SUR LE XÉAXT DES GRANDEURS HU.MAIXES
A I/OCCASIOX DE LA CHUTE DE l’eMPIRE DE TETZOZOMOC.
Écoutez avec attention les lamentations que moi, le roi Netzahualcoyotl , me parlant à moi-même, je fais sur le sort de l’empire , et que je présente comme exemple aux autres.
O roi inquiet et remuant, lorsque tu auras cessé de vivre, tes vassaux seront ruinés et détruits; ils se verront dans une confusion complète ; ce ne sera plus toi qui régneras et qui commanderas , mais le Dieu créateur et tout-puissant.
Quiconque a vu le palais et la cour du vieux roi Tetzozomoc, et combien était florissante et redoutable sa puissance tyrannique, aurait-il pu croire qu’elle lui échapperait, cette puissance aujourd’hui fanée et détruite? Tout ce qu’offre cette vie n’est donc que dérision et tromperie , puisque tout doit s’user et finir.
On se sent ému à la fois de pitié et d’admiration, lorsque Ton considère attentivement la prospérité dont a joui pendant son règne tyrannique le roi Tetzozomoc, ce vieillard caduc, qui, tel qu’un saule nourri de l’humidité de son ambition et de son avarice , s’élevait au-dessus des humbles et des faibles : le printemps lui offrait les prés et les champs fleuris, longtemps il en jouit; mais enfin , lorsqu’il fut rongé des vers et desséché , Touragan de la mort survint , le déracina et Tétendit en morceaux sur le sol. Le sort de l’ancien roi Cotzaztli ne fut pas moins terrible, puisqu’il n’est resté aucun souvenir de sa maison et de ses descendants.
Aujourd’hui, par ces chants douloureux, je retrace le souvenir et l’exemple de ce qui arrive dans la saison des Heurs, et la fin du roi Tetzozomoc, quoiqu’il ait goûté longtemps la prospérité. Qui donc, en m’entendant, serait assez dur pour ne pas fondre en larmes? Cette abondance de fleurs variées, de plaisirs somptueux, sont comme des bouquets qui, passant de main en main, finissent par se faner et disparaissent de ce monde.
Fils des rois et des puissants, ouvrez les yeux et méditez avec attention sur le sujet qui sert de thème à mes gémissements et
^ DE LA PREMIÈRE PARTIE
à mes tristes poésies, en apprenant ce qui arriva au printemps fleuri, et à la lin du roi Tetzozomoc; mais, je le répète, en m’entendant, qui serait assez dur pour ne pas fondre en larmes? Car cette abondance de fleurs variées, de plaisirs somptueux, ne sont que des bouquets qui , passant de main en main , linissent par se faner et disparaissent de ce monde.
Cependant les oiseaux ne cessent de faire retentir l’air de leurs voix mélodieuses ; ils jouissent de l’abondance du palais de l’été, et les papillons du nectar de ses fleurs. Tout est comme des bouquets qui, passant de main en main, finissent par se faner et disparaissent de ce monde.
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