PREMIÈRE PARTIE
avaient leurs divinités particulières. La femme serpent, femme féconde, et qui ne mettait au monde que des jumeaux, était adorée comme la mère du genre humain. Le soleil et la lune avaient leurs autels. Diverses divinités présidaient aux phénomènes de la nature, au Jour, à la nuit, au brouillard, au tonnerre, aux moissons, aux montagnes, etc. Les âmes, le séjour des morts, les guerriers, les chasseurs, les marchands, la pêche, l’amour, l’ivresse, la médecine, les fleurs, etc., etc., avaient leurs dieux spéciaux. Une foule de héros et de rois illustres, dont l’apothéose avait été décrétée, prenaient place dans ce vaste panthéon, où siégeaient en outre deux cent soixante divinités de rang inférieur, à chacune desquelles cependant l’im des jours de l’année était consacré. Enfin, chaque ville, chaque famille, chaque individu, avait son protecteur céleste auquel il rendait un culte.
Le nombre des temples répondait à celui des dieux; on en trouvait partout, dans les villes, dans les champs, dans les bois, le long des chemins, et tous ils avaient des prêtres chargés de les desservir L
Celte mythologie compliquée était commune à toutes les nations de l’Anabuac, même à celles que l’empire n’avait pas pu soumettre et avec lesquelles il était en lutte; seulement chaque pays avait son dieu de prédilection qui était pour lui ce que Huitzilopochtli, le dieu de la guerre, était pour les Aztèques.
L’un des grands dieux présidait spécialement à chacun des mois de l’année; on célébrait en son honneur des fêtes, de grands ballets, des processions, des sacrifices, réglés de la façon la plus minutieuse par un rituel dont on ne s’écartait jamais. En plusieurs occasions, les prêtres faisaient une image du dieu en ])àtede farine mêlée au sang des victimes,
' Zurnarraga , premier évêque de Mexico , affirme que les seuls franciscains détruisirent 22,000 temples en huit ans, Torquemada dit qu’il y en avait plus de 40,000 dans l’empire.
la revêtaient de superbes ornements, l’adoraient, l’encensaient, lui rendaient les plus g-rands hommages et Unissaient par la manger.
Tlaloc, dieu des eaux, principe de la fécondité dans des pays exposés à de fréquentes sécheresses, était particulièrement vénéré au commencement de l’année ; on noyait ou on sacrifiait en son honneur de pauvres enfants tenus en cage comme de petits oiseaux. A l’occasion de l’une des fêtes principales de cette divinité, ses prêtres parcouraient les campagnes, à certains jours fixes, dévalisaient les passants, les magasins royaux, les percepteurs des impôts qui leur tombaient sous la main, et tuaient ceux qui osaient leur résister, sans que la loi permît de les punir, à quelque excès qu’ils se fussent livrés.
A la fête de Xipe, dieu des richesses et des orfèvres, les prêtres écorchaient vifs quelques prisonniers de g’uerre; puis, couverts des peaux de leurs victimes, ils parcouraient les rues en jetant d’épouvantables cris et en violentant les passants pour en recevoir des aumônes.
On se préparait à célébrer la fête de la' déesse qui féconde la terre, par des jeûnes, des abstinences et des llagellations. Le sang de jeunes gens des deux sexes, massacrés de la façon la plus barbare, après avoir été promenés d’abord au milieu des Heurs et des guirlandes, devait attirer sur les moissons les bénédictions de celle qui y présidait.
Des petits garçons de trois, six et sept ans, étaient condamnés à mourir de faim dans de profondes cavernes, en riionneur de la divinité des montagnes.
La fête de Tetzcatlipoca, ou de la pénitence, se célébrait le cinquième mois. Un prêtre sortait du temple et parcourait les rues en jouant de la flûte. Au son de cet instrument, les pécheurs se jetaient à terre, pleuraient, se frappaient la poitrine et avalaient des poignées de poussière. Le plus beau des prisonniers de guerre servait de victime expiatoire pour tout le monde, car le sang humain devait couler à l’occasion