‹ L'Empire MexicainChapitre 13 sur 127 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

continue à avoir lui -meme des temples et de nombreux adorateurs. A partir de ce temps, l’Amérique centrale reste divisée entre les adhérents de la religion établie par le civilisateur Quetzalcolinatl et ceux des rites barbares que Huémac avait inaugurés de nouveau; ces derniers sont les plus nombreux et les plus puissants. Mais les partisans de Quetzalcohuatl affirment que le prophète, fidèle à sa promesse, reviendra un jour dans le pays, ou qu’au moins il y enverra ses descendants, et que ceux-ci soumettront à leur empire tous les royaumes, tous les États indépendants, toutes les villes, pour y rétablir le système religieux et la législation que le grand roi avait donnés à Tollan et à Cbolullan.

Cette croyance s’enracine au point d’être admise même par les prêtres des divinités auxquelles on offre les plus sanglants holocaustes. Quelques siècles plus tard, elle favorisera singulièrement les Espagnols; à leur arrivée, la plupart des populations de l’Amérique centrale croiront reconnaître en eux les successeurs désignés par le monarque divinisé.

Tollan retrouve la prospérité dont elle avait joui au temps de Quetzalcohuatl, tandis que Nauhyotl occupe le trône; cette capitale devient de nouveau le centre d’un immense commerce, le lieu de rendez-vous des savants et des artistes. Les monastères et les collèges fondés par le prophète sont rouverts, la plupart de ses lois sont remises en vigueur.

L’empire toltèque atteint l’apogée de sa prospérité vers la fin du dixième siècle, à la suite d’une longue paix, durant laquelle les trois royaumes dont il se compose maintiennent le pacte fédéral et leur indépendance réciproque. La ville de Çulbuacan, située sur les rives du grand lac de l’Anabuac, et dans laquelle les trois rois se réunissent pour s’occuper des intérêts généraux de la monarchie, en devient le centre politique et commercial, mais Tollan continue à remporter par la culture, la politesse, la beauté de scs édifices et l’extrême magnificence de la cour de ses souverains.

Arrivé au faîte de la puissance, l’empire commence à décroître. Sa grande étendue est pour lui une première cause de dissolution. Ses provinces sont gouvernées féodalement par des vice-rois héréditaires, qui parviennent peu à peu à se rendre presque indépendants, et qui adoptent dans leurs capitales le faste et les attributs de la royauté. Des famines épouvantables, suite d’une sécheresse de vingtquatre ans, qui fit tarir les sources et les rivières, des révoltes, des maladies pestilentielles, envahissent la monarchie à plusieurs reprises et dépeuplent des provinces entières; enfin les débordements des rois, auxquels s’associent le peuple, les prêtres et même les vestales, ébranlent l’empire jusque dans ses fondements; les lois les plus saintes tombent peu à peu en désuétude et sont foulées aux pieds. Bientôt la guerre civile éclate. Les trois royaumes confédérés, dont l’union avait fondé la puissance toltèque, se font une guerre acharnée. Le sort des armes favorise tantôt l’un, tantôt l’autre des princes rivaux. Déjà l’empire penche visiblement vers sa ruine , lorsqu’un élément nouveau , l’invasion de peuples innombrables, venus du continent septentrional, accélère sa chute.

Ces peuples, pressés eux -mêmes par les Apacbes, nation barbare qui arrive des régions glacées du nord , sont désignés sous le nom générique de Cbicbimèques, bien qu’on trouve parmi eux une grande variété de types. Ils arrivent par bandes, se succèdent sans interruption dans les fertiles vallées de l’Anabuac, et étendent leurs excursions au delà des montagnes qui les limitent; le meurtre, l’incendie, le pillage marquent en tous lieux leur passage. Au milieu de ces affreux désastres, les rois de l’empire, loin de réunir leurs forces contre l’ennemi commun, continuent à se faire une guerre acharnée; les plus riches provinces se mettent en révolte ouverte; le désordre est partout. Les envahisseurs font chaque jour de nouvelles conquêtes. Les familles les plus puissantes du pays, surtout celles des nobles et antiques

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