‹ L'Empire MexicainChapitre 43 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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Ahuilzot], revêtu des insignes de la souveraine puissance,, avait fait distribuer de somptueux vêtements à tous ceux quÈ le composaient. Les membres du sacerdoce, portant le costume prescrit par le rituel, suivaient le roi, qu’accompagnaient également les grands dignitaires de l’État, armés de longs couteaux bien affilés, en pierre d’obsidienne. Arrivéau sommet de la pyramide qui portait le téocalli, Abuitzotl s’assit, à côté de la pierre du sacrifice, sur un siège orné de peintures symboliques, toutes plus hideuses les unes que lesautres. Lorsque cbacun eut pris sa place, des instruments au son lugubre , accompagnés du tintement des sonnettes et du bruit sourd des conques marines, donnèrent le signal du sacrifice, et l’on vit arriver sur un double rang, de quatre côtés à la fois, de longues files de captifs. Ils portaient des habits de fête et des coiffures en plumes. A mesure qu’ils arrivaient à la plate-forme du temple, quatre prêtres au visage barbouillé de noir de fumée, aux mains teintes en rouge, saisissaient la victime et Fétendaient sur la pierre fatale; Abuitzotl se prosternait, ouvrait la poitrine du captif, lui arrachait le cœur, le présentait aux quatre points cardinaux et le remettait aux sacrificateurs; ceux-ci le jetaient dans une sorte d’auge très-vaste, destinée à cet usage, et ap[)elée quauhxicaUi. Ces sacrifices abominables se répétaient sur un grand nombre d’autels.

Abuitzotl, quand il fut fatigué, passa le couteau au prêtrede Huitzilopocbtli ; lorsque les forces de celui-ci se trouvèrent épuisées, les autres membres du corps sacerdotal eurent leur tour. Ces horreurs se prolongèrent tant qu’il y eut des victimes. Les bisloriens indigènes affirment qu’on égorgea soixante mille prisonniers; Torquemada porte leur nombre à soixantedouze mille; d’autres écrivains \ à quatre-vingt mille quatre

' Don Fernaïul d’Alva Txtlilxochitl donne ce dernier chiffre, et ajoute r

Il y eut 16,000 \ictinies de la nation zapotèque, 24,000 de la nation tlapanèque, 16,000 de Iluètxol'zinco et Atlixco, et 24,400 de Tizauhcoac. — Ün sacrifia jdus tard d’autres captifs qui avaient été pris dans d’autres»

cents. Ces chiffres sont peut-être exagérés, mais il est incontestable que ce fut la plus hideuse boucherie humaine dont riiisloire nous ait tiansmis le souvenir; le sang ruisselait dans toutes les rues; les canaux et les bassins en étaient teints, et dès le second jour, une infection épouvantable, causée })ar la présence des cadavres et la pourriture des cœurs, se répandit jusque dans les faubourgs de la capitale et força beaucoup d’habitants à s’éloigner de Tenochlitlan. On enchâssa les têtes des victimes dans les vides que l’on avait laissés à dessein dans les murailles du temple. Celte affreuse décoration existait encore au moment où les Espagnols arrivèrent à Mexico.

Ahuitzotl combla ses principaux hôtes de présents avant de les congédier. L’effroyable exemple que venait de donner ce monarque trouva malbeureusement de nombreux imitateurs; tous les princes qui avaient assisté à ce grand acte de piété auraient cru manquer aux dieux et mériter leur colère en ne pas leur offrant, à leur tour, de semblables holocaustes.

Cependant Ahuitzotl, tout en continuant scs guerres, eut l’ambition d’illustrer son règne par quelque grande entreprise d’utilité ])uhlique. Depuis plusieurs années la sécheresse désolait les environs de Tenochlitlan. Le roi voulut mettie à jamais à l’abri de ce fléau les domaines du voisinage, et faire arriver dans sa capitale les eaux très-abondantes de la source d’Acuccuexatl; ces eaux, voisines dTluitzilopochco S dans la province de Coyohuacan, se déversaient dans la vallée de Toliica L Ahuitzotl oubliait que le lac de

guerres; de sorte qu’il y eut, dans le courant de l’année, plus de 100,000 victimes. Jamais, ni avant ni après le règne d’Ahuit/otl , on ne vit rien de pareil; outre les 100,000 captifs, on en sacrifia beaucoup encore pendant son règne, tant à Mexico, Tezcuco et Tlacopan, que dans les autres capitales des provinces soumises à l’empire. Le démon fit une grande récolte à cette époque, car le massacre ne fut pas moindre dans les provinces ennemies de la monarchie. »

' Signifie lieu dédié au dieu Huitzilopochtli.

* Nom dérivé de loUin, jonc ou glaïeul.

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