‹ L'Empire MexicainChapitre 58 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

lion , à veiller par lui-même à l’administration de la justice, à faire faire de nouveaux progrès au commerce et à l’industrie, et à embellir sa capitale et les autres villes du royaume en y construisant des temples, des marchés et divers édifices. Il fit ériger entre autres à Tezcuco un palais, moins grand, à la vérité, que celui de son père, mais infiniment plus magnifique et d’une plus belle architecture. De vastes jardins peuplés d’arbres des espèces les plus variées et de (leurs admirables rentouraient ; on voyait dans ces jardins des labyrinthes, des fontaines, des bains et de grands étangs alimentés par des aqueducs souterrains. Du palais dépendaient d’immenses greniers contenant chacun ([uatre à cinq mille fanègues de mais et d’autres grains que l’on mettait en réserve pour les années stériles. Un nombre })rodigieux de seigneurs, de nobles et de gens de service habitaient les palais de Netzahualpilli et de Netzahualcoyotl. Au dire de don Fernand d’Alva Ixtlilxocbitl, qui a eu entre les mains les anciens registres , on dépensait annuellement dans ces demeures royales 31,600 fanègues de maïs et 2,000 mesures de sel; 574,010 pièces des étoffes les plus précieuses étaient employées à l’habillement des serviteurs ou données en présents à la noblesse; tous ces objets provenaient exclusivement des provinces du domaine, car les tributs des lieux conquis se conservaient dans les magasins de Tezcuco et de Mexico pour être distribués aux enfants et aux parents du roi, et aux seigneurs qui se distinguaient au service de l’Etat.

Xetzahualpilli aimait passionnément l’étude, etil s’y livrait avec ardeur quand scs autres devoirs lui en laissaient le temps. Il cultivait la poésie, l’astronomie, la botanique, et personne ne connaissait mieux que lui les annales de l’Anabuac. Sa pénétration profonde, sa science et sa haute intelligence, le rendirent- très-jeune encore l’oracle de l’empire. On le crut doué de talents surnaturels, capable de lire l’avenir dans les astres et en rapport constant avec le

monde des esprits. Ses collè^ies prirent l’habitude de recourir à lui dans tous leurs embarras, et d’agir d’après ses conseils dans les circonstances difficiles *.

En l’année 1486, le roi de Tezcuco reprit les annes, et soumit la côte de Naubtla jusqu’à Panuco; puis il réunit ses forces à celles d’Ahuitzotl et de Gliimalpopoca, qui régnaient alors à Mexico et à Tlacopan. Les trois rois se dirigèrent vers le midi, et après une série de brillantes conquêtes ils soumirent la province de Ghiapa, qui leiii* opposa une vigoureuse résistance. Netzahualpilli revint de cette expédition chargé de dépouilles et suivi de 100,000 captifs. Il avait perdu lui-même 7,000 hommes seulement. Le roi marcha ensuite vers la province de Tizaulicoac, qui s’était révoltée contre l’empire, la châtia sévèrement, mit des garnisons dans ses principales villes, et en ramena 25,000 captifs.

Bientôt après Netzahualpilli dirigea contre Huexotzinco une expédition dont les historiens indigènes parlent en termes pompeux, et qui nécessite quelques indications préliminaires.

Huehuetl, seigneur de la province en question, était né le même jour et à la même heure que le roi. Les astrologues, en tirant l’horoscope des deux nouveau -nés, avaient annoncé que Huehuetl vaincrait un jour Netzahualpilli, mais que cependant on chanterait la victoire de ce dernier. La prédiction inquiétait les deux princes; j)lus tard ils devinrent ennemis. Le roi de Tezcuco se disposa en conséquence à marcher vers Huetzotzinco, mais quel-

' Xous avons eu occasion de dire que lors de la grande inondation de Mexico, causée par la présomption du roi Ahuitzotl, ce prince eut recours aux lumières de Xetzahualpilli pour réparer le dégât.

^ Les provinces conquises dans cette guerre et partagées entre les trois rois, suivant l’usage, furent les suivantes: Chimantla , Amaxtla, llua-stepec , Tlapan , Xoconuchco , Xoclitlan , Arnaxtlan , Zapoteca , haute et basse Misteca et Chiapa. Cette conquête fut une des plus importantes que tirent les trois chefs de l’empire.

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