CHAPITRE ONZIÈME
Continuation du précédent. — Fin du règne de Netzahualcoyotl.
Aussitôt après être remonté sur le trône, Netzahualcoyotl, voulant témoigner sa reconnaissance à la république de Tlaxcalla, sa fidèle alliée dans la guerre entreprise pour renverser l’empire tecpanèque, lui avait envoyé de riches présents en or, en pierreries, en étoffes, en plumes ; il avait même augmenté le territoire des Tlaxcaltèques, en prenant sur celui de son propre royaume de Tezcuco. Bientôt après les deux États conclurent un traité par lequel ils s’engagèrent à s’aider mutuellement dans l’occasion, et à ne jamais chercher à s’enlever leurs biens par guerre, violence ou dol. La république promit de fournir des secours au roi ou à ses descendants contre tous ceux qui pourraient se révolter, et de son côté le prince devait la protéger contre tous ses ennemis.
Sans avoir l’humeur guerrière des rois aztèques, Netzahualcoyoll avait donné dans sa jeunesse, on s’en souvient, des preuves de la plus éclatante bravoure. Bien, qu’il préférât les travaux pacifiques aux conquêtes, il s’associa plusieurs fois aux exploits des princes ses collègues, et il contribua à l’agrandissement de l’empire par diverses expéditions qu’il dirigea tantôt en personne, tantôt par ses généraux. Après avoir soumis tout ce qui avait fait partie de l’ancien royaume de Tezcuco, et forcé en tous lieux les rebelles à rentrer dans le devoir, il conquit la province de Teochtepec, y laissa une garnison suffisante et lui imposa un fort tribut; puis il s’empara avec les deux autres rois des États de Tlapacoya et de Tlancacautitlan , d’où les trois royaumes tirèrent de très-fort revenus. Au moment de la mort d’Itzcolmatl , roi de Mexico-Tenocbtillan (1440), une nouvelle expédition entreprise par Netzahualcoyotl et
Tofoquiliua, roi de Tlacopan, fut couronnée d’un iinniense succès et étendit les limites de l’empire du coté du sud et de l’est. A peine revenu dans sa capitale après cette guerre, Netzahualcoyotl lit attaquer la province de Guaxlèque ou de Panuco par deux de ses fils, auxquels s’était joint Xicotencatl, l’un des quatre chefs de la république de Tlaxcalla. Ces guerriers remportèrent une grande victoire; lin nouvel agrandissement de l’empire de l’Analiuac ne fut la conséquence.
Ajoutons encore, pour compléter cette indication trèssommaire des guerres et des conquêtes de Netzahualcoyotl, que la grande province de Chalco, qui précédemment déjà avait pris parti pour l’iisurpateur Maxtlaton, se révolta encore une fois. Les Chalcas poussèrent l’audace jusqu’à tuer deux des fils du roi et deux princes mexicains, fils d’Axayacatl, et à se servir de leurs cadavres pour porter les lumières qui éclairaient la salle où ils célébraient leurs danses nocturnes. Une telle insolence ne pouvait être tolérée. Netzahualcoyotl réunit les plus savants du royaume et les consulta; ils lui conseillèrent de faire un sacrifice très-solennel aux dieux pour apaiser leur colère et obtenir d’eux la victoire sur ses ennemis. Malgré sa répugnance, le roi se vit obligé d’offrir des victimes humaines à lluitzilopochtli, et ce fut à cette époque que l’on consiruisit dans l’enceinte du palais les temples consacrés aux dieux mexicains dont il a été question au chapitre précédent. Mais ces hideux sacrifices n’amenèrent aucun résultat; loin delà, trois des fils du roi qui commandaient son armée sur les frontières de Chalco ne faisant aucun progrès, Finsurrection des Chalcas prit de formidables proporlions. Alors Netzabualcoyotl se relira dans ses jardins de Tezcoizinco, offrit scs prières au Dieu inconnu créateur de toutes choses et composa à sa louange quelques-uns des chants sacrés dont nous avons parlé. Peu de jours après son fils Axoqiicntzin, âgé de dix-huit ans à peine, se rendit à l’armée