PREMIÈRE PARTIE
se couvraient le visage de masques, on les enfermait dans les greniers et on les empêchait de s’endormir, de crainte qu’ils ne fussent métamorphosés, s’ils se livraient au sommeil, les premières en hêtes féroces, les seconds en souris. On éteignait les feux en tous lieux ; il n’en devait pas rester une étincelle. A l’entrée de la nuit, les chefs des collèges de prêtres se revêtaient des ornements de la divinité au culte de laquelle ils étaient attachés, de manière à représenter le dieu lui-même. Le roi, le corps sacerdotal, les ministres, les grands du royaume, se rendaient ensuite processionnellement au temple, suivis d’une foule recueillie, silencieuse, terrifiée, et persuadée que si le feu nouveau ne jaillissait pas à minuit, le soleil, la lune et les étoiles s’éteindraient et annonceraient ainsi l’anéantissement de la race humaine et la destruction de toutes choses.
En l’occasion dont nous parlons, Montézuma se mit en marche de façon à arriver au lieu du sacrifice un peu avant l’heure voulue. La population, anxieuse et serrée, couvrait les terrasses des maisons et les collines du voisinage. Tous les regards se tournaient vers le lieu d’où le feu nouveau devait jaillir. Le prêtre du quartier dit de Copolco, chargé de produire la première étincelle, marchait en tête du cortège et commençait à frotter l’un contre l’autre les deux petits hâtons qui devaient s’enflammer. Arrivés au sommet de la pyramide du dieu Tlaloc où s’accomplissait la cérémonie, les sacrificateurs couchèrent sur la pierre fatale la plus noble des victimes ennemies destinées à être immolées; le pontife de Tlaloc lui ouvrit la poitrine et lui arracha le cœur. xVu même moment le prêtre de Copolco étendit les deux morceaux de hois sur la plaie béante et le feu en jaillit. Dès qu’on vit s’élever la flamme, une ivresse délirante succéda à la terreur générale, un immense cri de joie retentit dans la ville entière, fut répété dans les environs et fit parvenir l’heureuse nouvelle aux cités du voisinage. On mit aussitôt le feu à un immense bûcher préparé à l’avance;
d’agiles courriers porteurs de torches allumées partirent dans tontes les directions; on transporta également la flamme sacrée au sanctuaire de Hnitzilopochtli et aux autres temples de la capitale, enfin on alluma des feux de joie dans les rues, sur les places, dans les maisons des grands et des gens du peuple.
Les réjouissances durèrent plusieurs jours et furent accompagnées d’une nombreuse immolation de captifs.
Montézuma dut reprendre les armes aussitôt après les fêtes; car à cette époque, un sourd mécontentement agitait les peuples tributaires, beaucoup de petits États cbercbaient à échapper à l’oppression du vainqueur, et la terreur était le seul lien qui attachât encore à l’empire les différentes nationalités qui s’y trouvaient réunies. Arrivé à l’âpogée de sa puissance, il -coinmençait à déchoir; l’ambition du roi de Mexico précipita sa décadence en détruisant les conventions sur lesquelles reposaient la grandeur et la force de la monarchie, et il est à présumer que, même sans l’arrivée des Espagnols, elle aurait eu bientôt un destin semblable à celui de l’ancien empire toltèque, et serait tombée en dissolution.
Mais avant de rendre compte des événements qui précédèrent immédiatement l’invasion étrangère, nous devons interrompre notre récit })our nous occuper de la religion, des mœurs, du gouvernement et de l’industrie des peuples de l’Aiiabuac, en un mot, de tout ce qui a rapport au genre et au degré de leur civilisation. >