‹ L'Empire MexicainChapitre 75 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à danser, — car la danse jouait un grand rôle dans les cérémonies du culte, — et on les formait au métier des armes. La jeune noblesse fréquentait les collèges supérieurs; on y enseignait les mêmes choses que dans la classe inférieure. En outre, on chargeait les enfants de mêler les couleurs dont les prêtres se servaient pour se teindre le corps et même la figure et pour colorier les objets destinés au culte; ils chantaient, jouaient de divers instruments; on leur enseignait l’art de lire et d’écrire en caractères hiéroglyphiques, les lois, l’histoire, la philosophie, la rhétorique, la poésie, l’astronomie, l’astrologie et la religion. De même que les temples, les écoles étaient richement dotées en biens immeubles.

Quant aux filles, elles étaient élevées dans la maison paternelle, par leurs mères, ou par des gouvernantes; elles apprenaient toutes, sans en excepter celles du plus haut rang, les ouvrages particuliers à leur sexe; souvent aussi, on leur enseignait l’art de l’orfèvrerie, de la bijouterie, de l’émail et de la taille des pierres fines; heaucoup d’entre elles y excellaient.

ATvant sous un climat tempéré, et dans leciuel les grands froids sont à peu près inconnus, les habitants de l’Anabuac étaient peu vêtus : les hommes du peuple portaient habituellement un simple caleçon, fort exigu, et appelé maxtli; souvent ils y ajoutaient une pièce d’étoffe tissuc en coton, en poil de lapin ou en fil d’aloès ; ils se la jetaient sur les épaules en forme de manteau et la rattachaient sur la poitrine ; des feuilles d’aloès, taillées en forme de semelles, leur servaient de chaussures. Les femmes des classes inférieures portaient une blouse sans manches, fixée à la taille par une ceinture. Les vêtements de la noblesse et des riches marchands étaient de la même coupe à peu près que ceux des gens du peuple; mais les hautes classes faisaient usage d’étoffes fines, de broderies, d’ornements en plumes et de bijoux.

Dans l’Anahuac, on se mariait jeune; les célibataires y étaient méprisés, à moins qu’ils ne se fussent voués au culte

L’EMPIRE MEXIEAIX.

des autels. Le jeune homme qui n’était pas marié à vingtdeux ans passait pour vieux garçon, et les tilles ne voulaient plus de lui. L’àge ordinaire du mariage pour les femmes était dix-huit ans.

Les peintures aztèques de la collection da Mendoza nous font connaître les cérémonies qui accompagnaient les mariages. C’était habituellement une matrone respectable de la famille du futur que l’on chargeait de la négociation. Plus le rang des familles était élevé, plus cela traînait en longueur *. Lorsque entin l’on était tombé d’accord, la matrone allait prendre la fiancée pour la conduire à son nouveau domicile; des amis, quelques parents, des joueurs d’instruments l’accompagnaient, et quatre femmes, tenant de longues torches en bois de pin, éclairaient le cortège. Le futur, son père et sa mère attendaient la fiancée à la porte de leur demeure, la complimentaient, l’encensaient et fintroduisaient dans une salle où les personnes invitées à la noce se trouvaient réunies. Les fiancés prenaient place sur une natte étendue au milieu de la salle, et le prêtre nouait un des pans de la robe de la jeune tille avec le manteau du jeune homme; c’était l’acte qui consacrait l’union. Quatre vieillards, deux pour chaque sexe, servant de témoins aux mariés, venaient ensuite leur adresser des discours sur les devoirs de leur nouvel état, et on brûlait du copal en l’honneur des dieux. Le jeune couple assistait, sans y prendre part, au repas de noces, et il passait dans le jeûne et la continence les premiers jours du mariage. Quatre jours après la première cérémonie, on se rendait au temple pour oflVir aux dieux protecteurs de la famille la natte sur laquelle cette cérémonie avait été accomplie.

Le divorce était permis et assez fréquent dans l’Anahuac, il suffisait du consentement des deux époux pour dissoudre le mariage; mais, une fois séparés, ils ne pouvaient plus se

i Voyez Clavigero, l. VI.

PREMIEHE PARTIE.

réunir. La facilité de se quitter et la coutume du concubinage maintenaient la femme de rAnahuac dans une condition inférieure, plus relevée cependant, autant qu’il semble, que ne l’était celle de la païenne du vieil hémisphère. Une seule femme portait le titre d’épouse dans les pays de l’Amérique centrale; en cette qualité elle était respectée, elle remplissait le rôle de maîtresse de sa maison, élevait ses fils jusqu’à l’âge de cinq ans, et présidait seule, jusqu’au bout, à l’éducation de ses lilles.

Le sacerdoce jouait un rôle beaucoup plus considérable dans les funérailles que dans les mariages. Dès qu’un citoyen avait rendu le dernier soupir, on appelait deux prêtres de rang inférieur. Ils étaient chargés de l’arrangement du cadavi'e ; après l’avoir nettoyé et lui avoir soigneusement lavé la tête, ils l’enveloppaient de bandes de papier d’aloès et le revêtaient du costume du dieu protecteur des gens de sa j)rofession ou de sa famille, puis ils l’asseyaient sur un siège, et plaçaient à ses côtés une jarre pleine d’eau et divers papiers couverts de peintures hiéroglyphiques. Ces papiers devaient servir de passe-port au défunt pendant son voyage vers l’autre monde , car sa route était hérissée de dangers qui nécessitaient, chacun, l’emploi d’un préservatif spécial. Il devait passer entre deux montagnes mouvantes qui se heurtaient sans cesse, auprès d’un serpent redoutable, et sur les terres d’un crocodile monstrueux; puis il avait à franchir huit déserts et huit montagnes noires, sur lesquelles régnait le vent terrible de la terre des morts, aussi coupant que la lame d’obsidienne du couteau sacerdotal, aussi puis- • sant que la cataracte qui se précipite du haut des rochers. On brûlait le mort avec scs armes, ses habits et les instruments de sa profession, alin que la chaleur du brasier le défendît contre ce vent glacé, et avec un chien qui devait veiller à sa sûreté pendant le trajet. Un prêtre était chargé de l’entretien du bûcher, tandis que les autres chantaient des hymnes mélancoliques. Lorsque tout était consumé, ou

recueillait les cendres du mort dans un vase d’argile que l’on enterrait. Quatre-vingts jours après le décès, on répandait du maïs et de la liqueur fermentée sur le lieu de la sépulture.

Telles étaient les coutumes observées aux funérailles des hommes vulgaires. On suivait un cérémonial bien autrement compliqué à la mort des grands seigneurs, des rois surtout; des hécatombes humaines avaient lieu à l’occasion de leurs obsèques.

Lorsque l’un des souverains de l’Anahuac tombait dangereusement malade, on couvrait de masques les principales idoles, on voilait les autres.

Dès que le prince avait rendu le dernier soupir, un deuil général était publié, et le premier ministre en donnait avis aux deux autres rois et à la noblesse de l’empire. Chacun s’empressait d’arriver, portant de riches présents et amenant des esclaves magnifiquement vêtus, destinés à être sacrifiés.

Le corps était lavé , parfumé et embaumé en présence des grands feudataires; on le revêtait de ses ornements royaux, puis on lui couvrait le visage d’un masque enrichi de perles et de pierreries; on lui coupait une mèche de cheveux destinée à être soigneusement conservée, on lui mettait dans la bouclie une grosse éméraude, on plaçait sur ses genoux dix-sept couvertures fort riches, ayant chacune une signification symbolique , et on y fixait également l’image do l’idole qui avait été l’objet de la vénération particulière du défunt.

Le cadavre était ensuite assis sur le trône dans la grande salle d’armes de la résidence royale; des femmes venaient lui offrir à manger et à boire ; les courtisans rcntouraient ; les gémissements, les sanglots, les pleurs, les marques, en un mot, de la douleur la plus profonde étaient de rigoureuse étiquette.

Cependant on fabriquait une statue du roi, et on l’étendait sur un lit de parade. Les grands dignitaires et feudataires

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