CHAPITRE HUITIÈME
Fin de l'empire tccpauÈquc. — Le nouvel empire de l'Analiuac composé des royaumes de Tezcuco, de Mc\ico-Tciiochtillau et de TUcopan,
Les Mexicains, nous avons eu occasion de le dire, avaient contribué puissamment aux victoires de Tezozoïnoc et à la chule de l'empire chichimèque. Ce prince, on s'en souvient, ne leur avait point décerné les récompenses auxquelles i!s croyaient avoir droit ; mais, redoutant sa puissance, ils ne s'étaient pas révoltés.
Maxtlaton, après avoir fait périr les chefs des deux villes aztèques pour les punir d'avoir reconnu son frère Tayalzin en qualité de souverain, ne mit plus de bornes a sa lyrannie.
R voulut l'L'hililir les tribuls aliolis par pou père; il exigea que les Mexicains lui rournisscnl des jardins Huilants et des volières; enfin il essaya, mais sans succès, d'enlever la feinme légitime du roi HzcohnatI, pour laquelle il avait conçu une passion criminelle. De tels excès ne pu ;v,->:enl être supportés longtemps.
Cependant, avant de tenter la voie des armes, le. roi mexicain de Tcnochtillan voulut épuiser les moyens de conciliation. Il chargea son neveu, Moutézuma Ilhiiicainina, de se rendre auprès de Maxtlaton pour l'engager à respecter les anciennes conventions et pour lui faire des proposition' pacifiques. Montézuma fut reçu a Azcapolzaleo avec une arrogance intolérable; il vil ses jours menacés, et ne dut son salut qu'à la fuite. A son arrivée à Mexico, il annonça que la guerre ne pouvait être évitée.
Alors une terreur aiïi'eiise s'empara do la population de la cité aztèque; Itzcohuatl, Montézuma et les autres principaux chefs essayèrent en vain de relever son courage, a Que ferons-nous si nous sommes vaincus? » s'éeriait-on partout avec angoisse, t Nous nous livrerons à votre vengeance, » répliquèrent les chefs; n vous ferez de nous ce qu'il vous plaira. — Qu'il en soit ainsi, » répondit le peuple, « nous vous sacrifierons aux dieux; et si vous remportez îa vie-
guerre. » Cette convention fut acceplée; elle devint le fondement de la division des castes au Mexique et la hase de l'état social qui y subsista jusqu'au temps de Ja conquête.
Les Tecpanèques se mirent en mouvement pour bloquer Tcnochtillan.
A la même époque précisément, Nelzahualcoyotl réussissait à reconquérir son royaume. Les Mexicains, bien qu'ils eussent trempé dans les crimes de Tezozomoc, résolurent d'envoyer une ambassade au jeune roi de Tezcuco pour le supplier de leur venir en aide, et lui dire que, de leur côté, ils mettraient toutes leurs forces à sa disposition, alin qu'il pût reconquérir l'empire. On devait lui représenter aussi qu'étant lui-même descendant de la noblesse aztèque par sa mère, il ne pouvait l'abandonner dans d'aussi critiques circonstances. Montézuma Illmicamina, cousin germain et ami de Nelzahualcoyotl, fut encore chargé de cette mission , et on lui adjoignit doux collègues.
Le roi de Tezcuco reçut les envoyés avec bienveillance et leur lit une réponse favorable. Afin de ies secourir immédiatement, il fit demander des (coupes à la province voisine de Chalco et à son capitaine général Iztacquauhlzin * , seigneur de Huexotla*. Mais lcsChalcas et Izlacquauhlzin délestaient les Mexicains, qui les avaient accablés de vexations pendant le règne de Tezozomoc; ils n'obéirent pas aux ordres de leur prince. Toutefois Netzahualcoyotl apprit en mémo temps que Tlaxcalla, lluexotzineo, et d'autres provinces encore, se disposaient à iui envoyer des renforts; il consola donc les ambassadeurs, et les congédia en leur promenant qu'il ne tarderait pas à venir à leur aide avec les forces qu'il pourrait réunir.
Eu effet, Netzahualcoyotl, ayant rassemblé tout ce qu'il avait d'hommes auprès de Tezcuco, se mit en mouvement, sans attendre même l'arrivée de ses alliés. Au moment du départ, il fut atiaqué par derrière par son propre capitaine général izlacquauhtzin , qui s'était révolté et prononcé en laveur des 'l'ecpanèques. Le roi de Tezcuco, remettant à un autre temps le châtiment de cette trahison, se rendit à Tlatclolco, où les rois et les seigneurs mexicains lui firent
' Aigle blanc; d'Ufae, blanc, et guauhtli, aigle. ' U'hucxoll, gaule.
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grand accueil. Bientôt après, les Tecpanèques, vigoureusement attaqués, durent lever le blocus de Tenochlitlan. Netzahualcoyoti , Itzcohuatl et leurs capitaines ma relièrent alors contre Maxtlaton. Une grande bataille s'engagea; la victoire fut longtemps disputée; les Mexicains, d'abord repoussés, se disposaient déjà à sacrifier leurs chefs; mais les rois de Tezcuco, de Tenochlitlan et de Tateiolco reprirent le dessus, recommencèrent le combat, et, après deux jours de la lutte la plus opiniâtre, ils forcèrent l'armée ennemie à battre en retraite et a. sortir du territoire mexicain.
Peu de temps après, les chefs et les hommes de Tlaxcalla, de Huexolzinco'et de différentes provinces vinrent se réunir aux forces mexicaines et tezeucaines. L'armée fut divisée en trois corps, et l'on convint d'attaquer l'ennemi simultanément, à un signal donné, et de le charger de tous les cotés à la fois. Ce plan s'exécuta. Maxtlaton, nui avait réuni toutes ses troupes, se défendit avec le courage du désespoir. Les alliés perdirent beaucoup de monde. Enlin un viiroii roux effort rie !S*r:tz;ilnialcoyotl et des deux rois mexicains rompit le corps de bataille de Maxtlaton. La plupart des Tecpanèques furent massacrés; les vainqueurs pénétrèrent dans la capitale, la mirent au pillage, rasèrent les temples et les maisons des seigneurs, et passèrent la population au til de l'épée. Bientôt la superbe cité d'Azcapotzalco, à laquelle sa nombreuse population avait fait donner son nom * , ne présenta plus qu'un amas de débris ; et pour couvrir ces ruines d'une honte éternelle, Netzalmalcoyotl ordonna que désormais on y tiendrait le marché aux esclaves.
Pendant la déroute des siens, Maxtlaton s'était réfugié dans les bains de l'un de ses jardins; ou l'y trouva. Le roi de Tezcuco le fit conduire sur la principale place de Ja ville; on l'y sacrilia aux dieux, en lui arrachant le cœur, pour venger la mort d'ixllilxochitl , empereur des Chichimèques.
1 CenomsigniGe.fcur»Hfiér£.
Ainsi iinil la puissante monarchie tecpanêque d'Azcapolzalco, fondée par Tezozomoc et usurpée par son fils (1128).
Les rois vainqueurs, Nelzahualcoyoll eL Itzcohuall, employèrent les deux années suivanfes à soumettre de nouveau le royaume de Tezcuco, qui avait été troublé par la révolte d'itzlacquauhlzin, seigneur de Huexol!a,el de plusieurs autres nobles de sou parti. Les rebelles résistèrent énergiquemenl ; enfin ils furent défaits et se réfugièrent à Tlaxcalla, à Huexolzico et à Clialco. Le roi infligea de sévères châtiments aux villes et aux bourgades du pays qui avaient pris part au soulèvement. Puis, après avoir mis de fortes garnisons ù Tezcueo et en d'autres lieux, il alla s'établir à Mexico, et s'occupa, de concert avec son oncle le roi Il/.cohuatl, à faire rentrer dans le devoir Xocliilniik'o cl Cuillahuae. Ces villes, comptant sur leur forte position', persistèrent dans la rébellion jusqu'en l'année 1430, époque à laquelle ciles furent réduites à capituler. Bientôt après la soumission de l'empire fut complète.
Ces exploits et ces conquêtes peuvent être coosiilrivs comme le point de départ de la grandeur mexicaine. Dès lors la situation de l'Anahuac se modifia encore une fois.
Les deux rois revinrent ensemble à Tenochtillan après leurs viefoires, et renouvelèrent l'ancien système fédéralif de trois royaumes; ils s'adjoignirent comme troisième collègue Totoquihua, prince de Tlacopan, auquel ils reconnurent le tifre de roi *.
La confédération se composa parconséquent des royaumes: 1° des Aztèques et des Culhuas 1 ou de Mexico; 2" d'Acolbuacan et des Chiciiimèques ou de Tezcuco, et 3" de Tlacopan
1 Elles s'élevaient dans le grand lac île l'Anahuac.
: 11 est digne de remarque qoe ce gouvernement compose de trois rl.cti , dont l'un cependant est plus éievÉ en rang que les deu\ autres, se trouve également dans la plupart des Etats monarchiques de l'Amérique centrale.
1 On u'a pas oublie que beaucoup des anciens sujets de Culhuacan. s'élaient réunis aux Mexicains lors de la chute de ce royaume.
ou des Ter.panèques, car le nouveau roi appartenait à celle race et élail neveu de Maxllaton; mais il avait, dans les dernières guerres, donné des preuves do sympathie à ceux qui devinrent ses collègues, et les débris du peuple vaincu, heureux de conserver leur nationalité, pouvaient se rallier autour de lui. Les autres princes de la vallée furent déclarés vassaux des trois rois, obligés de payer un tribut annuel et de se ranger sous leurs bannières toutes les fois qu'ils iraient à la guerre. Les Tlaxcaltèques seuls, alliés de NetzahualcoyolLet d'Itzcohuall , conservèrent leur républicaine indépendance. Après les victoires auxquelles ils avaient puissam-
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leur montagneux pays.
Le royaume de Tlacopan comprit la seigneurie de ce nom, l'ancien État d'Azcapotzalco, et la belle et fertile province de Mazahuacan ' ; il était renfermé en entier dans les frontières de celui des Aztèques. Quant aux deux autres royaumes, on traça depuis le territoire de Tototepec jusqu'à la montagne de Cuexcomatl, au sud de Tenocbtillan , à travers les montagnes et les lacs, une ligne qui marqua la limite entre les lilats de Mexico cl ceux de Tezcuco. Toutes les provinces situées au couchant de celle ligue, jusqu'aux frontières des villes et Ëlats indépendants de l'Amérique centrale, furent adjugées à Itzeoliuall; celles situées du côté de l'orient firent partie des domaines de Netzahualcoyoll.
Il fut décidé que les trois rois seraient considérés également comme héritiers do l'empire de i'Anabuai', et chacun en particulier comme héritier de ses propres Étals, et qu'aucun des souverains n'aurait le droit de se mêler des affaires intérieures de son voisin. On convint que pour toutes les causes graves, surtout lorsqu'il serait question de guerre, les rois n'agiraient jamais sans s'être entendus d'abord entre eux. Quant aux provinces dont on pourrait se rendre mai-
1 Signifie pays des cerfs; de mazatl, cerf.
Ire à l'avenir, il fut stipulé que deux cinquièmes des pays conquis reviendraient nu roi de Tezeuco, deux autres à celui de Mexico et un seulement au roi de Tlapocan. Les tributs et les dépouilles des vaincus devaient cire partages dans la mente proportion.
Ces conventions firent la grandeur du nouvel empire et relevèrent à un Irès-hatit degré de puissance. Pendant longtemps elles furent fidèlement observées. Le royaume de Tlacopan resta dans une position d'infériorité. Celui de Tezcuco atteignit une splendeur inouïe sous les longs règnes du grand roi Nelzabualcoyotl et de snn fiis Netzahualpilli , que les historiens modernes ont nommé le Salomon du nouveau monde, et qui mourut peu de temps avant le momenl où les Espagnols mirent le pied sur le continent américain. Le royaume de Me\ico s'éleva plus haut encore; à partir de la mort de Nelzabualcoyotl, il exerça une prépondérance marquée dans l'Anahuac. Ce puissant Etat fut gouverné successivement par six princes ', dont les armes victorieuses soumirent peu à peu une grande partie du continent centrai.
Nous tracerons dans nos prochains chapitres un aperçu sommaire des règnes de ces différents rois, et avant de passer à la conquête espagnole, nous nous occuperons de ce qui est relatif aux mœurs , aux usages , à la religion , à la forme du gouvernement, à l'industrie et au commerce des peuples de l'Anahuac. Nous reconnaîtrons tous les raffinements d'une civilisation Irès-avuneée parmi ces nations, et nous verrons que la coutume des sacrifices humains et de l'anthropophagie, introduite pur les Mexicains dans tout l'empire, et le culte du dieu Huitzilopochlli , imprimaient à cette civilisation un hideux caractère. Ces monstrueuses orgies prirent de telles proportions, qu'on finit par organiser des sortes de guerres sacrées uniquement afin d'avoir
1 Les siï rois qui clerirent la puissance mexicaine furent ; Itzcohuatl , Montér.uma I", Axcajacatl , Tiioc , Atuiizotl et Monténima II, lequel assista a la chute de la monarchie.
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des milliers de prisonniers à offrir aux dieux. Nous aurons occasion d'en parler avec plus de détail.
Nous verrous aussi qu'au début du seizième siècle les causes qui avaient produit la dernière révolution de l'Anahuac se représentaient, que Montézuma H, aspirant à jouer le même rôle que Tezozomoc et à rester seul maître de la monarchie, s'élevait au-dessus de ses collègues; que les vassaux de l'empire, fatigués du joug mexicain, étaient disposés, à la révolte, et qu'une nouvelle coalition paraissait imminente. Cortès prolita de ces dispositions; doué d'un puissant génie, s' aidant des prophéties relatives à Quelzalcohuu tl» et tirant avantage de la terreur que les armes à l'eu et les chevaux inspiraient aux indigènes, il renversa en moins dedeux armées le vaste empire fondé par NctzahualcoyutI et Itzcohtiatl.