‹ L'Empire MexicainChapitre 66 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les populations de l’Amérique centrale, tout en ayant conservé la vague notion d’un dieu supérieur, créateur et éternel, désigné sous le nom de Teotl, avaient un Olympe aussi nombreux que celui des Grecs et des Romains.

Il paraît, au rapport des légendes les plus anciennes et malheureusement aussi les plus obscures, que durant la période civilisée qui précéda les invasions successives des bordes barbares du nord, les liabilants de l’Anabuac joignaient à l’idée d’un Élre suprême * le culte du soleil et de la lune, auxquels ils offraient des fleurs, des fruits et les prémices de leurs champs. Les plus antiques monuments du pays, tels que les pyramides de Teotihuacan, étaient incontestablement consacrés à ces astres; l’illustre Quetzalcohiiatl rétablit ce culte primitif pendant ses règnes gloi ieux. Cette religion plus douce et plus pure fut abolie de nouveau lorsque Huémac renversa successivement les deux trônes de ce roi. Elle s’effaça plus complètement encore après l’invasion des différentes hordes cbicliimèques et aztèques. C’est probablement à l’inllueuce de ce dernier peuple que se rattachent l’adoration du dieu hideux et insatiable qui se repaissait de cœurs humains, et toutes les pratiques épouvantables et superstitieuses dont nous aurons à rendre compte.

Arrêtons-nous d’abord à la fiction cosmogonique des destructions et des régénérations successives de l’univeis adoptées par les peuples de l’Anabuac. Don Fernand d’Alva Ixtlilxocbitl, Sahagun , Torquemada, Gomara et Clavigero entrent à ce sujet dans de curieux détails sur lesquels les savants travaux de M. de Ilumboldt ont jeté une grande lumière.

D’après la croyance mexicaine, quatre soleils, successive-

' Cet Être suprême et invisible , qui vit par lui-même , et par lequel vit aussi tout ce qui existe, n’avait ni culte, ni temple, ni autel. Les hommages et les prières s’adressaient aux autres divinités, plus matérielles, émanées du Dieu créateur, et qui lui faisaient cortège.

ment éteints, avaient constitué quatre âges et précédé l’astre qui éclaire actuellement le monde. A la fin de chacun de ces âges, qui formaient un total de dix-huit à vingt mille ans, l’espèce humaine avait été anéantie, sauf un seul couple, d’al)ord par les tremblements de terre , ensuite par uu embrasement général, en troisième lieu par des ouragans, enfin par une inondation; c’est-à-dire par les quatre éléments, la terre, le feu, l’air et l’eau. Lors du premier cataclysme les hommes moururent de faim, ils furent changés en oiseaux au temps du deuxième, en singes au troisième, en poissons au quatrième. Goxcox ou Tezpi, le Noè du nouveau monde, sa femme Xochiquetzal et leurs enfants, réfugiés dans une barque fort grande avec les animaux et les graines dont la conservation était précieuse au genre liinnain , échappèrent seuls au dernier désastre et abordèrent au pic de Culhuacan, l’Ararat mexicain. La colombe suivant les uns, le colibri d’après les autres, mis en liberté par Coxcox, revint à l’arche avec le rameau verdoyant, pour annoncer au patriarche la fin du déluge. D’autres réminiscences de la Genèse, telles que la construction de la tour de Dahel et la confusion des langues, se trouvent également parmi les croyances des nations de PAinérique centrale, mais altérées et mêlées à des failles.

Retraçons maintenant quelques-uns des traits les plus saillants de la mythologie de ces peuples*. Au nombre de leurs dieux, il s’en trouvait un rejirésenté sous l’iniage d’un homme éternellement jeune, et que fou considérait comme le symbole du Dieu suprême et mystérieux. 11 en était deux autres, veillant sur les' mortels du haut d’une cité céleste et chargés d’exécuter leurs vœux. L’air, la terre, le feu et l’eau

' Nous nous bornons nécessairement à donner ici quelques indications propres à faire apprécier le degré de civilisation et de développement intellectuel et moral des peuples dont nous nous occupons. L’exposition complète de leur système mythologique exigerait uue élude à part, et nous entraînerait fort loin au delà des limites que nous devons nous imposer.

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