‹ L'Empire MexicainChapitre 39 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pées, dit l’historien indigène Ixtlilxochitl, et le moindre village avait plus d’habitants que n’en ont maintenant les villes les plus florissantes de la Nouvelle-Espagne. »

Toutefois plusieurs événements sinistres vinrent troubler ce bonheur. La ville de Mexico fut couverte en 1446 par les eaux du lac. Une foule de maisons et d’édifices publics s’écroulèrent; un grand nombre d’habitants de la capitale périrent. Montézuma s’empressa d’appeler à son secours son collègue Netzahualcoyotl, l’homme le plus éclairé de l’Anahuac, dont il reconnaissait les talents supérieurs et le génie inventif. Le roi de Tezcuco se montra aussi affligé du malheur arrivé à Mexico que s’il se fût agi de ses propres États. Pour mettre désormais la ville à l’abri d’un semblable fléau, il estima qu’il fallait bâtir une digue à travers le lac, lequel a trois lieues de largeur en cet endroit. On commença immédiatement ce gigantesque travail; ses restes considérables font de nos jours encore l’admiration de ceux qui les visitent. Montézuma convoqua tous ses vassaux et s’adressa également au roi de TIacopan. Les trois chefs de l’empire et leurs principaux feudataires, se mêlant aux ouvriers, mirent eux-mêmes les mains à l’œuvre. On donna à la digue vingt mètres de large, on la construisit en pieux de dimensions colossales et en énormes quartiers de pierres, liés par un ciment indestructible et qu’il fallait aller chercher à trois ou quatre lieues de distance. Elle embrassa la lagune de Mexico en forme de demi-lune, courant du nord au sud et laissant entre elle et la ville un très-vaste espace destiné à servir de port intérieur à la capitale, et à séparer les eaux douces apportées par les ruisseaux du voisinage des eaux salées du lac L Cette digue fut terminée en moins de trois années (1449), et servit de lieu de promenade à la population de Tenochtitlan.

Quatre ans après l’inondation , une neige extraordi-

' On se rappelle que les eaux du lac de Tezcuco ou de Mexico-Tenoclititlan étaient salées comme celles de la mer.

naire tomba dans rAnahiiac; elle eut pour conséquences l’anéantissement de toutes les récoltes, une famine qui dura six ans, et une mortalité à la suite de laquelle les villes et les campagnes restèrent dépeuplées. Les trois chefs de l’empire firent tout ce qui dépendait d’eux pour venir en aide «à leurs sujets. Ils les dispensèrent de tout tribut, et leur firent distribuer le mais qu’ils avaient entassé dans leurs greniers durant les dix années précédentes. Le fléau n’en continua pas moins à sévir. Les prêtres, consultés sur ce qu’il y avait à faire pour apaiser les dieux, répondirent qu’Hiiitzilopocbtli était irrité parce qu’on ne lui offrait pas assez de victimes humaines, dont les cœurs devaient servir à sa nourriture. Il fut convenu alors, malgré les répugnances de Netzabualcoyotl, opposé par caractère à ces coutumes barbares, que f empire et ses alliés entretiendraient à époques fixes une sorte de guerre sacrée, régulière et perpétuelle, avec les républiques voisines de Tlaxcalla, de Huexotzinco et de Gholullan, afin qu’on pût toujours sacritier à la divinité des prisonniers, victimes agréables et fraîches, et que la jeunesse des trois royaumes lut ainsi constamment entretenue dans le métier des armes. Cette guerre, purement religieuse, devait avoir lieu dans les limites d’un terrain désigné à cet effet entre Quaubtepcc et Ocelotepec’, et ne jamais être entrepi ise dans un but de coiKpiétc.

Montézuma Ilhuicamina ne se borna pas à répai’er les désastres causés par l’inondation de li'iG, il étendit et embellit beaucoup la ville de Mexico, lit ériger un grand nombre de palais et d’édifices publics, commença la construction du temple d’Huitzilopochtli, qui ne fut achevé (pie par scs successeurs; établit plusieurs jardins, et enrichit la capitale d’une quantité de bassins et de fontaines, au moyen du grand aqueduc de Chapultcpec, qui y amena une masse d’eau très-considérable. Montézuma fut un protecteur éclairé

' On convint que toujours dans ces guerres on se combattrait à nombre

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