PREMIÈRE PARTIE
province de Glialco, dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre et qui eut lieu à l’époque du supplice de Tetzauhpiltzintli.
Netzaliualcoyotl, âgé alors de soixante et quelques années, n’avait plus d’héritier légitime et ne pouvait s’en consoler. Il se retira dans ses jardins, y passa quarante-cinq jours à jeûner et multiplia ses prières au Dieu inconnu créateur du ciel et de la terre. Il fut exaucé; la reine accoucha (1" janvier 1465) d’un fils auquel on donna le nom de Netzahual[»illi, c’est-à-dire enfant pour lequel on a jeûné, et qui devint tout aussitôt l’objet de la plus tendre prédilection de son père.
Don Fernand d’Alva Ixtlilxochitl rapporte, d’après les documents contemporains, différents traits de la vieillesse du roi; il en est dans le nombre que nous croyons devoir raconter, parce qu’ils font connaître le prince que l’on considère comme le plus sage de ceux qui ont régné sur l’Anabuac.
On n’a pas oublié qu’à la suite de fréquents incendies dans les forêts de la couronne, Netzaliualcoyotl avait promulgué plusieurs lois très-sévères qui interdisaient à tout le monde l’entrée des bois, et condamnaient les délinquants à la peine de mort. Or un jour que, suivant sa coutume, le roi était sorti déguisé en chasseur et accompagné d’un seul courtisan, pour savoir si on se plaignait de son gouvernement, il rencontra un pauvre enfant qui rentrait chez lui chargé d’un mince fagot ramassé à grand’ peine. « Pourquoi ne vas-tu pas dans la forêt? lui dit Netzaliualcoyotl; tu y trouverais i)lus de bois sec que tu n’en pourrais porter. — Je ne ferai jamais pareille chose, car le roi me ferait mourir, répondit l’enfant. — Mais qui est ce roi? lui dit alors son royal interlocuteur. — C’est un avare, répliqua le petit misérable, puisqu’il nous enlève ce que les dieux nous donnent à pleines mains. » Netzaliualcoyotl l’engagea en vain à désobéir, puisque personne ne le saurait; l’enfant se inR
•t'ii colère et lui dit : « Tu es un traître et l’ennemi de mes parents, puisque tu veux me pousser à une action qui leur coûterait la vie. » Le roi retourna au palais après avoir ordonné à son compagnon de lui amener le petit mendiant avec son père et sa mère. Ces pauvres gens arrivèrent pleins d’effroi, ne sachant pourquoi le puissant monarque de l’Anahuac les faisait venir. Lorsqu’ils furent en sa présence, ses majordomes leur remirent plusieurs charges d’étoffes et une grande quantité de mais et de cacao; puis le roi les congédia en remerciant l’enfant de la leçon qu’il lui avait donnée et de l’exactitude avec laquelle il observait les lois. Mais en meme temps il modifia les ordres ■précédemment donnés, et permit à chacun d’entrer dans les forêts et d’y ramasser le bois mort, à la condition de n’y jamais couper d’arbres.
Une autre fois, Netzahualcoyotl prenait le frais à un balcon
• donnant sur la place du marché; un bûcheron, accablé de fatigue, jeta à terre, au pied du balcon, la charge qu’il portait, s’assit dessus avec sa femme, et dit à celte dernière, après avoir contemplé la magnificence de la demeure royale : « Femme, le propriétaire de ce beau palais est heureux et rassasié; quant à nous, nous mourons de faim et de fatigue. — Tais-toi, lui répondit-elle très-eff rayée, si quelqu’un nous
•écoutait, 011 te punirait sévèrement. » Mais Netzahualcoyotl avait tout entendu. Il fit introduire le pauvre couple en sa présence, lui donna une certaine quantité d’étoffes, de
• cacao et de marchandises diverses, et lui dit : « Ne murmurez plus à favenir, car ici les murs ont des oreilles; si vous me croyez si heureux, c’est que vous ne connaissez pas la charge d’un empire. Allez maintenant; ce que je vous donne me suffirait, car qui a trop n’a rien. »
Netzahualcoyotl était si miséricordieux, ajoute notre historien, que très-souvent il observait les pauvres gens qui vendaient du sel, du bois et des légumes au marclié, et ajui avaient à peine de quoi vivre. Lorsqu’il voyait que kws