‹ L'Empire MexicainChapitre 44 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Tezciico, presque vide en temps de sécheresse, était sujet à se gonfler démesurément pendant les pluies. Le roi ne supportait pas la contradiction; il fit mettre à mort un seigneur de sa cour qui essayait de lui démontrer la témérité de son entreprise. On construisit un canal en maçonnerie, de la source à Mexico, et on en fit l’ouverture avec de grandes cérémonies religieuses. Mais la joie du succès fut de courte durée; il y eut une crue subite du lac; les eaux envahirent la capitale et les villes du voisinage, renversèrent un très-grand nombre de maisons et d’édifices publics, et firent une foule de victimes. Abuitzotl lui-même fut sur le point d’être noyé dans son palais; il échappa à grand’peine au désastre, et dans sa fuite pi’écipitée, il se fit à la tête une profonde blessure qu’on ne parvint jamais à cicatriser.

Fidèle à la coutume mexicaine, le roi fit immoler de jeunes enfants pour apaiser Tlaloc, le dieu des eaux, et chargea des ambassadeurs de réclamer l’assistance de ses deux collègues de l’Anabuac. Ils s’empressèrent d’arriver. Netzabualpilli ^ , fils et successeur de Netzabualcoyotl sur le trône de Tezcuco, aussi grand artiste que son père, amena à sa suite les architectes et les maçons de son royaume et de lai’ges bateaux chargés de matériaux de construction. Des prêtres, le corps peint en bleu, encensèrent la fontaine, accomplirent diverses cérémonies, sacrifièrent encore quelques victimes humaines, puis on se mit à l’œuviT, sous la direction de Netzabualpilli. On détruisit l’aqueduc auprès de la source, et on éleva un mur très-solide à son issue. Les eaux cessèrent d’arriver et l)aissèrent promptement. Alors seulement on put juger de l’étendue des dégâts : ils étaient immenses. Cependant les trois rois ne perdirent pas courage; ils firent venir une très-grande quantité d’ouviicrs; les temples, les palais, les maisons de

' Ce roi est appelé aussi Xetzahualpiltzintli; ce nom vient de vetzahua, jeûner, et piltzintli, enfant pour lequel on a jeûné.

la capitale et des autres villes ravagées par les eaux, sortirent de leurs ruines comme par enchantement. La pierre poreuse, mais solide, de tetzontli servit pour la reconstruction, et au bout de quelques mois Mexico -Tenochtitlan se présentait aux regards étonnés plus charmante et plus régulière quelle ne l’avait été avant la catastrophe. On eût dit 4me ville entièrement neuve, car on avait profité de la circonstance pour réparer, dans les différents quartiers, tout ce qui présentait quelque apparence de vétusté.

Ce désastre n’ arrêta pas le cours des expéditions guer- ^rières d’Ahuitzotl. Son humeur belliqueuse ne fatiguait pas ses peuples, parce que sa magnificence le portait à récompenser avec une royale prodigalité les services de ses officiers et de ses soldats; et lorsqu’on lui portait les tributs des nations vaincues ou vassales, tous ses sujets avaient part à scs largesses. Le roi mourut deux années après l’inondation de Mexico (1503), des suites de la blessure qu’il s’était faite à la tète lors de cette catastrophe L

Les deux rois et les grands de fempire se réunirent pour lui donner un successeur. Les voix se portèrent d’abord sur Maiiilmalinaltzin, aîné des fils légitimes du roi Axayacatl et ; gendre de Netzahualpilli. Mais ce dernier s’opposa à cette élection, parce que l’époux de sa lille ne lui parut pas réunir les qualités nécessaires pour une aussi haute dignité. Son iütluence sur les électeurs leur lit donc préférer Motecut- -zoma ou Montézuma II, fils puîné d’Axacayatl. Netzahual- |)illi eut lieu, nous le verrons, de se repentir de ce choix. Montézuma s’était déjà fait connaître à la guerre comme général habile, et au moment de son élection il exerçait les fonctions de grand prêtre d’Huitzilopo'chtli. C’était un -homme de taille moyenne, et qui, malgré son teint fort

’ Almitzotl laissa une nombreuse postérité. Plusieurs de ses descendants sont entrés par mariage dans de nobles familles espagnoles. L’un de ses fils , le célèbre Quauhtimotziu , devint plus tard l’adversaire le plus redoutable des Espagnols.

Page 1