PREMIERE PARTIE
mille six cent sept pièces d’étoffes de différentes espèces, en bijoux d’or et en ornements de plumes, sans compter une prodigieuse quantité de maïs.
Mais cet accroissement de richesses ne consolait pas Netzahualpilli de n’avoir pu se mettre lui-même à la tête de ses guerriers. Il se plaignait de sa grande jeunesse, et s’exercait tous les jours au maniement des armes. Ne s’étant encore illustré par aucune action d’éclat, il ne voulait plus se faire servir avec pompe, ni se revêtir des insignes royaux, à moins d’y être forcé par ses instituteurs, lorsque les circonstances l’exigeaient. Au lieu de coucher dans son lit de parade, il s’étendait à terre enveloppé d’un manteau grossier, comme le dernier de ses serviteurs. Les annales du pays rapportent qu’il fut trouvé ainsi un matin par ses frères et quelques seigneurs, et qu’un de ces derniers l’ayant pris pour un j)age, le repoussa du pied et lui reprocha sa négligence. Netzahualpilli s’étant retourné, les princes et les grands du royaume lui firent d’humbles excuses et le placèrent sur son trône. Ils l’entretinrent d’abord des affaires publiques, puis ils passèrent aux représentations. « Vos sujets, lui dii’ent-ils, se plaignent de ce que vous n’ayez encore assisté à aucune bataille, car lorsqu’ils vont faire la guerre de concert avec les Mexicains et les Tecpanèques, ceux-ci se moquent d’eux et leur reprochent d’avoir pour roi un enfant efféminé. Nous avons gagné par nos exploits les urnemenls que nous portons sur la tête, aux oreilles et sur la figure, nos colliers de pierreries, les bijoux et les sandales d’or que nous avons aux pieds, les riches manteaux qui nous couvrent, ajoutèrent-ils; nous nous sommes rendus dignes des biens et des honneurs que nous possédons. — Je vous remercie du soin que vous prenez de mon honneur, répondit Netzahualpilli d’un air froid et sévère; si jusqu’à présent je n’ai assisté à aucune bataille, mon âge seul en est la cause. Mais j’espère que le Dieu créateur de toutes choses me donnera la force et le cou-
rage qui me sont nécessaires pour éviter à l’avenir de semblables affronts; j’assisterai en personne à l’expédition qui se prépare contre les provinces orientales. Quant à ceux qui se vantent d’avoir gagné les biens dont ils jouissent, je leur conserverai ceux qu’ils tiennent de la munificence de mon père ; je les augmenterai même avec joie s’ils continuent à me bien servir et à se conduire en vassaux fidèles. »
Les interlocuteurs du jeune roi baissèrent la tête et tirent silence, après avoir entendu ce discours.
En effet, bientôt après farinée tezcucaine, commandée par le roi en personne, soumit les provinces d’Abuilizapan S de Tototlan^ d’Oztoctipac % et d’autres encore situées à f ouest sur les côtes de la mer du Nord. Netzabualpilli se couvrit de gloire dans cette expédition; il vainquit plusieurs chefs célèbres, parmi lesquels se trouvait le valeureux Tetzabuitl, le plus puissant des seigneurs de la côte. Il mit des garnisons dans les lieux conquis, les partagea conformément aux lois de fempire et rentra à Tezcuco, où il fut reçu avec d’universelles acclamations .
Le jeune roi souilla son triomphe par un acte de cruauté. Cédant aux instances du corps sacerdotal, il fit reconstruire avec une magnificence extrême le temple d’IIuitzilopochtli ; et pour inaugurer le nouvel édifice, tous les prisonniers de guerre furent immolés sur l’autel de cette abominable divinité.
Netzabualpilli, qualifié peu de temps auparavant enfant efféminé, étant devenu un guerrier illustre, et voyant sa réputation établie sous ce rapport, put se livrer à de jiacifiques travaux, qu’il préférait aux émotions belliqueuses. Dès qu’il eut déposé les armes, il mit tous ses soins à assurer le bien-être de ses sujets, à améliorer la législa-
‘ Aujourd’hui Orizava. Clavigero (t. II, p. 254) dit que ce nom signiüe dans Veau du plaisir.
2 Vient de lototl , poule.
^ Au-dessus de la caverne; , caverne, et ticpac, au-dessus.