‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 6 sur 45 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Coup d'ceil sur l'histoire des Aztèques ou Mexicains.

Les Aztèques se trouvaient depuis trois siècles dans la vallée de l'Anahuac lorsque Cortôs les soumit au joug espagnol, et cependant il y avait alors cent années à peine qu'ils s'étaient élevés de la condition de feudalaires des Tccpaneques d'Azcapotzalco au rang de maîtres d'un vaste royaume. Longtemps nomades, pourchassés, humiliés et réduits à la condition de serfs, ils réussirent enfin à se créer une demeure permanente dans les marais et les tlots du lac

' La ville de Culiiuacan fut rebâtie postérieurement , non loin de son emplacement primitif, et devint chef-lieu de la province da Tlillwaca. .Limai; cependant elle ne retrouva son oneienne splendeur. Elle fut prise, pilli'e cf incendiée par les Espagnols lors de la conquête.

de Tezcuco; ils y restèrent pendant un siècle encore, tributaires des Tecpan5ques, vivant très-pauvrement de poisson, de gibier, de racines aquatiques, et n'ayant pour se vêtir nue les feuilles du patma paluitrit. Enfin, sous leur quatrième chef, Itzcohuafl, ils réussirent a vaincre définitivement le destin contraire et à s'élever au rang de nation indépendante.

Leur histoire se divise par conséquent en trois périodes distinctes.

Don Fernand d'Alva IitlilxochiÛ, se fondant sur diverses peintures historiques trûs-anciennes, dit que les Aztèques étaient de la même race que les Tollèques et de la famille d'un nohle seigneur appelé Huctzin '. Ce chef, ajoute notre historien, avait échappé, avec ses entants et ses serviteurs, lors de la destruction des Tollèques. On raconte qu'il traversa avec eux le pays de Michoacan* et qu'il se réfugia dans la province froide et brumeuse d'Alztan 1 , où il mourut. Il eut pour successeurs son fils Ozolopan et Aztlal, son petit-fils. Ozolopan, deuxième du nom, succéda h Aztlal. Connaissant par tradition les beautés du pays de ses ancêtres, et obéissant d'ailleurs a un oracle qui lui ordonnait de s'y rendre, il prit la résolution d'y retourner avec toute sa nation, que l'on nommait alors déjà Mczetin* ou Mexe- Un. Ozolopan la commandait conjointement avec quelques aulres chefs. Les Aztèques conduisaient avec eux leur principale idole, Huitzilopochlli, le cruel dieu de la guerre, qui se nourrissait de cœurs humains encore chauds et sanglants, et qui gouvernait la nation par l'organe de ses pi ètres.

On possède un tableau hiéroglyphique des migrations de

1 L'identité de la langue, qui était le nalttiall, milite en faveur de 1 Vays du miehl, espace de poisson.

' Signifie (erre des pies, suivant quelques auteurs ; des hérons, d'après les outres.

1 Fils de la lune, de mestll, Urne.

ce peuple; i! commence par le déluge el se termine à l'établissement des voyageurs dans les marécages du lac de Tezcuco. Cette peinture représente d'aliord Coxcox, le Noé mexicain, couché dans une barque au milieu des eaux, et levant les mains vers le ciel; puis on voit, également dans les eaux, une haute montagne, l'Ararat des Aztèques, au pied de laquelle les deux visages de Coxcox et de sa femme sont placés en regard. Près de là se trouve un groupe d'hommes nés muets après le déluge, et auxquels une colomhe perchée sur un arbre octroyc le don des langues, figuré par une quantité de virgules qui lui sortent du bec.

Un téocalli (temple ou autel) indique la terre d'Atzlan; on y remarque des gens qui se mettent processionnel le ment en marche; ils suivent un long cordon a nœuds qui trace un très-grand nombre de sinuosités; diverses figures hiéroglyphiques indiquent, de dislance en distance, les établissements que les Aztèques ont fondés et les lieux ou ils ont séjourné.

Leurs pérégrinations furent pendant longtemps accompagnées des plus rudes épreuves; plusieurs fois ils essayèrent de se fixer, mais sans parvenir à rien fonder de stable; toujours ils étaient chassés, au bout d'un certain temps, par les peuples du voisinage ou par les princes dans les Étals desquels ils espéraient trouver un gîte. Les querelles intestines des différentes tribus aztèques empiraient encore leur situation. Enfin, après une infinité de marches, de contremarches et d'aventures, le gros de la nation, conduit par le grand prêtre Quaughtiequclzqui, arriva dans la province de Cohuatlycamac , non loin des ruines de l'antique cité de Tollan. Les Aztèques s'y établirent, et, au moyen d'un barrage fait à une rivière voisine, ils formèrent un lac tout autour du mont Coatepec, qui se trouva de la sorte isolé et converti en île. La châsse de roseaux renfermant l'image de Huitzilopocblli fut placée sur la montagne, et on érigea un téocalii en l'honneur du dieu.

PBEMIÈBE PARTIE.

Le site était enchanteur. Jïientô-t «ne végétation splendide étala ses magnificences autour du lac; il se peupla de poissons et attira une foule d'oiseaux aquatiques et pécheurs. Les Aztèques eurent ainsi leur nourriture assurée. Les Irihus séparées, sachant leurs frères dans une aussi heureuse situation, vinrent les retrouver, et la nation demeura réunie pendant neuf années au mont Coatepec. Au boul de ce temps, le grand sacrificateur déclara que Huilzilopoehtli n'avait pas choisi cette montagne pour Être le lieu de son repos définitif, et qu'il fallait se remettre en route. Celte déclaraiiou irrita un grand nombre de Mexicains, décidés à ne pas quitter un endroit aussi agréable. Dès le jour suivant, on trouva les principaux murmuratcurs inas;ut;rés auprès de l'autel, la poitrine ouverte, et les piètres annoncèrent au peuple que le dieu s'était vengé de la désobéissance des rebelles en dévorant leurs cœurs. En même lemps, toujours par ordre du dieu, ses ministres renversèrent la digue qui barrait la rivière; les eaux s'écoulèrent, une campagne boueuse et désolée remplaça le lac charmant de Coatepec. Dès lors les principaux chefs se disposèrent a partir, mais i!s se dispersèrent de divers cotés, fatigués du joug que cherchait à leur imposer le sacerdoce, et résolus à ne plus se soumettre a la tyrannie de Quaughtlcquctzqui.

La majorité de la nation gagna d'abord Tula, puis Tepeyacac, où s'élève aujourd'hui le fameux sanctuaire de Notre- Dame de Guadaloupe. Les Aztèques n'y restèrent pas longtemps; les Tecpanèques, dans les domaines desquels cette localité était comprise, les en chassèrent. Après avoir crié quelque temps sur la rive orientale du grand lac de l'Anahuac, les exilés s'établirent sur les rochers de Chapullepec '. Ils y construisirent une ville et la fortifièrent , sous la conduite d'un chef nommé Tzippantzin, auquel succéda, du consentement unanime des principaux de la nation, Huilzi-

1 C'est-à-dire la moutonne aux cigales.

lihuitl prince dont les historiens indigènes célèbrent îa valeur et la haute intelligence.

Cependant !a forte position qu'occupaient les Mexicains, leurs manières arrogantes et leur esprit turbulent excitèrent bientôt le mauvais vouloir des chefs et des peuplades des environs, en particulier des rois d'Azcapotzalco et de Culhuacan s . Une ligue formidable se forma contre eux; les Aztèques furent complètement défaits par un ennemi dix fois supérieur en nombre; on réduisit en cendres la ville de Chapultepec. Coxcox, roi de Culhuacan, fit mettre à mort Huilzilihuitl, ainsi que la fille et la sœur du chef des vaincus.

La nation mexicaine semblait anéantie; mais elle était douée d'une vitalité qui devait triompher finalement de tous les obstacles. Peu à peu ses débris, favorisés en secret par le prince Acamapichlli , héritier présomptif de Coxcox, se réunirent autour de Culhuacan. Ils demandèrent humblement au roi de leur concéder un lieu où ils pussent s'établir. Ce prince admit la requête; mais, sur l'avis de ses conseillers qu'effrayait l'énergie azléque, il leur assigna formellement, en toute propriété, l'Ile abandonnée de Tizaapan. C'était un endroit bas, marécageux, couvert de broussailles et de joncs, et peuplé de serpents venimeux. On espérait que les Mexicains y périraient de faim ou par le poison des reptiles.

Ce calcul fut déjoué. Les chefs aztèques acceptèrent avec joie la demeure insalubre qu'on leur proposait : c'était une reconnaissance de leur nationalité. Le peuple s'établit à Tizaapan; les serpents, loin de le détruire, servirent à sa nourriture, avec les poissons du lnc et les canards sauvages. Le nombre des habitants de l'île s'accrut avec une étonnante rapidilè.

1 Ce nom est celui d'une espÊre d'oiseau.

1 Le royaume de Cultiuacau, dernier débris d(> l;i |iuissance lolleijue , Était alors encore dans une situation prospère.

L'i'j iizod b. G

Sur cos entrefaites, les Xochimilques 1 , peuplade établie au bord du lac, sur des terres dépendantes de Culhuacan, avaient réussi à monopoliser à leur prolit la pèche de toutes les lagunes du voisinage. Les villes du lac parlèrent pkinle à ce sujet à Coxcox, qui ordonna aux Xochimilques, ses vassaux, de rentrer dans le devoir; mais ils ne tinrent aucun compte de ses injonctions. Le roi chargea alors les Mexicains de châtier les rebelles; ils y consentirent, dans l'espoir d'effacer ainsi la honte de leurs précédents désastres, et remportèrent une éclatante victoire. Ils tirent un butin considérable, déposèrent aux pieds de Coxcox des sacs remplis (les nez et des oreilles des vaincus, et célébrèrent leur succès en sacrifiant en l'honneur de leur dieu Huîlzïlopochlli quatre prisonniers de marque. Dès lors les Aztèques furent autorisés à s'établir dons tous les États de Culhuacan et à habiter même la capitale. Coxcox donna une de ses filles en mariage à l'un des principaux chefs mexicains, et d'autres unions cimentèrent, l'alliance des deux peuplades.

Cependant les Azlèques devaient traverser encore bien des tribulations. Le royaume de Culhuacan, mal gouverné et déchiré par différentes sectes religieuses, arrivait alors à l'époque de su rapide décadence.

Nous avons parlé, dans un de nos précédents chapitres, de la fin déplorable des rois Coxcox et Acamapichlli. Achitoinetl, l'usurpateur du trône des Cnlhuas, exécrait les Aztèques parce qu'ils avaient immolé de la façon la plus barbare une de ses propres filles et quelques nobles cnlhuas de son parti. Il résolut d'en faire un massacre général; mais, avertis à temps, les Mexicains quittèrent Culhuacan et l'Ile de Tizaapan, et réussirent à s'enfuir à travers les joncs et les roseaux du lac.

Les désordres affreux auxquels le royaume de Culhuacan fut livré pendant ies derniers temps de son existence ne

1 C'est-à-dire : les habitants lie la ville iIps lleurs ; .rorliil! slgnlÛe fleur.

permirent pas aux fugitifs d'aborder sur la lerre ferme, où ils ne comptaient que des ennemis. Guidés par Tcnuch, chef hardi qui avait succédé à Huitzilihuitl, ils coupèrent une grande quantité de bambous et de roseaux, (irent de longs radeaux qu'ils couvrirent de plantes sèches et sur lesquels chaque famille se construisit une cabane légère. A mesure qu'on achevait les radeaux, on les éloignait du rivage afin de se mctlre à l'abri de toute surprise. Ainsi se forma une sorte de ville floltante à laquelle on donna le nom d'Acalzinlitlan 1 . D'autres radeaux furent chargés d'une couche de terre sur laquelle on sema des planles nutritives qui, favorisées par l'humidité du sol, se développèrent avec une extrême rapidité et composèrent ainsi une suite de jardins également flottants.

Un nombre très-considérable de Cnlhuas, chassés de chez eux parla guerre civile, se réunirent aux premiers venus et construisirent de nouveaux villages dans le marais; cette localité prit alors le nom de Mezicaltzinco.

De semblables établissements ne pouvaient être fondés a perpétuité pour une population qui devenait de jour en jouiplus nombreuse. Après avoir erré pendant quelque temps avec leurs demeures et leurs jardins , presque tous les Mexicains se trouvèrent groupés aulour de leur chef Tenuch dans les Ilots du lac; alors ils supplièrent les prêtres de leur faire connaître le lieu où le dieu Huitzilopocbtli voulait que l'on fixât son arche, et que la cité définitive des Aztèques fut bâtie. Les grands sacrificateurs Axolohua et Cohuatzontli se transportèrent en conséquence dans un immense marais voisin, couvert d'une forêt de joncs et de roseaux, et le parcoururent en tous sens, dans l'espoir d'y découvrir quelques collines non exposées au débordement des. eaux. D'après la tradition mexicaine, ils trouvèrent a côté d'un rocher une source merveilleusement limpide et abondante

' C'est-à-dire : auprès des bouls de roseaux.

et un pied de nopal sur lequel était perché un aigle qui déchirait un serpent. La légende ajoute que le dieu Tlaloc avait annoncé aux deux sacrificateurs que le sanctuaire d' Huitzilopochtli devait être établi là où ils rencontreraient réunis des objets symboliques que nous venons de décrire, et que cet endroit deviendrait le siège de la gloire el de la puissance mexicaines.

D'universelles acclamations accueillirent le récit de celte découverte. Dès le jour suivant, on nettoya les abords du roclier et de la fontaine, et on y éleva une cabane de bambous. Ce fut là le premier temple de Huitzilopochtli , et, pour inaugurer son culte, on lui immola un ennemi dont les prêtres étaient parvenus à s'emparer. C'était un noble culhua. Le grand sacrificateur le coucha sur la pierre fatale, lui ouvrit la poitrine, lui arracha le cœur et l'offrit au dieu comme prémices du sang qui devait être répandu par torrents en ce lieu jusqu'à la conquête espagnole.

Les Mexicains profitèrent avec une admirable perspicacité de la localité choisie par leurs prêlres. Leurs premières demeures furent de simples cabanes en joncs; .mais le marais abondait en poisson et en gibier aquatique; les canards entre autres s'y abattaient par milliers. Nos hardis aventuriers allaient échanger, sur les marchés des villes voisines, le gibier dont ils n'avaient pas besoin pour leur nourriture, contre de la chaux, du bois et des pierres de construction.

D'abord on remplaça par un téocalli plus solide la hutte de bambous de Huitzilopochtli. Alors le dieu parla par la bouche des prêtres ; il ordonna que la population se divisât en quatre tribus, lesquelles habiteraient autant de quartiers séparés. Le temple serait au centre de la cité *. On s'empressa d'obéir; ainsi prit naissance, en l'année 1325, la célèbre ville qui dès son origine porta le nom de Mexico-

1 Celte première distribution de Mexico subsiste encore sous les noms de Saint-Paul, de Saint-Sébastien , de Saint-Jean et de Sainte-Marie,

Tenochtitlan , et qui (levai! devenir bientôt l'une des plus riches, des plus belles et des plus populeuses de l'Amérique centrale. Son nom de Tenoelititlan rappelle le miracle de l'apparition du dieu [ira lecteur, l'aigle sur un nopal sortant d'un rocher', miracle dent les armes de la cité et les peintures hiéroglyphiques devaient perpétuer le souvenir.

Les factions continuaient à déchirer le royaume de Culliuacan au temps dont nous parlons. Le roi Achilometl, cet ennemi acharné des Mexicains, essaya de leur susciter un ennemi en la personne du roi d'Azcnpolzaleo, sur le territoire duquel ils s'élaient établis. Ce prince, trop prudent pour pousser à bout un peuple d'une valeur éprouvée, su borna à leur imposer un tribut fixe, en poissons, en oiseaux et en lianes, et à faire administrer successivement par deux de ses fils Tcnochtitlan, comme une seigneurie dépendante de son royaume. A ces conditions, les Teepanèques d'Azcapotzalco laissèrent les Aztèques en paix.

Leur ville pril des accroissements considérables au moment de la chute définitive du royaume de Culhuacan. Trop a l'étroit dans l'Ile où ils s'étaient établis, ils s'élendirent en la réunissant par des digues aux flots voisins. Mais dès qu'ils se virent h l'abri de la faim et de la persécution , les vieilles querelles nées pendant leurs longues pérégrinations se réveillèrent. Le sacerdoce, jaloux de l'influence exercée par la caste des nobles, excita le peuple contre eux et contre Teuhllehuac, prince teepanèque , chargé alors de gouverner Mexico-Tenochlitlan et d'y recouvrer l'impôt. Les menées des prêtres réussirent, une émeute éclata, Teuhllehuac prit la fuite et se réfugia à Azcapotzalco, en compagnie de quelques nobles mexicains.

Irrité de ces intrigues, le parti opposé au sacerdoce résolut de former un nouvel établissement. A deux milles du lieu où l'on avait bdti le temple d'iluitzilopochtli, s'étendait

' TenocbtUliii signifie figuier sur lapierre, de lemick, figuier d'Inde, el Ml, pierrfr.

une grève sablonnneuse appelée Xalliyacac, et dépendante d'un humble village qui avait succédé à l'antique cité toltèque de Tlatilolco. Les nobles, accompagnés de ceux qui s'étaient prononcés pour eus, allèrent y fonder une ville nouvelle à laquelle ils donnèrent son ancien nom, et qui, nous le dirons en son lieu, après avoir été pendant longtemps la rivale de Tenochlillan, finit par se fondre en elle.

Les Mexicains se fractionnèrent ainsi en deux nationalités distinctes et rivales, qui furent souvent en guerre pendant un siècle. La population de Tlalilolco ne tarda pas à s'augmenter par la réunion des Tccpancqu.es du voisinage; en même temps, celle de Tenochtillan s'accrut par l'adjonction des Culhuas fugitifs qui vinrent s'y fixer en très-grand nombre.

Les habitants de cette dernière cité comprirent qu'il leur fallait un chef pour tenir en respect la noblesse hostile fixée dans leur voisinage, et qui pouvait invoquer au besoin l'appui du roi des Tccpanèqucs d'Azcapotznlco, auquel elle était restée fidèle. Le peuple demanda donc aux prêtres de lui donner un roi.

Le choix du corps sacerdotal se fixa sur le prince Acamapichlli, alors à peine adolescent, petit-fils de Hoxcox, roi de Gulhuacan, et qui avait échappé seul au massacre de sa famille ordonné par son oncle Achitomcll. L'extrême jeunesse du prince faisait espérer aux prêtres que, pendant longtemps encore, l'exercice du pouvoir resterait en leurs mains; ce candidat, dernier héritier de la royauté tollèquc, devait d'ailleurs réunir toutes les sympalliics des Culhuas, qui formaient alors la majorité de la population de Mexico- Tenochlitlon ; en outre, Acamapichlli était fils d'un prince qui avait témoigné en tout temps de la bienveillance aux Aztèques, et du côté maternel il descendait des familles mexicaines les plus illustres.

La proposition du sacerdoce fut accueillie avec un enthousiasme général; on s'empressa d'offrir la couronne à Aca-

mapichlli, reliré alors à Tezcuco avec la princesse llancucill, qui lui avilit donné des soins assidus depuis ie moment où elle l'avait sauve au péril de sa propre vie.

Acamapichlli et Ilancueitl se rendirent à. Tenochlitlan par la voie du lac; ils y furent reçus solennellement par les prêtres et les anciens, suivis d'une très-grande multitude de peuple. Acamapichlli ne fut cependant Élevé à la dignité royale que l'année suivante. Maigre la différence des âges, il épousa alors Ilancueitl , sa mère adoptive , dont les historiens indigènes célèbrent !a sagesse; et ce fut la nouvelle reine qui gouverna les Aztèques et les Culhuas réunis, conjointement avec le sacerdoce et un sénat composé des anciens.

Les Mexicains de Tlatilolco, voulant avoir aussi leur roi, demandèrent à Tezozomoc, souverain d'Azcapolzalco, de leur donner un membre de sa famille pour les gouverner. Tezozomoe leur envoya son lils Quaquaughpilzahuac; ce prince arriva à Tlatilolco, suivi des nobles aztèques qui avaient accompagné Teuhtlchuac lorsqu'il s'était enfui de Tcnochtillan. De grandes réjouissances inaugurèrent le règne du nouveau roi.

Le gouvernement monarchique se trouva établi de la sorte chez les deux fractions de la nation mexicaine, vers le milieu du quatorzième siècle. Les différences qui existent dans les indications des historiens ne nous permettent pas de fixer avec plus de précision la date de ce! événement.

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