‹ L'Empire MexicainChapitre 54 sur 127 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

marchandises leur restaient, il les faisait acheter par ses majordomes au double de leur valeur, et ensuite il les distribuait à de vieux soldats blessés à la guerre, à des veuves et à des orphelins. Il employait à cet usage la plus grande partie des tributs. Dans les années stériles, il ouvrait ses greniers et ses coffres pour donner à ses sujets ce dont ils avaient besoin, et il leur remettait les impôts; car il était clément, libéral et magnanime, et en toüle occasion il s’occupait plus du bien général que de son intérêt particulier.

Le roi disait souvent en secret à ses enfants de ne pas croire aux idoles, et de ne les adorer en public que pour sauver les apparences. Plus avancé que tous ses compatriotes dans les sciences morales, il cherchait à connaître celui qu’il nomme, dans ses poésies, « le véritable Dieu, auteur de toutes choses, le Dieu qui nourrit toutes les créatures et qui demeure au-dessus des neuf deux, le Dieu auprès duquel vont ceux qui ont pratiqué la vertu, tandis que les coupables sont précipités dans les abîmes de la terre pour y souffrir d’horribles tourments». L’une de ces poésies, nommée Xompacuicall , c’est-à-dire Chant du printemps, contient un passage que l’on est tenté de considérer comme une prophétie; Netzabualcoyotl semblait entrevoir que la deslruction de l’empire de rAnabuac était prochaine et qu’un nouvel ordre devait s’établir sur scs ruines. Voici ce passage : « Ecoutez ce que dit le roi sur les malheurs qui aftligeront son royaume : O roi Yotonkin! quand tu auras quitté cette vie pour une autre, le temps viendra où tes vassaux seront vaincus et malheureux; c’est alors qu’en vérité le pouvoir ne sera plus dans ta main, mais dans celle de Dieu; c’est alors que tes entants et tes petits-enfants éprouveront mille maux, et qu’en pleurant ils songeront à toi, car ils seront orphelins, et serviront les étrangers dans leur propre patrie. C’est ainsi que tinissent les empires; la puissance ne dure pas longtemps; tout ce que nous croyons posséder dans cette vie ne nous est que prêté, et il faut

m L’EMPTRE MEXICAIN.

le quitter en un instant, comme d’autres l’ont quitté avant nous. »

Netzaliualcoyotl venait d’atteindre sa soixante et onzième année, et il y en avait quarante-deux qu’il gouvernait l’empire conjointement avec les rois des Mexicains et des Tecpanèques, lorsqu’il tomba gravement malade. Sentant que sa fin était prochaine, il appela un matin son fils Netzaliualpilli, âgé alors de sept ans, et. Payant pris dans ses bras, il le cacha sous le manteau royal; puis il fit introduire les ambassadeurs de Mexico et de Tlacopan, qui se trouvaient dans une salle voisine; lorsqu’ils furent repartis, il tira le petit prince de dessous le manteau, et lui ordonna de répéter ce que lui avaient dit les ambassadeurs et ce qu’il leur avait répondu; fenfant obéit sans hésiter ni se trompei*.

Le roi, s’adressant alors à tous ses fils, réunis dans la salle, et en particulier aux princes Itcanotlatoatl, Acapioltzin , Xocbiquetzaltzin et Ilccabuebuetziu , présidents des quatre conseils, leur rappela les peines qu’il avait supportées, les travaux de toute sa vie, et leur représenta qu’ils perdraient l’empire s’ils venaient à se désunir. Il ordonna qu’on punît de mort celui d’entre eux qui se révolterait, puis il ajouta en leur montrant Netzabualpilli : « A’oici votre prince et votre seigneur naturel; bien qu’il ne soit (ju’un enfant, il fera régner parmi vous la concoi’dc et la justice, car il est sage et prudent. Si vous lui obéissez comme de loyaux vassaux, il vous conservera vos domaines et vos dignités. Quand je serai mort, supprimez les lamentations et répétez des chants d’allégresse, alin de montrer votre grand cœur; les nations que j’ai soumises à femj)ire penseront ainsi qu’un seul de vous suftirait pour les tenir en sujétion. » S’adressant ensuite au prince Acapiolizin, dont le grand esprit et la loyauté lui étaient connus, il dit : « A dater de ce moment, tu es le père de cet enfant; tu lui apprendras à bien vivre; avec tes conseils, il gouvernera fcmpire; remplis sa place, et sois son guide jusqu’à ce qu’il

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