‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 16 sur 45 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

tfdiirafinj] , uiiiriii^i-. l'.'vi'monii 1 - ]'uiu' , lin , s iluns l'Anal mai:.

Les détails que nous venons de donner sur les croyances et les pratiques religieuses des peuples do l'Anabuac, nous ont fait voir au fond do leur civilisation, l'infernale barbarie qui se retrouve plus ou moins fardée dans toutes les civilisations païennes des deux hémisphères.

Tassons à l'état civil et à l'éducation des peuples qui font l'objet de notre étude.

Les différences de castes étaient excessivement tranchées dans l'Anahuac, on s'en convaincra en lisant le chapitre que nous consacrerons à la forme du gouvernement de l'empire; cependant, d'après la loi du pays, chacun y nais-

sait libre, quand mémo sa mère était esclave. Le père ne pouvait vendre son enfant que lorsque, malade et réduit à la dernière misère, il n'avait plus aucun moyen d'existence; de plus, le père qui exposait ses enfants devenait esclave lui-même. Si, d'un côté, la loi protégeait ainsi l'enfant, elle lui prescrivait d'autre part le respect et la soumission envers les auteurs de ses jours. Jamais il ne leur adressait la parole sans leur permission.

Nous avons fait connaître ci-dessus les cérémonies qui accompagnaient la naissance d'un enfant. Quand ses parents voulaient le consacrer au service des autels, ils le portaient au temple vingt jours après les ablutions dont nous avons rendu compte, et y déposaient une offrande en bijoux et en cloffes précieuses, proporl tonnée à îeur fortune.

L'enfance se passait toujours dans l'intérieur de la maison paternelle; de très-bonne heure on habituait les petits garçons et les petites fdles au travail, en les chargeant de diverses occupations en rapport avec leurs forces. .On leur faisait transporter de légers fardeaux, broyer du maïs, manier l'aiguille, la navette et le fuseau.

Ce n'était guère qu'a l'âge de huit ou neuf ans que l'on commençait à punir les enfants indociles, en les piquant avec des épines, en les fouettant, en leur faisant faire des courses nocturnes, ou en les exposant à la fumée du piment.

Arrivés à leur douzième année, les enfants, qui presque toujours embrassaient la profession de leurs parents, commençaient à partager leurs travaux, à apprendre à diriger une barque, à tisser, à faire la cuisine. En même temps les garçons fréquentaient les écoles publiques. Les collèges de l'empire, dirigés par les prêtres et placés sous la haute surveillance du conseil académique, étaient annexés aux temples. Ils se divisaient en deux classes : on élevait les fils des roturiers dans ceux de la classe inférieure; ils y apprenaient à faire le service des temples, à préparer le bois, à chanter et

L!ia;Czcd by Coogl

à danser, — car la danse jouait un grand rôle dans les cérémonies du culte, — et on les formait au mélier des armes. La jeune noblesse fréquentait les collèges supérieure; on y enseignait les mêmes choses que dans la classe inférieure. En outre, on chargeait les enfants de mêler les couleurs dont les prêtres se servaient pour se teindre le corps et même la figure et pour colorier les objets destinés au culle; ils chantaient, jouaient de divers instruments; on leur enseignait l'art de lire et d'écrire en caractères hiéroglyphiques, les lois, l'histoire, la philosophie, la rhétorique, la poésie, l'astronomie , l'astrologie et la religion. De même que les temples, les écoles étaient richement dotées en biens immeubles.

Quant aux filles, elles étaient élevées dans la maison paternelle, par leurs mères, ou par des gouvernantes; elles apprenaient toutes, sans en excepter celles du plus haut rang, les ouvrages particuliers à leur sexe; souvent aussi, on leur enseignait l'art de l'orfèvrerie , de la bijouterie, de l'émail et de la taille des pierres fines; beaucoup d'entre elles y excellaient.

Vivant sous un climat tempéré, et dans lequel les grands froids sont a peu près inconnus, les habitants de l'Anahuac étaient peu vêtus : les hommes du peuple portaient habituellement un simple caleçon, fort exigu, et appelé maxlli; souvent ils y ajoutaient une pièce d'étoffe tissuc en colon , en poil de lapin ou en fil d'aloès ; ils se la jetaient sur les épaules en forme de manteau et la rattachaient sur la poitrine ; des feuilles d'aloès, taillées en forme de semelles, leur servaient de chaussures. Les femmes des classes inférieures portaient une blouse sans manches, fixée à la taille par une ceinture. Les vêtements de la noblesse et des riches marchands étaient de la même coupe à peu près que ceux des gens du peuple ; mais les hautes classes faisaient usage d'étoffes fines, de broderies, d'ornements en plumes et de bijoux.

Dans l'Anahuac, on se mariait jeune; les célibataires y étaient méprisés, a moins qu'ils ne se fussent voués au culte

des autels. Le jeune homme qui n'était pas marié à vingtdeux ans passait pour vieux garçon , et les tilles ne voulaient plus de lui. L'âge ordinaire du mariage pour les femmes était dix-huit ans.

Les peintures aztèques de la collection de Mendoza nous font connaître les cérémonies qui accompagnaient les mariages. C'était habituellement une matrone respectable de la famille du futur que l'on chargeait de la négociation. .Plus le rang des familles était élevé, plus cela traînait en longueur '. Lorsque enfin l'on était tombé d'accord, la matrone allait prendre la fiancée pour la conduire à son nouveau domicile; des amis, quelques parents, dos joueurs d'instruments l'accompagnaient, et quatre femmes, tenant de longues torches en hois de pin, éclairaient le cortège. Le futur, son père et sa mère atlendaient la fiancée à la porte de leur demeure, la complimentaient, l'encensaient et l'introduisaient dans une salle où les personnes invitées à la noce se trouvaient réunies. Les fiancés prenaient place sur une natte Étendue au milieu de la salle, et le prêtre nouait un des pans de la robe de la jeune fille avec le manteau du jeune homme ; c'était l'acte qui consacrait l'union. Quatre vieillards, deux pour chaque sexe, servant de témoins aux mariés, venaient ensuite leur adresser des discours sur les devoirs de leur nouvel état, et on brûlait du copal en l'honneur des dieux. Le jeune couple assistait, sans y prendre part, au repas de noces, et il passait dans le jeûne et la continence les premiers jours du mariage. Quatre jours après la première cérémonie, on se rendait au temple pour offrir aux dieux protecteurs de la famille la natte sur laquelle cette cérémonie avait élé accomplie.

Le divorce était permis et assez fréquent dans l'Anahuac , il suffisait du consentement des deux époux pour dissoudre le mariage; mais, une fois séparés, ils ne pouvaient plus se

1 Voyez Clavigcro, 1. VI.

Dmtizod by Ci;

PREMIÈRE PARTIE. 147 réunir. La facilité de se quitter et la coutume du concubinage maintenaient la femme de l'Anahuac dans une conditioninférieure, plus relevée cependant, autant qu'il semble, que ne l'était celle de la païenne du vieil hémisphère. Une seulefemme portait le tilre d'épouse dans les pays de l'Amérique centrale; en cette qualité elle était respectée, elle remplissait le rôle de maltresse de sa maison, élevait ses fils jusqu'à l'âge de cinq ans, et présidait seule, jusqu'au bout, à l'éducation de ses filles.

Le sacerdoce jouait un rôle beaucoup plus considérabledans les funérailles que dans les mariages. Dés qu'un citoyen avait rendu le dernier soupir, on appelait deux prêtres de rang inférieur. Ils étaient chargés de l'arrangement du cadavre ; après l'avoir nettoyé et lui avoir soigneusement lavé la tète, ils l'enveloppaient de bandes de papier d'aloès el le revêtaient du costume du dieu prolecteur des gens desa profession ou de sa famille, puis ils L'asseyaient sur un siège, et plaçaient à ses côtés une jarre pleine d'eau el divers papiers couverts de peintures hiéroglyphiques. Ces papiers devaient servir de passe-port au défunt pendant son voyage vers l'autre monde; car sa route était hérissée de dangers qui nécessitaient, chacun, l'emploi d'un préservatif spécial. Il devait passer entre deux montagnes mouvantes qui se heurtaient sans cesse, auprès d'un serpent redoutable, et sur les terres d'un crocodile monstrueux; puis il avait à franchir huit iléscrlset huit montagnes noires, sur lesquelles régnait le vent terrible de la terre des morts, aussi coupant que la lame d'obsidienne du couteau sacerdotal, aussi puissant que la cataracte qui se précipite du haut des rochers. On brûlait le mort avec ses armes, ses habils et les instruments de sa profession, atin que la chaleur du brasier le défendit contre ce vent glacé, et avec un chien qui devait veiller à sa sûreté pendant le trajet. Un prêtre était chargé de l'entretien du bûcher, tandis que les autres chantaient des hymnes mélancoliques. Lorsque tout était consumé, ou

recueillait les cendres du mort dans un vase d'argile que l'on enterrait. Quatre-vingts jours après le décès, on répandait du mais et de la liqueur fermentée sur le lieu de la sépulture.

Telles étaient les coutumes observées aux funérailles des hommes vulgaires. On suivait un cérémonial Lien autrement compliqué à la mort des grands seigneurs, des rois surtout; des hécatombes humaines avaient lieu à l'occasion de leurs obsèques.

Lorsque l'un des souverains de l'Anahuac tombait dangereusement malade, on couvrait de masques les principales idoles, on voilait les autres.

Dès que le prince avait rendu le dernier soupir, un deuil général était publié, et le premier ministre en donnait avis aux deux autres rois et à la noblesse de l'empire. Chacun s'empressait d'arriver, portant de riches présents et amenant des esclaves magnifiquement vêlus, destinés à être sacrifiés.

Le corps était lavé , parfumé et embaumé en présence des grands feudataires; on le revêtait de ses ornements royaux , puis on lui couvrait le visage d'un masque enrichi de perles et de pierreries; on lui coupait une mèche de cheveux destinée à être soigneusement conservée, on lui mettait dans la bouche une grosse éinéraude, on plaçait sur ses genoux dix-sept couvertures fort riches, ayant chacune une signification symbolique, et on y fixait également l'image de l'idole qui avait élé l'objet de la vénération particulière du défunt.

Le cadavre était ensuite assis sur le trône dans la grande salle d'armes de la résidence royale; des femmes venaient lui offrir à manger et à boire ; les courtisans l'entouraient ; les gémissements, les sanglots, les pleurs, les marques, en un mot, de la douleur la plus profonde étaient de rigoureuse étiquette.

Cependant on fabriquait une statue du roi , et on ['étendait sur un lit de parade. Les grands dignitaires et feudataires

venaient lui rendre leurs hommages, la dépouiller de ses vêtements, la laver avec une eau bleue, la rhabiller et la couronner d'un diadème ornÉ d'une plume de hÉron. Des chanteurs, le visage peint en bleu, tenant à la main des fleurs et des parfums, célébraient les louanges du mort. Puis on revêtait la statue d'ornements nouveaux, les musiciens recommençaient leurs chants funèbres et engageaient le monarque à aller se reposer auprès de ses ancêtres dans les régions de la paix.

Le corps et la statue étaient ensuite portés au temple principal de la capitale du défunt. Lanoblesse figurait avec l'étendard royal en tête de l'immense cortège de prêtres et de peuple qui formait le convoi. Les chefs du sacerdoce recevaient silencieusement le cadavre et le déposaient sur un immense bûcher avec tous ses ornements et avec le petit chien destiné à accompagner le roi et à lui aider à franchir les passages infernaux. Les assistants jetaient dans le bûcher, comme offrande, leurs armes et divers objets de prix. Lorsque le corps était consumé, on immolait les premiers officiers de la domesticité royale, le chapelain particulier du monarque, le serviteur chargé du soin des lampes du palais, afin que le roi ne fût pas privé de lumières pendant son voyage, enlin les femmes et les personnes qui devaient former sa cour dans l'autre monde.

Le jour suivant, on recueillait les cendres et les dents du mort, ainsi que la grosse émeraude fixée entre ses lèvres, et on les déposait, avec la mèche de cheveux précédemment coupée, dans une urne qui prenait place dans la sépulture des souverains. Pendant les quatre journées suivantes, des viandes et des pâtisseries recherchées étaient offertes au défunt; le cinquième jour, une troupe nombreuse de captifs, de femmes et d'esclaves étaient immolés en son honneur, et ce hideux sacrifice se renouvelait quatre fois encore de dix en dix jours.

Page 1