PREMIÈRE PARTIE
pas soumis à l’impôt, mais ils assistaient le souverain de leurs biens et de leurs sujets en temps de guerre, et lui amenaient un nombre d’hommes déterminé, proportionné à l’étendue de leurs domaines*. C’était donc le gouvernement féodal dans sa plus rigide expression.
Insensiblement le prestige des conquêtes, le caractère religieux attaché à la couronne, le faste de la cour entretenu par les tributs levés sur les peuples vaincus, firent grandir le pouvoir royal dans l’Anabuac aux dépens de celui de la noblesse; enfin ce pouvoir dégénéra, notamment dans le royaume de Mexico , en une sorte de despotisme qui atteignit sa dernière limite sous le règne de Montézuma 11. Cependant ce prince lui-même, qui si souvent se mettait audessus des lois et ne tenait pas compte des privilèges les plus anciens, n’osa se permettre de franchir certaines limites, et sous son règne, — encore après que la lutte eut commencé avec les Espagnols , — les affaires importantes se délibéraient dans le conseil composé des grands vassaux, et le roi le consultait fréquemment.
Nous avons dit que les formes du gouvernement et de l’administration étaient, à peu de chose près, identiques dans les trois États confédérés de l’empire.
L’administration centrale de chaque royaume comprenait, tout comme à Tezcuco ^ les quatre sections de la justice, des finances, de l’instruction publique ou des académies, et de la guerre.
Le plus haut placé des ministres remplissait les fonctions de lieutenant général du monarque pour tout ce qui touchait à l’administration, à la législation intérieure, à la justice civile ou criminelle; il donnait des ordres à la place du
^ Faisons observer que les anciens souverains des provinces conquises par les rois de rAnahuac se trouvaient dans une condition plus élevée que celle de la noblesse. Ils conservaient leur rang princier et le gouvernement de leurs États, et payaient simplement un tribut annuel au suzerain.
2 Voyez ci-dessus, ch. x.
souverain, lorsque ce dernier ne le faisait pas directement, et il présidait le tribunal suprême du royaume sorte de cour de cassation chargée de veiller à la stricte observation des lois, et à laquelle on en appelait des tribunaux établis dans les chefs-lieux de chaque province. Au-dessous de ces tribunaux des chefs-lieux étaient placés, dans la hiérarchie judiciaire, ceux des autres villes. Il y avait en outre, dans les différents quartiers des trois capitales, des juges élus annuellement par les hahitants, et des commissaires choisis de la même manière et chargés de la police locale. Ces commissaires veillaient sur un certain nombre de familles et rendaient compte chaque jour au ministre de tout ce qui intéressait l’ordre public.
Des huissiers attachés à chaque tribunal introduisaient les parties et maintenaient l’ordre. Puis chacun amenait ses témoins et plaidait lui-même sa cause : on ne connaissait pas l’oftice des avocats.
Les jugements devaient être rendus promptement, aucun procès no pouvait durer plus de quatre-vingts jours. Les juges prévaiicateurs subissaient la peine capitale.
La législation était très-sévère. On punissait de mort ceux qui maltraitaient les ambassadeurs ou les courriers, qui altéraient les poids ou les mesures, déplaçaient les bornes des propriétés, volaient les biens de la terre ^ ou engageaient le combat avant d’en avoir reçu l’ordre de leurs chefs. La révolte et les crimes contre les mœurs exposaient à la même peine.
Les tuteurs intidèles, les dissipateurs, les ivrognes ^ les
‘ A Tezcuco , cette cour suprême se composait de huit juges dont quatre nobles et quatre plébéiens.
3 Pour corriger la sévérité de cette dernière disposition , les rois ordonnèrent qu’on ensemençât toutes les terres bordant les chemins et les routes; il était permis aux pauvres et aux voyageurs d’y prendre ce ([ui était nécessaire à leur subsistance.
* Celui qui renonce volontairement à l’usage de sa raison , disait la loi , n’est pas digne de vivre. Toutefois , passé l’àge de soixante ans , il était permis de s’enivrer.