PREMIÈRE PARTIE
l’une aux oiseaux de proie, l’autre à la collection complète des quadrupèdes, amphibies, reptiles et poissons de l’Amérique. Par un bizarre caprice, le roi y avait réuni un assemblage de bossus, d’estropiés, en un mot de toutes les difformités que peut présenter la natui’e bumaine. •
Autour des volières et des ménageries s’étendaient de superbes jardins dans lesquels on cultivait tous les arbres, toutes les fleurs, tous les végétaux que produit le sol américain. Des bocages toujours verts, des labyrintbes, des bassins de marbre et de porphyre aux eaux limpides et peuplés d’oiseaux aquatiques, donnaient un cbarme extrême à ces jardins.
Le roi avait arrangé avec une splendeur égale à celle du palais de Mexico sa résidence d’été de Eliapultepec, qu’entouraient d’immenses bosquets de cyprès. Ces arbres, plantés [)ar les souverains de Tenocbtitlan, servent de nos jours encore de lieu de rendez-vous aux ])romeneurs.
Au moment où Montézuma monta sur le trône, l’empire s’étendait jusqu’aux frontières du Yucatau et du Guatemala; mais le Micboacan et les républiques de Tepeaca et de Tlaxcalla, situés tous trois à petite distance de Tenocbtitlan, avaient su conserver leur indépendance. Montézuma résolut d’attaquer d’abord les Tlaxcallèques et de les forcer k devenir ses tributaires. L’armée mexicaine commandée par les meilleurs généraux et par Tlacabuepan, fils aîné du roi, croyait marcber à une conquête facile. Elle fut battue en deux rencontres. Tlacabuepan périt dans la mêlée, et les Tlaxcallèques, aidés des Cbicbimèques et des Otomies, conservèrent leur liberté, leur territoire, et leurs relations commerciales avec les contrées maritimes, relations dont le roi avait voulu les dépouiller. Ils restèrent, jusfiu’à l’époque de la conquête, ennemis mortels des Mexicains. Celte courageuse résistance enhardit le Micboacan et les républicains de Tepeaca ; ils tinrent tête à leur tour à Montézuma, et leurs limites ne furent pas entamées.
Plusieurs expédilions successives , dans lesquelles les Aztèques durent leurs succès au prince Quauhteinolzin C (jui devint quelques années plus tard le dernier cliainpion de riudépendance américaine, consolèrent le roi de ces revers. Les Miztèques et les Zapotèques, qui s’étaient révoltés contre la suprématie exercée par l’empire de l’Analmac, lurent complètement défaits. Les années aztèques attaquèrent meme des frontières du Guatemala, prirent plusieurs j)laces fortes du pays et firent un très-grand nombre de prisonniers. Elles se portèrent également dans le AAicatan, et guerroyèrent avec les petits États entre lesquels s’était fractionnée rancienne monarchie des Mayas L Le royaume de Mexico-Tenoclititlan , alors déjà si près de sa ruine, jetait son dernier éclat, et prit sa plus grande extension au moment où il allait disparaître à jamais. Le roi inaugura de nouveaux temples à l’occasion de chacune des victoires de ses armées, y déposa de riches offrandes et fit immoler plusieurs miirrers de captifs.
En l’année 150G, quatrième du règne de Montézuma II, on célébra pour la dernière fois à Mexico la fête du renouvellement du feu sacré, désignée sous le nom de Toxiuhmolpil'ia.
Les peuples dé l’Amérique centrale croyaient la durée du monde fixée par périodes de cinquante-deux ans, à la suite (le chacune descpielles il était exposé à périr, à moins (|ue les dieux ne lui accordassent un nouveau ejele, et cette faveur était manifestée à la terre par l’envoi du feu nouveau.
Des cérémonies et des pratiques fort extraordinaii’es accompagnaient cette fête. La veille du grand jour, on brisait, dans l’attente de la fin du monde, tous les ustensiles et vases de terre en usage. Les femmes enceintes et les enfants
’ Plus connu sous le nom de Guatimozin, que nous lui donnerons désormais.
2 Voy. ci-dessus, ch. ii.