‹ L'Empire MexicainChapitre 119 sur 127 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

1 Je veux chanter un instant,

Puisque l’occasion se présente et que j’en ai le loisir.

J’espère qu’on m’écoutera favorablement ;

Mon intention mérite cette faveur.

Je commence mon chant,

Ou, pour mieux dire, mes gémissements.

2 Et toi , cher ami ,

Sois sensible à la beauté de ces fleurs.

Réjouissons-nous ensemble ,

Bannissons les soucis que cause la terreur ;

Si le plaisir est mesuré ,

Une triste existence a son terme.

3 Je ferai résonner en chantant L’instrument sonore et harmonieux;

Toi, en jouissant des fleurs.

Danse et célèbre le Dieu puissant.

Profitons de la gloire présente,

Puisque la vie est passagère.

APPENDICE

4 D’Ocblehacan tu as choisi

La noble cour pour te fixer. Quand tu l’as possédé {Ocblehacan) ,

Tu as voulu que tes trônes

Fussent ornés de riches tapisseries ; d’où je conclus

Que dans une vaste proportion

L’empire s’augmentera et croîtra en renommée.

5 Prudent Oyoyotzin ,

Roi célèbre, monarque sans rival,

Jouis du bonheur présent ;

Puisque le printemps te l’offre, saisis-le :

Un jour viendra’

Où tu chercheras le plaisir et la gaieté.

6 Alors ta destinée

T’arrachera le sceptre de la main ,

La lune de ton bonheur diminuera ,

Tu ne seras plus si vaillant ni si glorieux ;

Alors tes serviteurs

Seront dépouillés de tout bien.

7 Dans de si tristes circonstances,

Les seigneurs de ta race,

Qui font la force des princes.

Ceux qui sont d’une noble naissance,

Abandonneront ta capitale Et goûteront l’amertume de la pauvreté.

8 Ils conserveront le souvenir

De ta grandeur passée, objet de l’envie de tous,

De tes victoires, de tes triomphes.

A ta gloire, à ta majesté disparues Comparant leurs malheurs.

De leurs larmes ils formeront des mers grossies.

9 Ces descendants ,

Qui te servent de parures et de couronnes ,

Se voyant privés de toi.

Émigreront à Culhuacan comme des étrangers ;

Et regardés comme tels à cause de leurs malheurs.

Leurs maux n’en seront que plus cruels.

DE LA PREMIÈRE PARTIE

\ 0 Cette race puissante ,

Digne de mille couronnes et de mille honneurs,

Sera négligée par la renommée ;

Les nations ne garderont le souvenir Que de ceux qui gouvernèrent avec justice Les trois capitales qui honorent l’empire :

1 1 Dans la célèbre Mexico ,

Montezuma, la bravoure indienne par excellence;

Dans l’heureuse Gulhuacan ,

Netzahualcoyotl , qui gouverne;

A Acatalpan la forte,

Toloquil, que cette ville doit à la fortune.

1 2 Mais je ne crains pas que l’on oublie La bonne administration de ton règne,

Tandis que tu occupais

Ce trône où tu fus placé par la main Du Maître du monde ,

Auteur de merveilles sans égal.

i 3 Jouis donc dans le plus parfait bonheur,

Netzahualcoyotl, de ce que tu possèdes encore :

Jouis des fleurs de cet agréable Jardin; couronne ton front illustre;

Écoute mon chant qu’accompagne la lyre.

Et dont le but est de te plaire.

14 Les plaisirs de cette vie,

Les victoires, les honneurs, ne nous sont que prêtés;

Ce sont de faux biens ,

Revêtus seulement d’une apparence de réalité ;

C’est une si grande vérité ,

Que tu ne peux te dispenser de répondre à cette question •

15 Qu’est devenu Cihuapan,

Quautzinte-Comtzint le vaillant ,

Et Conahuatzin?

Que reste-t-il d’eux tous?

La réputation , et encore peut-être !

Ils sont passés dans l’autre vie, cela seul est certain.

414 APPENDICE

1 6 Dieu veuille que nous ,

Que retient encore le lien fragile de l’amour, Qui thésaurisons l’amitié,

Nous voyions le glaive cruel de la mort, Puisqu’il n’y a pas de bonheur assuré Et que la fortune est toujours inconstante !

2° TRADUCTION d’UXE PIÈCE DE VERS DE NETZAHUALCOYOTL.

Les pompes passagères de ce monde sont comme les saules verts , qui , bien qu’ils arrivent à un âge avancé , finissent par être consumés par le feu; la hache tranchante les renverse, un ouragan les déracine , la vieillesse et la décrépitude les courbent et les déracinent.

La pourpre ressemble à la rose par sa couleur et par sa destinée. La beauté de toutes deux dure tant que les chastes boutons conservent avec soin les gouttes bienfaisantes que l’aurore leur verse en riches perles; mais à peine le Père des vivants dirige-t-il sur elles le plus léger rayon de sa lumière, qu’il les dépouille de leur richesse et de leur beauté ; elles se fanent et perdent les couleurs purpurines dont elles se paraient avec orgueil. Les délicieuses républiques des fleurs n’ont qu’une courte existence : celles qui le matin déploient avec orgueil les fastueuses richesses de leur pouvoir, pleurent le soir la triste chute de leur empire et les calamités qui les font périr, la tristesse, la mort et le tombeau. Toutes les choses de la terre ont un terme; au milieu de la plus joyeuse carrière de leurs gloires et de leurs beautés, leur souffle s’arrête, elles tombent et sont précipitées dans la fosse. La terre , sur toute sa surface arrondie , n’esl qu’un tombeau. Rien ne peut nous défendre du trépas , la mort est impitoyable. Les fleuves, les ruisseaux, les fontaines, toutes les eaux s’écoulent; aucune ne remonte vers sa source; joyeuses, elles s’avancent rapidement vers les vastes domaines de Tlaloc, et plus elles approchent de ses rivages étendus, plus elles se creusent une triste sépulture. Ce qui était hier n’est plus aujourd’hui , et l’on ne peut pas être sûr que ce qui est aujourd’hui

DE LA PREMIÈRE PARTIE

sera demain. Les caveaux sont remplis de poudres infectes , qui jadis étaient des os, des cadavres et des corps animés, lesquels, assis sur des trônes, sous des dais, présidaient des assemblées, commandaient des armées, conquéraient des royaumes, possédaient des trésors, étaient l’objet de l’adoration et étaient aveuglés par la majesté, la richesse et le pouvoir : ces gloires ont passé comme la fumée effrayante qui sort du feu infernal du Popocatepetl, sans qu’il reste d’autre monument qui rappelle leur existence, si ce n’est la peau grossière sur laquelle cette histoire est écrite. Hélas î si je vous conduisais dans les détours obscurs de ces panthéons, et si je vous demandais où sont les os du puissant Achalchichitlanextzin , premier chef des anciens Toltèques, et ceux de Necaxec Mitl, le pieux adorateur des dieux; si je vous demandais où est la beauté incomparable de la glorieuse impératrice Xiuhtzal, et ce qu’est devenu le pacifique Toplitzin, dernier souverain du malheureux royaume toltèque ; si je vous demandais quelles sont les cendres sacrées de notre premier père Xolotl, celles du très -magnifique Nopaltzin et du généreux Tlotzin, et même les cendres encore chaudes de mon père, glorieux et immortel malgré ses malheurs, Ixtlilxochitl enfin ; si l’on vous adressait de pareilles questions sur tous nos illustres ancêtres, que répondriez-vous, si ce n’est ce que je répondrais moi-même : indipohdi , indipo/idi, je n’en sais rien, je n’en sais rien ; car les premiers et les derniers sont mêlés avec la terre : ce qu’il en est d’eux , il le sera un jour de nous-mêmes et de ceux qui viendront après nous. Aspirons, invincibles princes, guerriers valeureux, fidèles amis, sujets loyaux, aspirons au ciel; caria tout est éternel, rien ne se corrompt. L’horreur du tombeau est un berceau flatteur pour le soleil, et les ombres funèbres sont de brillantes lumières pour les astres. Personne n’a le pouvoir de changer ces célestes peintures; car, de même qu’elles servent immédiatement à l’immense majesté de leur auteur, elles sont cause que nos yeux voient aujourd’hui ce qu’ont vu nos prédécesseurs et ce que verront nos descendants.

APPENDICE

3® TRADUCTION d’uN CHANT COMPOSÉ PAR NETZAHUALCOYOTL,

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