PREMIÈRE PARTIE
dans les cavernes voisines du lac Xaltocan *, là où devait s’élever plus tard la ville de Xaloc; — niais bientôt il quitta cet endroit, et s’arrêta à la cité détruite d’Oztopolco, auprès de laquelle se trouvaient des grottes profondes, et d’où l’on découvrait le centre de la vallée de l’Anahuac. Les principaux de la nation s’établirent dans les grottes, le reste de la population se bâtit des cabanes de branchages L Le climat de cet endroit, exposé au levant, était agréable, l’air salubre, les eaux bonnes. Xolotl prit possession du pays qui avait formé l’empire toltèque, par lui-même, ou par les chefs qui se trouvaient sous ses ordres. Il le peupla avec son armée, qui, d’après la tradition américaine, se montait à plus d’un million d’hommes, sans compter les femmes et les enfants L
H y avait vingt ans environ que Xolotl était établi dans le pays, lorsqu’il fit demander à Nauhyotzin, chef des Toltèques de Ciilhuacan, de lui payer un tribut et de le reconnaître en qualité de seigneur suprême de tout le pays d’AnahuacA Nauhyotzin répondit, au nom de sa nation, que leurs aïeux , maîtres du pays , leur en avaient transmis la possession ; que jamais ils n’avaient obéi ni payé de tribut à aucun prince étranger, et que, bien qu’ils fussent réduits à un petit nombre, ils prétendaient conserver leur liberté et ne se soumettre à d’autres maîtres qu’au soleil et à leurs dieux. Xolotl mit alors son fils Nopaltzin à la tête d’une
' Aujourd’hui San-Christoval. — Xaltocan signifie sablonneux.
’ Telle fut l’origine de Tenayocan, aujourd’hui simple village situé à trois lieues de Mexico , sous le nom de Tenayusa.
^ On voit encore auprès de Tenayocan , la première capitale des Chichimèques , douze monticules composés de petites pierres. Chaque homme de l’armée en avait apporté une lorsque Xolotl fit faire leur dénombrement; * cela prouve que leur nombre était très-considérable. Cet endroit se nomme Xepohualco, c’est-à-dire lieu du dénombrement.
* A partir de ce temps , on trouve le nom de Toltèque remplacé par celui de Culhua, le royaume de Culhuacan étant le dernier débris de l’ancien empire.
L’EMPIllE MEXICAIN.
nombreuse armée, et lui ordonna de marcher contre les Culluias. La bataille se donna dans les marais de Gulliuacan; bien que les Culhuas eussent l’avantage du terrain et qu’ils combattissent dans des canots, ils furent défaits et obligés de se reconnaître tributaires du nouveau dominateur du pays *. Cependant, au dire des anciennes traditions de l’Anahuac, ce prince, ayant le sentiment de son infériorité morale vis-à-vis des vaincus, rechercha leur amitié, contracta avec eux diverses alliances de famille, et s’efforça de faire adopter leurs usages par les peuples auxquels il commandait.
Culhuacan, dernier refuge de la culture antique, reprit ainsi peu à peu sa prépondérance sociale et religieuse; plusieurs villes sortirent de leurs ruines, de nouvelles cités furent fondées, les anciennes institutions toltèques et le goût de la vie policée commencèrent à renaître en bien des lieux.
Xolotl rétablit au commencement du onzième siècle l’ancienne forme féodale, telle qu’elle avait existé dans le précédent empire. Il distribua aux différents chefs qu’il avait amenés, ou qui étaient arrivés après lui L des terres ou des domaines pour s’y fixer avec leurs vassaux. Moins de soixante-dix ans après l’invasion, on trouvait dans l’Anahuac, outre une foule de seigneuries ou de petites principautés, sept États distincts, sièges d’autant de nationalités diverses, et parmi les sept, il en était trois, ceux de Tenayocan, de Xaltocan ou des Otomites et de Culhuacan, qui faisaient revivre la confédération des royaumes prépondérants de la vallée. Tenayocan, résidence de Xolotl, continuait à être la métropole générale de l’empire chichimèque.
* L’historien Ixtlilxochilt fixe la date de cet événement à l’année 984.
2 Notamment aux Aculhuas divisés en trois troupes , à savoir : les Tecpanèques, les Otomites et les Aculhuas proprement dits; et qui, suivant Ixtlilxochitl, arrivèrent dans l’Anahuac sous la conduite de trois chefs aussi nobles que puissants, quarante-sept ans après Xolotl.