PREMIÈRE PARTIE
voyant sa puissance paiTaitement affermie, et croyant qu’il n’avait plus rien à craindre du fils d’Ixtlilxocbill, consentit à la requête, à la condition toutefois que le prince résiderait à Mexico-Tenochtitlan, sans en pouvoir jamais sortir. Mais bientôt scs protectrices adressèrent à l’empereur desTecpanèques de nouvelles instances, à la suite desquelles Nctzabualcoyotl fut autorisé à retourner à Tezcuco; on lui rendit même les palais et les jardins de ses pères et quelques villages qui en dépendaient.
Ceci se passait h la fin de l’année 1426.
Quelque temps après Tezozomoc fit de bizarres rêves. Il songea d’abord que Netzabualcoyotl, transformé en aigle royal, le saisissait et lui dévorait la poitrine. Il se réveilla plein d’effroi, mais il se rendormit promptement. Alors il vit le prince, cbangé en tigre, lui déebirer les jambes, puis s’enfoncer dans les eaux, les forêts et les montagnes, et en devenir le cœur'. Ce second rêve épouvanta le roi plus encore que le premier. Il fit appeler immédiatement les prêtres des idoles qui rendaient des oracles, leur raconta ses songes et leur en demanda fexplication. Ils lui répondirent que l’aigle son ennemi détruirait sa maison et sa race, que le tigre ravagerait la capitale et le royaume d’Azcapotzalco, et que celui qui était devenu le cœur des eaux, des forêts et des montagnes, recouvrerait un jour fempire.
Tezozomoc ayant demandé aux devins ce qu’il fallait faire pour éviter faccomplissement de cette sinistre prophétie, ils lui déclarèrent qu’on détournerait les malbeurs dont on était menacé en faisant tuer Netzabualcoyotl, mais que ce devait être par surprise, parce qu’on n’y parviendrait pas autrement.
L’usurpateur de l’empire de fAnabuac était arrivé alors au dernier degré de la décrépitude. Tous les documents indigènes, tous les bistoriens américains, affirment qu’il
* Xous rapportons fidèlement et sans commentaire les expressions de l’historien indigène.
avait atteint l’àge de cent quarante-trois ans. Aussitôt après le départ des devins, il fit venir ses trois lils, Maxtla ou Maxtlaton, Tayalzin‘, et Tlaloca-Tlizpatzin. Après leur avoir adressé diverses recommandations, il leur dit que, s’ils voulaient conserver l’empire, ils ne devaient pas manquer de faire mourir le prince Netzahualcoyoll lorsqu’il viendrait à Azcapotzalco pour assister à ses funérailles, lesquelles, ajouta-t-il, ne peuvent plus être éloignées, car je sens que ma fin approche. Puis il désigna son fils Tayatzin comme devant lui succéder.
Il mourut peu de temps après. La date assignée h son décès par les manuscrits liiéroglypliiques correspond au 24 mars de Tannée 1427. On avertit immédiatement de son décès les rois mexicains et les princes de l’Anahuac, alin qu’ils vinssent aux funérailles de fempereur. Netzaliualcoyotl s’y rendit également, et prit place parmi les seigneurs de la famille du défunt pour assister aux rites que les prêtres oliservaient en brûlant le corps. Tayatzin % se souvenant des recommandations de son père, les rappela secrètement à son frère Maxtlaton*; mais celui-ci lui répondit qu’il fallait attendre, et ne pas troubler par un assassinat la cérémonie funèbre. On négligea ainsi de se confoiincr aux injonctions de Tezozomoc. Netzabualcoyotl, averti de ce qui se tramait contre lui, s’échappa aussitôt que l’on eut placé les cendres du roi dans le principal temple d’ Azcapotzalco, et arriva heureusement à Tezcuco.
Cependant Maxtlaton, loin de tenir compte des dispositions de son père, jugea que la couronne lui revenait de droit en sa qualité (l’aîné de la famille, et se lit proclamer empereur. Héritier des sanguinaires instincts de Tezozomoc, il assassina son frère Tayatzin, en qui il reconnaissait un dangereux rival; et bientôt après Cbimalpopoca, roi de
* Appelé aussi Quetzalyatl.
* De icyoa, gagner une bonne renommée.
3 Qui porte caleçon; de maxili , caleçon.