‹ L'Empire MexicainChapitre 69 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

elle assistait aux divertissements, aux fêtes, aux jeux et aux danses de ses bourreaux. Lorsque le moment fatal arrivait, on la dépouillait de ses vêtements, on lui liait les mains et la faisait monter à la plate-forme du temple; puis les prêtres l’étendaient sur la pierre du sacrifice, gros bloc de jaspe vert, long de cinq pieds et convexe à sa partie supérieure, de façon à faire bien ressortir la poitrine. Quatre d’entre eux lui retenaient les jambes et les bras , le cinquième lui fixait le cou au moyen d’un instrument de bois fait en forme de faucille ou de serpent. Enfin le grand sacrificateur s’approchait : il portait une sorte de chasuble, ou de grand scapulaire de couleur rouge; ses oreilles étaient ornées d’anneaux d’or enrichis d’émeraudes; il avait une turquoise à la lèvre inférieure, des plumes jaunes et vertes sur la tète, un long couteau d’obsidienne à la main. Après avoir montré aux assistants l’idole à laquelle il allait saciâtier, et les avoir engagés à lui adresser leurs vœux et leurs prières, il ouvrait la poitrine de la victime, lui arrachait le cœur, le présentait aux quatre points cardinaux, l’introduisait dans la bouche du dieu, lui en frottait les lèvres et le réduisait ensuite en cendres. Quand la victime était un pi’isonnier de guerre ou un esclave, on lui coupait la tête et on jetait le corps au bas du grand escalier du' temple. Ceux (pii avaient fourni le prisonnier ou l’esclave emportaient le cadavre chez eux pour en faire un festin avec leurs amis.

Quelquefois, lorsqu’il s’agissait d’un captif de rang élevé et célèljre par sa valeur, une sorte de combat singulier avait lieu. Le prisonnier, armé d’une épée et d’un bouclier, était attaché au moyen d’une corde lâche à une espèce de roue en pierre. Celui qui l’avait amené, muni des mêmes armes, entrait en lutte avec lui. Le captif, s’il demeurait vainqueur, recevait le titre et les honneurs de son adversaire, lequel était sacrifié à sa place.

Toutes ces horreurs se retrouvaient, à quelques différences

près, chez la plupart des nations de l’Amérique centrale. Les Othomis vendaient la chair des victimes au marché, comme un mets sancliüé. Les Zapotèques immolaient des hommes aux dieux, des femmes aux déesses, des enfants à certaines divinités naines. Les Tlaxcaltèques tuaient à coups de llèches des hommes suspendus à des arbres fort élevés, ou bien encore les attachaient à des poteaux pour les } assommer avec des massues. Les Qualliltèques célébraient tous les quatre ans une grande fête en l’honneur du dieu du feu. La veille de la solennité, ils plantaient six arbres dans le parvis intérieur du temple et immolaient deux esclaves; ils dépouillaient les cadavres de leurs peaux et en détachaient les côtes. Le jour même de la fête, deux des i)rincipaux prêtres se revêtaient des peaux sanglantes, prenaient les cotes à la main et montaient l’escalier du temple en jetant d’affreux hurlements. Le peuple assemblé aux pieds du sanctuaire applaudissait et s’écriait : Voici nos dieux qui arrivent. Ensuite les prêtres dansaient jusque vers la fin du jour sous les parvis sacrés, et les assistants leur apportaient un grand nombre de cailles poulie sacrifice. Les membres du sacerdoce montaient alors sur les six arbres fraîchement pbntés et y liaient autant de prisonniers de guerre, que le peuple tuait à coups de llèches. Les prêtres faisaient une seconde ascension sur les arbres et en préci[)itaient les six cadavres; on leur arrachait le cœur; leur chair et celle des cailles étaient distribuées aux assistants, et de hideux festins terminaient la solennité.

Détournons les yeux de toutes ces abominations. Par une contradiction aussi bizarre qu’inexplicable, on trouvait dans l’Anabuac, à côté des supei stitions les jilus effroyables, certains principes moraux, certains usages, qu’on eût dits empruntés à nos livres saints.

Ces mêmes prêtres qui massacraient des victimes humaines à l’occasion de toutes les fêtes religieuses vivaient dans la pratique continuelle des plus grandes austérités;

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