PREMIÈRE PARTIE
pays. Toutefois le secret de celte ligue ne tarda pas à être connu. La femme de Moquihuitzin , irritée des frerpientcs infidélités de son mari, s’enfuit à Mexico avec scs quatre enfants, et rendit compte à son frère de ce qui se tramait contre lui. Axcayacatl envoya des ambassadeurs à ses collègues, pour les avertir de cette révolte et leur demander du secours, leur représentant que si l’on ne réduisait pas les rebelles, l’empire se perdrait immanquablement. Les deux rois rassemblèrent leurs troupes et se réunirent aux Mexicains. La guerre commença; elle se termina au bout de peu de jours, par la prise de Tlatelolco, qui devint alors un faubourg de Tenocbtitlan. Moquihuitzin fut amené en présence d’ Axcayacatl, qui lui ouvrit la poitrine avec un couteau d’obsidienne, et lui arracha le cœur. On mit également à mort les chefs alliés de Tlatelolco, et on réunit leurs domaines à ceux de la couronne.
Le roi de Tenocbtitlan avait boiTeur du repos; il reprit bientôt le cours de ses conquêtes. Elles ne furent pas même interrompues par un tremblement de terre qui causa d’affreux dégâts dans l’Analiuac, y renversa un grand nombre d’édifices, et détacha des portions considérables de différentes montagnes. La victoire accompagna en tous lieux les armes d’ Axcayacatl ; il étendit beaucoup ses États. Ses triomphes furent célébrés avec éclat à Tenocbtitlan; il amena à sa suite, dans cette capitale, les divinités des pays conquis, pour augmenter la cour d’Huitzilopoclitli, et en fit ainsi le panthéon de f Anabnac.
D’immenses incendies, allumés soit par incurie, soit par malveillance, et qui dévorèrent une grande partie des forêts de la vallée, troublèrent la joie que de si constants succès avaient répandue dans fempire. Netzabualcoyotl , roi de Tezcuco , afin de prévenir le retour de semblables calamités, promulgua des lois très-sévères contre ceux qui se permettraient les moindres délits dans les bois de la couronne; les délinquants devaient être punis de
mort. Dès lors les incendies cessèrent, et, grâce à rexul)érante fertilité du sol américain, les forêts se repeuplèrent au bout -de quelques années.
Tandis qii’Axcayacatl occupait le trône de Mexico, Totoqiïihua, roi de Tlapocan, le Iroisième des souverains confédérés de l’empire, mourut, et son fils Chimalpopoca lui succéda. Netzahualcoyotl le suivit de près; sa mort arriva en l’année 1472. Ce prince, dont nous parlerons avec plus de détail dans notre prochain chapitre, avait été le plus grand et le plus clément des monarques de l’Amérique centrale depuis les temps de Quetzalcohuatl; tant qu’il vécut, il exerça sans contestation la prééminence dans le nouvel empire de l’Anahuac; après son décès, elle passa à la couronne de Mexico- Tenochtitlan, et y demeura attachée jusqu’à l’époque de la conquête espagnole.
Axcayacatl, grand guerrier et politique habile, mourut, jeune encore, après un lègue de douze ans (1481). Son frère aîné, Tizoc, lui succéda. Ce prince célébra son avènement par des fêtes qui durèrent quarante jours, et dont la magnificence, décrite par les chroniques nationales, dépassa tout ce qu’on avait vu jusqu’alors.
Les deux collègues du roi, tous les princes de l’empire et des contrées voisines, assistèrent à ces solennités. Le premier jour, Tizoc, assis sur un trône d’or massif que couvraient des peaux de tigre, reçut les hommages de ses vassaux. Des faisceaux d’armes décoraient le palais; le sol était jonché de fleurs et de plantes odorantes. Au milieu de la cour, on avait dressé, en tiges de bambou ornées de feuillages variés, un théâtre sui’iiionté de flèches dorées et d’un aigle aux ailes déployées, portant une couronne d’azur, perché sur un nopal et déchirant un serpent. Un grand nombre d’acteurs, dont les costumes étincelaient d’or et de pierreries, parurent sur la scène et célébrèrent dans leurs chants la puissance d’IIuitzilopochtli et la grandeur de Mexico. Des brasiers d’or dans lesquels on brûlait des parfums exapiis