PREMIERE PARTIE
à ses amis dans un festin d’adieu. Il périt. Le roi fit alors sonder les dispositions d’Azcalxochitzin par une coiffeuse à laquelle elle confiait le soin de sa magnifique chevelure, et ayant appris qu’elles lui étaient favorables, il épousa sa cousine et lui donna le titre de reine. Don Fernand, en racontant cette histoire, ajoute que les maladies, la famineet les autres calamités qui affligèrent l’Aiiahuac et dont nous avons rendu compte précédemment, sévirent particulièrement dans le royaume de Tezcuco, et il les considère comme le juste châtiment du crime de Netzahualcoyotl.
Ce prince eut de son épouse un fils nommé Telzauhpilzintli % que la nature avait comblé de tous ses dons et qui était doué du caractère le plus aimable. Sans donner aucune peine à ses maîtres, il excella de très-bonne heure dans les arts et dans les sciences, et se distingua à la guerre dès sa première jeunesse. Aussi habile architecte ({ue son père, il se construisit un très-beau palais, auquel on donna le nom d’Aliuehuetitlan, parce qu’un cèdre magnifique croissait dans son voisinage De nombreux trophées d’armes composèrent la décoration des appartements de cette somptueuse demeure.
Au temps où le prince venait d’achever son palais, un des fils naturels du roi sculpta une pierre précieuse, lui donna la forme d’un oiseau, et offrit ce bijou à son père. Netzahualcoyotl, après l’avoir admiré, chargea un autre de ses bâtards, nommé Eiahu, de le remettre de sa part à son fils légitime. Tetzauhpilzintli reçut le présent avec reconnaissance, se réjouit du talent de son frère, mais ajouta qu’il vaudrait mieux, pour le service du roi, qu’il s’appliquât au métier des armes. Eiahu était fils de la concubine favorite de Netzahualcoyotl; cette femme baissait la reine légitime et l’héritier du trône, et cherchait à leur nuire en toute occasion. Inspiré par elle, Eiahu changea le sens des paroles
' Signifie enfant de mauvais augure.
^ Ahuehueil signifie cèdre.
(le Telzauhpilzintli lorsqu’il rapporta sa réponse au roi, et leur donna une signification offensante, qui indiquait l’intention de se révolter. Il affirma que son frère lui avait dit en recevant le bijou ; « Je ne m’occupe pas d’arts mécaniques comme celui qui a sculpté cette pierre, mais seulement de la guerre; car je veux conquérir l’imivcrs et devenir plus puissant que mon père. » L’accusateur ajouta qii’ensuite le prince lui avait fait voir sa demeure, qui était remplie d’armes.
Neîzahualcoyotl, ajoutant trop facilement foi à ce perfide rapport, chargea un de ses gentilshommes de vérifier le fait, et celui-ci vint lui dire qu’en effet le palais d’Ahuehuetitlan renfermait une grande provision d’armes. — Le roi n’eut alors plus de doute, et voulant empêcher la prétendue révolte, il fit venir à Tezcuco ses deux collègues, leur rendit compte de l’accusation, et les pria de faire au coupable les reproches que méritaient son crime et son orgueil et d’exécuter les lois sans égard pour son rang. Puis, ne voulant pas assister à cette scène, il se retira dans scs jardins de Tetzotzinco. Les deux princes commencèrent une instruction secrète, mais n’en prévinrent jias Tetzauhpilzintli, qui par conséquent ne put pas se justifier. Ils allèrent ensuite le visiter sous prétexte de voir son palais, et quelques capitaines de leur suite l’étranglèrent en feignant de lui jeter une guirlande de fleurs autour du cou. Le cadavre fut placé dans une salle avec tous les insignes de son rang, et les rois se reinharquèrent pour leurs capitales, et firent dire à Netzahualcoyotl qu’ils avaient rempli leur devoir et exécuté les lois. Ce deiaiier pleura amèrement lorsque la fatale nouvelle lui fut apportée; il se plaignit de la sévérité outrée de ses collègues, et se repentit de les avoir donnés pour juges à son fils; mais il crut toujours que la sentence avait été conforme à la loi, et n’eut point connaissance de la perfidie de sa concubine. La douleur du roi fut augmentée encore par la révolte de la