PREMIÈRE PARTIE
de toutes les solennités religieuses. Pendant l’année qui précédait le jour de son sacrifice, toutes les joie , toutes les voluptés, tous les plaisirs étaient prodigués à ce même prisonnier. On lui laissait une apparence de liberté; quatre des plus belles femmes de l’Anabuac étaient attachées à son service; on s’empressait de satisfaire ses moindres désirs, de le fournir de vêtements magnifiques; les mets les plus recherchés paraissaient sur sa table, et lorsque l’heure fatale arrivait, le grand sacrificateur s’approchait de lui avec tous les égards possibles, et le tuait respectueusement. Les grands seigneurs de Mexico réservaient pour leurs tables les doigts et les bras de la victime.
Les fêtes de Huitzilopochtli étaient toutes accompagnées d’bécalombes humaines. Ce dieu se trouvait au nombre de ceux en fbonneur desquels les prêtres fabriquaient les statues de pâte dont nous venons de parler. La statue de HuitzP lopoclitli devait être de grandeur humaine, composée de farine de mais, de fruits et de légumes pétris avec le sang d’enfants immolés, et revêtue de tous les insignes du dieu de la guerre. On la faisait sécher soigneusement, puis on la consacrait. Alors on célébrait tous tes jours, pendant un mois, des ballets autour de f image; tous les jours aussi on sacrifiait un nombre plus ou moins considérable de prisonniers et de cailles en son bortneur. Le dernier jour du mois, on allait processionnellement dans les villages voisins -de Tenochtitlan; on revenait à la nuit; les prêtres passaient cette nuit en veille, puis au point du jour ils portaient, en présence du roi, la statue dans la grande salle du temple et l’iin des membres du sacerdoce lui tirait une flèche à la place du cœur en criant : Le dieu est mort. L’image était ensuite divisée en deux parties égales, destinées l’une à Tenoohtitlan, l’autre à Tlatilolco, puis subdivisée en un nombre infini de parcelles distribuées dans les différents quartiers de la capitale, de façon que chacun participât à cette grande communion.
A la fête de Tetcoïnan, la mère des dieux, on immolait une jeune vierge. De vieilles matrones passaient la journée entière à danser autour d’elle et à l’exciter au courage; le soir venu, elles lui tranchaient la tête.
Lorsque l’on célébrait la fête du dieu du feu, chacune des victimes avait son parrain, choisi parmi les personnes de distinction. Ce parrain passait la journée à manger, à boire et à danser avec le patient autour d’un grand bûcher, dans lequel il finissait par le jeter; mais il l’en retirait promptement, afin qu’il pût être sacrifié vivant.
L’anniversaire de farrivée des dieux, qui tombait sur le douzième mois, était une des plus grandes solennités de Tannée. On jonchait les rues de fleurs et de verdure, on garnissait de branches d’arbre le devant des maisons, et on brûlait plusieurs jours de suite un certain nombre de prisonniers.
Le calendrier ou le rituel de TAnabuac indique un grand nombre de fêtes, outre celles dont nous venons de parler. Nous ne nous y arrêterons pas, pour éviter de fastidieuses redites; il nous suffit de répéter que de hideux sacrifices humains constituaient en toute occasion l’acte principal du culte, mais qu’on observait à chaque solennité quelques usages jiarticuliers dont la signification allégorique nous est inconnue; au fond de tnutes ces abominations, on trouve la croyance à la nécessité de l’expiation.
Nous avons donné déjà, à propos de Tinauguration du temple de Huitzilopochtli à Mexico, quelques indications sur la manière dont se pratiipiaieiit la |)lupart des sacrifices humains; l’importance attachée à ces sacrifices dans l’empire de TAnabuac nous oblige à surmonter notre répugnance, et à entrer encore dans quelques détails à ce sujet.
Habituellement la victime était pompeusement parée, revêtue des attributs du dieu auquel elle devait être immolée, et pendant la journée qui précédait l’heure du sacrifice,