PREMIERE PARTIE
est douloureuse et remplie de misères. Tu mangeras ton pain au prix de ton travail. Que Dieu te vienne en aide dans les nombreuses adversités qui t’attendent! » Alors seulement la sage-femme complimentait les parents de l’enfant. Le père donnait à son fils, s’il était noble, un petit habit de guerrier, un arc et quatre flèches; s’il était arlisan, les instruments de sa profession; à sa fille, un vêtement de son sexe et un fuseau. Puis on allumait une quantité de feux qu’on entretenait avec soin pendant quatre fois vingt-quatre heures. L’accoucheuse portait encore l’enfant sur un tas de feuilles établi dans la cour de la maison, à côté d’un vase d’eau; elle le dépouillait de ses vêtements en disant : « Les dieux Ometeuctli et Omecihuatl font envoyé dans ce triste et malheureux monde; reçois cette eau qui doit te donner la vie. » Elle lui lavait ensuite tous les membres, en prononçant ces paroles : « Où es-tu, fortune ennemie? sors de cet enfant. » Et elle les accompagnait de prières adressées à différentes divinités, afin qu’elles douassent le nouveauné de toutes les vertus. Ces mêmes cérémonies se renouvelaient au bout de quatre jours et au moment du sevrage.
Les femmes accouchées dans l’année devaient se purifier et présenter leur enfant au temple le jour de la fêle de la déesse Tetcoïnan, mère des dieux. Elles préparaient à cet effet une offrande pour le temple, des présents pour les personnes qui les y accompagnaient, et des gâteaux composés de farine de mais et de miel. La cérémonie de la purification avait lieu le soir; le prêtre prononçait certaines oraisons sur les femmes; puis, armé d’un couteau neuf d’obsidienne que la mère lui remettait, il faisait aux garçons une légère incision au prépuce et à l’oreille, aux filles, une petite blessure à l’oreille.
Il est une autre coutume de ces peuples, plus remarquable encore et plus opposée à leur culte sanguinaire que toutes celles précédemment signalées; on la dirait empruntée au christianisme, dont cependant les habitants du nouveau
L’EMPIRE MEXTCAL\.
inonde semblent n’avoir pas eu la moindre notion L La confession auriculaire, quoique non oblig:atoire, était en usage chez ces-nations, parmi les Mexicains surtout, mais elle ne pouvait se faire qu’une fois dans la vie. Habituellement, les vieillards ou les moribonds dont la conscience était tréschargée demandaient à se confesser. Les premiers se rendaient au temple, les seconds faisaient venir un prêtre qui leur inspirait de la coiitiance. Celui qui pouvait aller au temple commençait, quel que fût son rang, par balayer la })lace où le prêtre devait étendre sa natte pour s’asseoir; il préparait le brasier, et le confesseur, obligé au secret le plus absolu, y jetait quelques grains d’encens et faisait jurer solennellement au pénitent de dire toute la vérité. Celuici, avant de commencer, prononçait la foianule suivante*; « Notre Seigneur et notre Dieu, toi qui reçois et protèges tout le monde, entends mes crimes et ma pourriture. En ta présence, je me dépouille et je rejette au dehors toutes mes turpitudes; je sais que déjà elles te sont connues, puisque tu connais toutes choses. » Puis il faisait sa confession. Le prêtre lui donnait l’absolution en ces termes : « Seigneur miséricordieux, vous qui connaissez le secret des cœurs et qui savez (pie ce malheureux n’a pas péché avec une entière liberté, mais par l’inclination du signe sous lequel il est né, pardonnez-lui en faveur de son repentir et de ses larmes; que votre indignation s’apaise, et (pie le ])ardon, l’indulgence et la rémission de tous les iiécbés descendent sur lui comme les eaux pures du ciel, pour laver les taches de son
' 'noaucouiurautoiirs espagnols, tels ({ue Garcia, 'l’oniueniada et Sahagun, soutiennent que le christianisme a (}té prtVhé en Amérique dès le conunencement de notre ère, veulent reconnaître l’apdtre saint Thomas dans le premier Quetzalcohuatl , et se livrent à ce sujet à de longues dissertations <iui nous semblent ne pas soutenir la crithiue. Parmi les symboles (lue vénéraient les habitants de PAméri(iue centrale, h's comiuérants esj)agnols ont trouvé, à la vérité, la ligure de la croix, mais aucune idée de salut ni de rédenqdion n’y était attachée; ce fait n’a donc(iu’une importance secondaire.