‹ L'Empire MexicainChapitre 14 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cités de Ciilhiiacaii et de ToRan, commencent à émigrer, emportent avec elles leurs richesses et vont implanter en d’autres contrées leur langue, leurs lois et leur civilisation.

Le chef de l’empire toltèque, Toplitzin-Acxitl , roi de Tollan, marche à la rencontre des Chichimèques, mais il est hattu à la tête de son armée. Ses collègues, loin de comprendre que cette défaite est un malheur pour tout l’empire, s’en réjouissent, et les gujerres intestines continuent, les maladies et la famine exercent des ravages de plus en plus affreux.

Alors, disent les chroniques du pays, les Toltèques, en lesquels l’amour de la patrie vit encore, convoquenr^à la ville sainte de Teotihuacan * les princes, les sages et les prêtres de la nation, afin d’y consulter la divinité, et d’apaiser sa colère par des sacrifices expiatoires. Malgré la guerre civile, l’assemblée est très-nombreuse. Elle passe le premier jour en prières dans le temple; la nuit suivante, elle se réunit dans la vaste cour qui sert de vestibule à la pyramide du Soleil, dieu principal de l’empire, et au milieu de laquelle s’élève le grand autel. Déjcà le feu dévore l’immense bûcher sur lequel sont liés les captifs qu’on offre à la divinité comme victimes, déjà les nobles Toltèques forment la ronde sacrée autour du foyer, lorsque tout à coup un spectre hideux, difforme, de taille colossale, vient se mêler à cette danse lugubre ; personne n’ose lui adresser la parole, personne non plus n’a la force de s’éloigner. Le fantôme danse avec une sorte d’entraînement frénétique, suivant toutes les figures de la ronde, et à chaque figure, il saisit le Toltèque qui se trouve le plus près de lui, l’étreint de ses bras osseux et le jette mort à terre. Aux premières lueurs de faurore il disparaît, laissant le sol jonché de cadavres. Cette scène hideuse se renouvelle la nuit suivante.

Teotihuacan signifie ville des dieux, de teotl. Dieu.

Quelques jours après, on aperçoit sur une roche voisine de la ville un enfant éblouissant de blancheur, aux formes séduisantes, et qui semble considérer avec tristesse l’antique cité. Lorsque l’on s’approche de lui, sa tête tombe en pourriture, et il exhale une odeur tellement infecte que plusieurs des assistants en meurent asphyxiés. On veut l’enlever pour le précipiter dans le lac voisin, mais on ne parvient pas à le remuer. Dans cet instant le génie de l’empire apparaît, et s’adressant aux Tollèques réunis au pied du rocher, il leur annonce que la fuite seule peut les mettre à l’abri des plus affreuses calamités, et que, s’ils veulent se laisser guider par lui, il les conduira en des lieux où ils trouveront la sécurité, la paix et le repos. Tel est le récit des historiens indigènes, répété par Torquemada L

L’assemblée de Teolihuacan se sépare sans avoir rien décidé; mais l’émigration des Toltèques prend d’immenses proportions; en même temps les invasions des différentes tribus chichirnèques se multiplient, de nouveaux essaims de barbares se réunissent aux premiers venus, s’établissent dans les provinces, pillent et incendient les villes, massacrent les populations.

Dans ce moment suprême, les débris de la race toltèque encore réunis dans l’empire oublient enfin leurs querelles intestines pour faire face à l’ennemi commun. Malgré leur valeur-, ils sont battus en toute rencontre; enfin, la fleur des princes et des guerriers indigènes succombe, après deux jours de la lutte la plus acharnée, au bord du grand lac de la vallée de l’Analmac. Ce combat est le dernier effort de la monarchie expirante. Les Chiehimèques ont payé chèrement leur victoire; des milliers des leurs jonchent le champ de bataille (959, d’après Ixtlilxochill). Mais le royaume de Culhuacan, l’un des trois Élats confédérés de l’empire

^ }îo)mrq. ind,, 1. I, ch. \iv.

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