‹ L'Empire MexicainChapitre 33 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rendit le môme service en le couvrant de g’erl)cs de cliian^ qu’elle venait de couper dans les champs. Une autre fois encore Quaeoz, noble otomite qui avait été jadis au service de la mère de Nctzahiialcoyotl , sauva le prince en le cachant dans un immense tambour. Ce môme Quaeoz se rendit à Tezcuco, ramena au roi fugitif ses femmes et ses serviteurs, ci lui donna six guides affidés chargés de le diriger à travers les défilés des montagnes vers la république de lluexotzinco ^ Netzaliualcoyotl voulait s’y rendre et espérait y trouver des amis, car son précepteur, le sage HuitzilihuUzin, lui avait envoyé un messager chargé de lui transmettre ces mois : » Prends courage et remplis ton devoir. Fais venir des se- » cours des provinces de lluexotzinco, de Tototepec % et de » Tlaxcalla. Tu en connais les habitants, ce sont des hom- » mes valeureux et presque tous de race chichirnèque ou » otomite; ils ne t’abandonneront pas et seront prôts à » sacrifier leur vie pour loi. »

Le prince se mit en roule avec une suite nombreuse composée d’habitants de Tezcuco, de quelques nobles et de presque tous ses parents. Trois de ses guides le précédaient; les trois autres le suivaient en examinant le pays et en feignant de chasser.

Netzaliualcoyotl marchait triste et pensif, ^car le souvenir de tous les malheurs qu’il avait éprouvés depuis plusieurs années était présent à sa mémoire. Arrivé près du lieu nommé Ilacuila, il se tourna vers les fidèles qui l’accompagnaient et leur dit : « Où allez-vous? Le père que vous » suivez est-il en éfat de vous défendre? Ne voyez-vous pas » que j’erre seul dans les déserts et dans les montagnes, » suivant la trace des cerfs et des lapins, sans savoir où je » vais, si je serai bien reçu ou si mes ennemis m’atteindront » et me tueront, comme ils ont tué mon père, qui était bien

' Le cliian est une plante oléagineuse.

^ De //îicxo// , saule.

’ Signifie monlagne des poules.

» plus puissant que moi? Je suis orphelin et abandonné. » Retournez dans vos maisons pour ne pas mourir avec moi, » ou tomber dans la disgrâce du tyran et perdi'e vos champs » et vos habitations. » Mais Quaubtlibuatzin et Tzontecbocbalzin, frère et neveu du prince, lui répondirent au nom de tous qu’ils le suivraient partout où il irait, et qu’ils sauraient mourir pour lui s’il le fallait. Netzabualcoyotl, profondément attendri de ce dévouement, remercia ses amis et les engagea une fois encore à retourner chez eux, où ils pourraient lui être fort utiles en surveillant ses ennemis. 11 leur promit d’ailleurs de les tenir au courant de tout ce qu’il ferait. On se sépara, l’exilé ne conserva auprès de sa personne que quelques serviteurs, son frère et son neveu, qui refusèrent absolument de le quitter. Il poursuivit son chemin, gravit les hauteurs de Papalotepec L et vers l’heure du coucher du soleil il arriva au sommet du Huilotepec L De ce point élevé on apercevait, d’une part, les plaines de Huexotzinco, qui alors étaient déjà couvertes d’ombre, et du coté opposé, celles de Tepepolco, sur lesquelles les derniers rayons du soleil jetaient encore une vive lumière.

Netzabualcoyotl sentit renaître l’espoir en son cœur lorsqu’il aperçut les lieux d’où le secours pouvait lui venir. Il dépêcha aussitôt deux de ses serviteurs aux seigneurs de Huexotzinco, leur faisant dire qu’il s’avancerait jusqu’à Copalapan pour y attendre leur réponse. 'Cependant il courut encore des dangers en continuant son voyage. Il vit venir une troupe de Teepanèques envoyés à sa poursuite, et n’eut que le temps de se jeter dans un bouquet de saules avec ses compagnons pour échapper à leurs regards.

Ce fut sa dernière mésaventure. Le lendemain il reçut à Quauhtepec ^ un message de la seigneurie de Huexotzinco; elle lui promettait de mettre des troupes à sa disposition, et

• Montagne des pajiillons; de papaloll, papillon, et Icpcc, înonlagne.

^ Montagne des pigeons; àe huilotl , pigeon.

3 La montagne des aigles; guauhtli, aigle.

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