. Deu\ jirimds dignitaires, le teigneur ipirituel et le ijrand pr/tre, se trouvaient à la tête du sacerdoce. Us étaient toujours élus, parmi, les membres de la haute noblesse ou de la famille royale, soit par les délégués du roi, soit par le corps des prêtres, et ils jouissaient d'un immense pouvoir. Leur décision en matière religieuse était censée infaillible; on avait recours à leurs lumières dans toutes les affaires importantes, et jamais on n'entreprenait de guerre à moins qu'ils ne l'eussent approuvée. Ajoutons encore que chaque temple, chaque idole, chaque grande fête avait son collège particulier de prêtres, et que, parmi
ceux-ci, cbacun avait ses fonctions déterminées. Les uns étaient chargés de l'entretien matériel du temple, de l'encensement à heures fixes des idoles, avec le bitume et le nopal, des sacrifices, des danses sacrées; les autres administraient les terres affectées â l'entretien du culte et en percevaient les revenus.
Le sacerdoce présidait également à l'éducation de la jeunesse. Nous nous occuperons de celte question dans un prochain chapitre ; faisons seulement observer en passant que, sous ce rapport encore, l'inexplicable contraste signale plus 'liant existe. Ces mangeurs de chair humaine, qui engraissaient les autels de Huilzilopochlli du sang des prisonniers, enseignaient à leurs élèves une morale austère; ils leur inspiraient l'horreur du mensonge, du vol et de l'oisiveté, la crainte filiale envers les parents, la charité envers les affligés, le respect de la chasteté et de la virginité, et leur parlaient d'une vie future dans laquelle la vertu recevrait sa récompense et le vice sa punition. - D'autres faits encore confirment ce que nous avançons.
Ainsi des cérémonies très-remarquables, pratiquées à la naissance des enfants et aux relevailles des femmes, prouvent incontestablenienf que les habitants du nouveau monde avaient, comme toutes les nations de la terre, une notion obscure du péché originel et des châtiments qui eu doivent suivre.
Dés qu'un enfant venait au monde, la .sage-femme le lavait, et disait : » Cette eau, qui lave les taches contractées dans le sein maternel, nettoiera ton corps et lui donnera une vie bonne et parfaite, jj Puis, après avoir imploré la déesse des accouchements, elle prenait de l'eau dans la main droite, soufflait dessus, et la versait sur la léte, la bouche et la poitrine du nouveau-né. Lui faisant prendre ensuite un bain entier, elle ajoutait : i Que le Dieu invisible descende sur celte eau et etface le péché d'impureté que tu as contracté avant (a naissance. La vie que lu commences
est douloureuse et remplie de misères. Tu mangeras ton pain au prix de Ion travail. Que Dieu te vienne en aide dans les nombreuses adversités qui t'attendent! o Alors seulement la sage-femme complimentait les parents de l'enfant. Le père donnait à son fils, s'il était noble, un petit habit de guerrier, un are et quatre flèches; s'il Était arlisan, les instruments de sa profession; à sa fille, un vêtement de son sexe et un fuseau. Puis on allumait une quantité de feux qu'on enlretenait avec soin pendant quatre fois vingt-quatre heures. L'accoucheuse portait encore l'enfant sur un las de feuilles établi dans la cour de la maison, à ciMé d'un vase d'eau; elle le dépouillait de ses vêtements en disant : <■ Les dieux Ûmeteuclli et Omecihuall l'ont envoyé dans ce triste et malheureux monde; reçois cette eau qui doit le donner la vie. •> Elle lui lavait ensuite tous les membres, en prononçant ces paroles i a Où. es-tu, fortune ennemie? sors de cet enfant. » Et elle les accompagnait de prières adressées à différentes divinités, alin qu'elles douassent le nouveauné de toules les vertus. Ces mêmes cérémonies se renouvelaient au bout de qualre jours et au moment du sevrage.
Les femmes accouchées dans l'année devaient se purifier et présenter leur enfant au temple le jour de la fêle de la déesse Telcoïnan, mère des dieux. Elles préparaient à cet effet une offrande pour le temple, des présents pour les personnes qui les y accompagnaient, et des gâteaux composés de farine de maïs et de miel. La cérémonie de la purification avait lieu le soir ; le prêtre prononçait certaines oraisons sur les femmes; puis, armé d'un couteau neuf d'obsidienne que la mère lui remettait, il faisait aux garçons une légère incision au prépuce et à l'oreille, aux filles, une pelile blessure à l'oreille.
fl est une autre coutume de ces peuples, plus remarquable encore et plus opposée à leur culte sanguinaire que toutes celles précédemment signalées; on la dirait empruntée au christianisme, dont cependant les habitants du nouveau
us
monde semblent n'avoir pas eu la moindre notion'. La con- IV'ssiou auriculaire, quoique non obligatoire, était en usage clic/, ces nations, parmi les Mexicains surtout, mais elle ne pouvait se faire qu'une fois dans la vie. Habituellement, les vieillards ou les moribonds dont la conscience était trèschargée demandaient à se confesser. Les premiers se rendaient au temple, les seconds faisaient venir un prèlre qui lotir inspirait de la confiance. Celui qui pouvait aller au temple commençait, quel que fût son rang, par balayer la place où le prêtre devait étendre sa natte pour s'asseoir; il préparait le brasier, et le confesseur, obligé au secret le plus absolu, y jetait quelques grains d'encens et faisait jurer solennellement au pénitent de dire toute la vérité. Celuici, avant de commencer, prononçait la formule suivante : « Kotre Seigneur et notre Dieu, loi qui reçois et protèges tout le monde, entends mes crimes et ma pourriture. En la présence, je me dépouille et Je rejette au dehors toutes mes turpitudes; je sais que déjà elles te sont connues, puisque tu connais toutes choses. ■ l'uis il faisait sa confession. Le prêtre lui donnait l'absolution eu ces tenues : a Seigneur miséricordieux, vous qui connaissez le secret dus cœurs et
liberté, mais par l'inclination du signe sous lequel il est né, pardonnez-lui eu faveur de son repentir et de ses larmes; que votre indignation s'apaise, et que le pardon, l'indulgence et la rémission de tous les péchés descendent sur lui comme les eaux pures du ciel , pour laver les tacites de son
' Beaucoup d'au leurs es^imls, lels que (iareiii, Tiirqueniada et Saliagun, soutiennent que le fliristiimisiiic 11 été prêché eu Amérique niés le CDinmeilcornent de notre Ère , veulent reconnaître l'nprttre saint Thomas dans le premier UuelKikohiiull . cl se livrent ,î ce sujet il de longues disserlulimis qui nous semblent ne pas soutenir la critique. Parmi les symboles que léllél'iiieul li'. limitant, lie- l'Amérique initiale . le. ™iqueia:ilH i'-[ijynil.. ont trouvé, à la vérité, la figure île la croix, mais aucune idée île salut ni de rédemption n'y était attachée; ce lait n'a doncqu'uue importance seeon-
âme. » Oetle absolution était suivie de l'imposition d'une pénitence, puis le confesseur disait encore : s Couvrez celai qui est nu, donnez à manger à celui qui a faim, quand même vous devriez vous imposer pour cela des privations; car souvenez-vous que la chair des autres est semblable à la vôtre, et qu'ils sont des hommes comme vous, t Ces étonnantes paroles, qu'on dirait sorties d'une bouche chrétienne, précédaient une exhortation dans laquelle on retrouvait au contraire souvent toute la barbarie du païen; car lorsque les crimes du pénitent avaient été nombreux, le confesseur l'engageait à faire immoler à sa place un ou plusieurs esclaves, afin d'apaiser le juste courroux des dieux.
Il est encore bon de remarquer que dans l'Anabuac la confession entraînait la rémission des peines indicées au* coupables par l'autorité civile. Si un crime venait à êlre découvert, on ne poursuivait pas en justice l'individu pouvant prouver qu'il s'en était confessé.